<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901</id><updated>2012-01-24T13:15:29.366-05:00</updated><title type='text'>En l'an 2+++: lire, écrire... et vivre</title><subtitle type='html'>Par Éloi Paré</subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>54</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-4217904804349552145</id><published>2011-12-18T07:06:00.007-05:00</published><updated>2011-12-18T07:49:28.727-05:00</updated><title type='text'>Le livre objet</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;C’était un roman policier à la couverture bleutée et je n’en connaissais pas l’auteur. Pourquoi est-ce que je l’ai acheté? À cause de son apparence un peu démodée qui lui donnait du caractère? De la première phrase du roman, imprimée sous le titre? Cette phrase m'avait paru curieuse : &lt;em&gt;Il était une fois un homme habitant près d’un cimetière… &lt;/em&gt;J’avais quinze ou seize ans, j’étais chez Papyrus, la librairie qui vendait des livres au rabais en face de chez Leméac, librairie disparue depuis longtemps, comme Leméac, Lettre et son, Hermès, les trois autres librairies de ce bout de la rue Laurier qui entre dans Outremont. Maintenant, il n’y a plus qu’un gros Renaud-Bray, installé dans ce qui était à l’époque un cinéma porno, le pussycat. Vieillir n’est pas comme je l’avais imaginé. Je pensais que c’était seulement une dégradation physique alors que ça commence par la disparition du monde de notre enfance : les lieux, les valeurs, les gens.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’avais quinze ou seize ans et j’ai acheté ce roman policier. Je l’ai lu quelques jours plus tard, un vendredi où j’avais réussi à convaincre mes parents que j’étais trop malade pour aller à l’école. Je n’ai pas pu arrêter avant de le finir, tard le soir, et plus j’avançais, plus j’étais excité. J’étais tombé sur l’espèce enchantée des romans qui envoûtent et qu’on ne peut plus lâcher, un roman policier inhabituel, avec une forte ambiance et un côté fantastique. Garcia Marquez disait qu’il n’aimait pas les romans policiers car l’auteur tord, puis détord. «&amp;nbsp;Tordre est magnifique, mais détordre est décourageant. » Ce roman restait tordu jusqu’à la fin. Et je me promenais dans la maison de mes parents en robe de chambre, mon livre à la main, avide de continuer ma lecture. Sans le savoir, j’avais acheté un classique de la littérature policière, &lt;em&gt;La chambre ardente&lt;/em&gt; de John Dickson Carr, titre que j’ai retrouvé il y a quelques années dans une liste de « 30 chef-d’œuvre du roman policier » publiée dans le cahier du salon du livre de Montréal.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je le google à l’instant. « La chambre Ardente » Dickson Carr. Résultat : 112 000 références…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai lu d’autres Dickson Carr, sans retrouver le même plaisir. J’ai relu &lt;em&gt;La chambre ardente&lt;/em&gt;. Pour moi, ce livre est plus qu’une suite de mots. C’est aussi cet objet à la couverture bleutée qui est &lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/-XL3T56mHDOg/Tu3YrT13tPI/AAAAAAAAACg/dhhc7OEaEhw/s1600/063.%2Bcouverture%2B-%2BLa%2Bchambre%2Bardente.jpg"&gt;&lt;img style="MARGIN: 0px 10px 10px 0px; WIDTH: 98px; FLOAT: left; HEIGHT: 150px; CURSOR: hand" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5687440143011001586" border="0" alt="" src="http://4.bp.blogspot.com/-XL3T56mHDOg/Tu3YrT13tPI/AAAAAAAAACg/dhhc7OEaEhw/s320/063.%2Bcouverture%2B-%2BLa%2Bchambre%2Bardente.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;devant moi en ce moment, imprimé en 1967 dans «&amp;nbsp;Le livre de poche », avec le chat noir hérissé indiquant un roman policier. Les premiers livre de cette collection ont un air démodé qui ajoute à l’ambiance gothique de l’histoire et me rappelle quand j’étais en robe de chambre et que je le traînais partout dans la maison de mes parents. J’aime que la première phrase soit imprimée sur la couverture. Je trouve ça accrocheur, j’aimerais un jour faire pareil.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’aime l’objet qu’est un livre. Oui, c’est vrai, une bonne partie de ceux que j’achète ne me plaisent pas vraiment et finissent par m’encombrer. J’aurais préféré les avoir sous forme virtuelle pour les effacer sans laisser de trace. Mais j’aime avoir chez moi les livres qui m’ont marqué, tous ensemble dans ma bibliothèque, les uns contre les autres, dans le désordre. Comme ils sont dans ma tête.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La musique s’est dématérialisée et je n’ai pas envie que le livre fasse pareil. Je ne veux pas qu’un roman ne soit qu’une suite de bits décodable seulement avec un appareil. Mon père, qui est beaucoup plus jeune que moi, me dirait que je suis comme un moine copiste en 1460, qui regarde avec méfiance cette nouvelle invention de Gutenberg qui s’appelle l’imprimerie en répétant qu’elle est nuisible car les gens vont moins utiliser leur mémoire et que l’art d’enluminer les manuscrits va disparaître.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le livre virtuel a des tas d’avantages. C’est écologique puisqu’on n’a plus à utiliser encre, colle ou papier. On peut le télécharger en un instant. Les livres du domaine public ne coûteront rien et les autres devraient être beaucoup moins chers. Actuellement, le libraire prend 40% du prix de vente, le distributeur 15%, la fabrication coûte 10%. Ces 2/3 du prix ne devraient plus exister dans un monde virtuel. Un livre comme le mien, qui coûte 30$ en librairie, pourrait se vendre pour aussi peu que 10$ sous forme virtuelle avec le même profit pour ceux qui restent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais un objet existe davantage. C’est la différence entre un courriel et une lettre. Même si le texte est le même, la lettre a son papier, sa couleur d’encre, sa calligraphie. L’objet a plus de personnalité, il s’impose par sa présence.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mon père possède un livre intitulé : &lt;em&gt;Rapport du capitaine Pax sur ce qu’il y a de grand et de redoutable dans l’homme&lt;/em&gt;, de Joachim Fernau. Je le google à l’instant. Seulement 948 résultats. Il n’est plus en vente depuis longtemps, la bibliothèque de Montréal ne l’a pas, la bibliothèque nationale non plus. En français, ce livre est presque mort.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et pourtant, il persiste à vivre dans la bibliothèque de mon père. Depuis vingt ans peut-être, il m’intrigue. Chaque fois que je le vois, je me demande de quoi peut traiter une histoire avec un titre pareil. Qu’est-ce qui est grand? Qu’est-ce qui est redoutable? Parfois, je me dis que je devrais écrire ce que je pense qu’il contient avant de le lire, pour voir ce que ça donnerait. C’est ça, l’avantage de l’objet sur le virtuel : sa persistance. Les fichiers s’effacent vite, les formats changent. Les livres de papier vivent plus longtemps et c’est pourquoi ils sont supérieurs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À la fin des années 50, ma tante avait douze ans et lisait &lt;em&gt;La semaine de Suzette&lt;/em&gt;, une revue pour enfants qui publiait un feuilleton : &lt;em&gt;M.P.A. contre cousin Luc&lt;/em&gt;. Ma tante aimait trop l’histoire pour attendre les prochains numéros et elle a supplié ma grand-mère de lui acheter le livre. Les années ont passé et elle est devenue biologiste. Lorsque j’ai eu une douzaine d’années, je suis tombé sur ce livre dans la maison de ma grand-mère et j’ai lu cette histoire d’orphelins recueillis par une dame traumatisée par la noyade de son frère et qui habite avec son cousin, que les enfants soupçonnent d’être un criminel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aujourd’hui, ma tante est morte, ma grand-mère aussi. &lt;em&gt;M.P.A. contre cousin Luc&lt;/em&gt; est dans ma bibliothèque. Je l’ai ramassé à la vente de la maison. Ce livre me rappelle ma grand-mère et ma tante, la maison à Saint-Sauveur et les étés que j’y passais, tous les livres qu’elle contenait, et cette histoire étrange. Il y a trois ans, c’est mon fils qui l’a lu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Chaque exemplaire d’un livre a une histoire. On ne peut pas en dire autant des fichiers électroniques.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-4217904804349552145?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/4217904804349552145/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2011/12/le-livre-objet.html#comment-form' title='5 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/4217904804349552145'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/4217904804349552145'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2011/12/le-livre-objet.html' title='Le livre objet'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/-XL3T56mHDOg/Tu3YrT13tPI/AAAAAAAAACg/dhhc7OEaEhw/s72-c/063.%2Bcouverture%2B-%2BLa%2Bchambre%2Bardente.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>5</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-6801071164822365479</id><published>2011-01-30T08:02:00.005-05:00</published><updated>2011-01-30T08:38:32.106-05:00</updated><title type='text'>Cinq dollars</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Lorsque j’étais enfant, j’ai lu un livre dont j’ai malheureusement oublié le titre : l’histoire d’un billet de dix francs (si je me souviens bien) qui se promenait dans un quartier d’une ville de France. Les personnages du livre étaient les gens qui s’échangeaient le billet. Pendant qu’ils le possédaient, le lecteur découvrait qui ils étaient, leurs problèmes et l’importance que cet argent avait peur eux. J’ai retrouvé la même idée dans le film américain &lt;em&gt;20 bucks&lt;/em&gt;, centré sur un billet de vingt dollars. Une scène tirée de cet excellent film (je l’ai vu il y a de nombreuses années alors je ne garantis pas l’exactitude de ce qui suit) : deux adolescents veulent acheter une bouteille d’alcool avec le fameux billet, mais ils n’ont pas l’âge légal. Ils demandent à un inconnu qui va entrer dans le magasin de le faire pour eux. L’homme accepte, prend le billet de vingt dollars, entre dans le magasin, sort une arme, assassine le caissier, vide la caisse, prend une bouteille, ressort, donne la bouteille aux deux jeunes et s’en va. Emportant avec lui le billet de vingt dollars, bien sûr.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’aime cette idée de billet de banque qui passe d’une main à l’autre, qui est en contact avec beaucoup de gens différents et dont l’importance varie selon la fortune de ceux qui le possèdent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je me suis souvenu de ces deux histoires en sortant de chez moi, en novembre dernier, quand j’ai aperçu un billet de cinq dollars sur le sol. Collé au mur de ma maison, petite tache bleue dans le brun des feuilles mortes, il semblait être tombé d’un appartement du haut. Quelqu’un l’avait-il perdu en payant sa pizza? Essayant de deviner comment il avait abouti là, j’ai enjambé la clôture de fer forgé et je l’ai ramassé. Il pleuvait avec force et tout était trempé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le billet de cinq dollars qui s’égouttait dans mes doigts, j’ai marché vers le métro en pensant à ce livre de mon enfance et ce film vu il y a des années. Dans quelles mains ce billet était-il passé? À quoi avait-il servi? L’idée romantique de l'utiliser pour un geste spécial m’est venue. Au lieu d’acheter du lait ou du pain, pourquoi ne pas faire quelque chose de mémorable avec ce billet qui, et c’est le cas de le dire, m’était tombé du ciel?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le problème, bien sûr, c’est que cinq dollars, ce n’est pas grand-chose. Que peut-on faire de spécial avec une aussi petite somme?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En attendant le métro, j’ai essuyé le billet avec un kleenex, je l’ai plié et je l’ai mis dans une poche vide de mon manteau. Durant le trajet, j’ai cherché une idée. La seule qui m’est venue : acheter un livre d’occasion en espérant tomber sur un livre marquant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette idée était plutôt risquée car, pour être franc, je deviens un lecteur difficile. C’est rendu qu’il faut que je lise quinze livres pour en trouver un que j’aime vraiment. Mais que faire de mémorable avec cinq dollars? Je n’ai pensé à rien d’autre. Quelques semaines plus tard, le billet trouvé toujours dans la poche de mon manteau, j’entrais au Colisée du livre, sur Mont-Royal.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mon plan était de trouver 5 livres à un dollars, afin d’augmenter mes chances de succès, mais ils n’ont presque plus de romans à ce prix. Après une heure, j’avais trois possibilités : &lt;em&gt;Port-Soudan&lt;/em&gt;, d’Olivier Rolin, &lt;em&gt;Vandal Love&lt;/em&gt; de D.Y. Béchard, et un livre dont je n’avais pas entendu parler mais que j’avais remarqué à cause de son titre : &lt;em&gt;J’ai tué Freud mais il m’en veut encore&lt;/em&gt;, de Francine Allard, écrivaine que je connaissais vaguement de réputation mais dont je n’avais rien lu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le livre de D.Y. Béchard et celui de Francine Allard coûtaient $4.99, celui de Rolin $1.99. &lt;em&gt;Vandal Love&lt;/em&gt; me paraissait un pari plus sûr car j’avais lu des critiques presque délirantes à son sujet. Mais &lt;em&gt;J’ai tué Freud et il m’en veut encore&lt;/em&gt; m’intriguait. Que pouvait-il se passer dans un roman qui portait un titre pareil? La quatrième de couverture m’a appris ceci : un psychiatre raconte ses cas à sa femme, qui les répète aux participantes d’un atelier littéraire en prétendant tout avoir inventé, et l’une d’entre elle en fait un roman, dévoilant sans le savoir les secrets d’une femme célèbre, cliente du psychiatre, qu’elle a pris comme personnage principal.  Et ce roman devient un succès.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai choisi &lt;em&gt;Vandal Love&lt;/em&gt; en me disant que je cherchais un livre mémorable. Je l’ai replacé et je me suis emparé de &lt;em&gt;J’ai tué Freud et il m’en veut encore&lt;/em&gt; car une petite bestiole dans ma tête avait commencé à me tourmenter : ma curiosité. Et je me suis rappelé que, l’été dernier, une personne de mon entourage avait lu un livre de Francine Allard et l’avait vanté.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est drôle comme les choix qu’on fait viennent souvent d'une série de petites choses.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Eh bien, figurez-vous que j’ai gagné mon pari. J’ai adoré ma lecture. J’ai lu d’une traite &lt;em&gt;J’ai tué Freud et il m’en veut encore&lt;/em&gt;, constamment surpris par la tournure des événements, mais convaincu par l’histoire. L’intérêt du lecteur est sans cesse relancé. Le comportement des personnages a beau être parfois déconcertant, voire erratique, on les comprend. Ils sont humains. J’avais l’impression de lire un livre écrit par une personne qui a beaucoup vécu, beaucoup réfléchi, et qui a une personnalité attachante. J’ai su par la suite qu’elle s’était énormément documenté. Une chose est certaine, Francine Allard maîtrise son métier. L’écriture de ce livre témoigne d’une grande virtuosité, développée à force de travail, j’en suis certain.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est drôle comme les livres qui nous plaisent sont souvent des surprises.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comment est-il possible qu’un aussi bon livre ne soit pas plus connu? J’ai cherché sur Internet et, à part une &lt;a href="http://www.ledevoir.com/culture/livres/246313/litterature-quebecoise-le-complexe-du-romancier"&gt;critique élogieuse mais réservée aux lecteurs&lt;/a&gt; dans Le Devoir (un petit extrait est repris &lt;a href="http://www.prologue.ca/89103-livre-Romans/J_ai_tue_Freud_et_il_m_en_veut_encore.html"&gt;sur cette page&lt;/a&gt;) et &lt;a href="http://www.blogg.org/blog-80645-billet-1271152.html"&gt;celle-ci &lt;/a&gt;(tout aussi élogieuse) dans le blogue de Suzan, je n’ai pas trouvé grand-chose. (J’ai su ensuite que ce livre avait été vanté par &lt;em&gt;Voir&lt;/em&gt;.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il me reste à faire lire ce roman autour de moi, à le faire dédicacer par son auteur dans un salon du livre, et à le mettre dans ma bibliothèque. Et à lire d’autres romans de Francine Allard. Mon billet de cinq dollars aura eu cet effet.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Épilogue : j’ai fini par lire &lt;em&gt;Vandal Love&lt;/em&gt;. Après trente pages extraordinaires, du Garcia Marquez en Gaspésie, le roman m’a paru sombrer dans l’ennui et j’ai fini par l’abandonner. Oui, je sais, je suis un lecteur difficile…) &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-6801071164822365479?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/6801071164822365479/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2011/01/cinq-dollars.html#comment-form' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/6801071164822365479'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/6801071164822365479'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2011/01/cinq-dollars.html' title='Cinq dollars'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-2403311234424352933</id><published>2010-12-19T06:29:00.003-05:00</published><updated>2010-12-19T07:01:48.556-05:00</updated><title type='text'>Petits bonheurs technologiques</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;On vit à une époque formidable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bon, d’accord, on ne vit pas à une époque formidable. Depuis trente ou quarante ans, il me semble qu’on a gagné sur certains point (situation de la femme et des gais, fin de la guerre froide…) mais qu’on a perdu sur d’autres (pollution, individualisme, vies stressées, enfants sur le ritalin…). Et sur certaines chose, comme la corruption en politique ou la situation du français à Montréal, on fait du surplace.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En tout cas, on vit à une époque formidable pour les bidules technologiques. Tellement de nouveautés sortent année après année que chacun peut en trouver qui l’excite. Un réparateur de machines à laver la vaisselle m’expliquait il y a un ou deux ans les charmes de son nouveau GPS. On aurait dit qu’il parlait de la vénus de Milo. Je me fous des GPS, mais je serai impressionné quand ils vont conduire à notre place, ce qui va arriver dans dix ans selon un expert en intelligence artificielle de ma connaissance (si vous riez, cliquez &lt;a href="http://www.lepetitjournal.com/homepage/a-la-une/65580-google-car-loutil-de-communication-qui-se-conduisait-seul.html"&gt;ici&lt;/a&gt; ou &lt;a href="http://www.nytimes.com/2010/10/10/science/10google.html"&gt;ici&lt;/a&gt;). Je ne parviens pas à m’intéresser à la télé HD, malgré les gens estimables que je connais et qui adorent cette chose (je n’ose pas dire « invention »). En fait, je ne parviens pas à m’exciter sur la télé tout court, que je n’écoute à peu près jamais. Je n’ai pas de téléphone « intelligent » (quelle blague, les machines ne peuvent pas être intelligentes puisqu’elles ne pensent pas, du moins pas encore, et surtout pas les téléphones). Mais je n’en reviens pas encore de trouver la réponse à une question en un clic grâce à Google ou de pouvoir mettre l’écriture de toute une vie dans une clef USB.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La nouveauté technologique dont je rêve, c’est une invention qui enverrait quelques sous à l’auteur d’une chanson à chaque fois qu’elle est téléchargée. Notre époque n’est pas généreuse pour les musiciens, et les écrivains seront bientôt dans cette situation à cause des livres électroniques. Côté littérature, je suis très « papier », un texte de blogue est le maximum que j’aime lire sur un écran. C’est peut-être pourquoi l’une des inventions qui m’a le plus excité dans ma vie est l’imprimante laser. Ah, imprimer un texte avec une qualité parfaite! La seule machine qui m’exciterait davantage serait l’imprimante-relieuse, de laquelle sortirait un livre imprimé et relié, comme un livre de poche. Mais bien sûr, c’est une vision très «&amp;nbsp;papier ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quoi de plus banal qu’une imprimante laser monochrome? Et pourtant, ça ne fait qu’une dizaine d’années que ces imprimantes sont abordables. J’ai justement acheté l’un de ces premiers modèles abordables. Je n’en revenais pas au magasin, j’ai presque vécu un coup de foudre en la voyant. Une imprimante laser que je pouvais me payer, avec un &lt;em&gt;tiroir pour le papier&lt;/em&gt;, comme au bureau! En revenant à la maison, après l’avoir branchée et essayée, j’ai admiré la qualité d’impression presque parfaite. Et je délirais de joie, tandis que ma blonde me regardait avec perplexité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Maintenant que j’y pense, sa réaction était pas mal proche de la mienne quand le réparateur de machines à laver la vaisselle s'excitait sur les charmes de son nouveau GPS.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quelques temps après, le fabricant de mon imprimante a cessé de la vendre. J’ai compris pourquoi quand j’ai imprimé mon premier manuscrit, moment où mon fils a appris quelques uns des pires mots qu’il connaît (il les a ensuite enseigné à son petit frère). Ma belle imprimante ne fonctionnait pas aussi bien que prévu. Premièrement, elle était experte dans l’art du bourrage de papier. Mon fils a toujours aimé me voir ouvrir l’appareil par tous les côtés et essayer de retirer la #$%?&amp;amp;* de feuille qui s’était coincée dans les rouleaux, opération souvent très instructive au niveau des pires mots qu’il connaît. Deuxièmement, elle abandonnait parfois son travail au milieu d’une feuille. Après 120 pages correctement imprimées, une feuille blanche à partir du milieu faisait son apparition. J’étais obligé de les examiner l’une après l’autre. Pour un manuscrit de 250 pages, ce n’est pas agréable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oui, je sais, il faut s’attendre à ce genre de problèmes quand on achète quelque chose qui vient de sortir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avec le temps et avec les manuscrits, j’ai réalisé que les problèmes apparaissaient toujours après 100 pages. Ma belle amie s’échauffait et perdait alors ses moyens. J’ai appris à la laisser refroidir et mon fils a perdu tout intérêt pour l’impression des manuscrits.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’utilise encore cette imprimante, même si elle a aujourd’hui l’âge d’un dinosaure informatique. Elle est rendue bicolore : le plastique a jauni, et celui du tiroir à papier plus que le reste. De plus en plus souvent, telle une grand-mère qui renverse son gruau, elle parsème les feuilles de taches grisâtres. Les cartouches de toner sont de plus en plus difficiles à trouver. Ça va me faire quelque chose de m’en débarrasser. À force de piquer des colères contre elle puis de lui pardonner, à force de la voir retranscrire mes entrailles (mes manuscrits) sur papier et de ressentir de la fierté en voyant les si belles feuilles, je me suis attaché à elle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Est-ce que je devrais l’enterrer dans le jardin, comme les poissons rouges de mon enfance?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oui, j’ai connu la passion dans ma vie. Mais ma relation la plus tumultueuse est peut-être celle qui m’a uni à mon imprimante laser. La technologie fait-elle le bonheur? J’ai presque vécu des moments de bonheur avec cette machine. Presque. Qu’est-ce que notre relation aurait été si elle avait été capable de parler, ce que les imprimantes feront bien un jour, quand les autos se conduiront toute seules? Je l’imagine me dire que c’est normal que les feuilles se prennent dans ses rouleaux étant donné mon style infect et mes problèmes de ponctuation, avant de répliquer aux vilains mots qui plaisent tant à mon fils des injures d’imprimante : « Analphabète! Papier carbone! Faute d’orthographe! Copiste! »&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-2403311234424352933?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/2403311234424352933/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/12/petits-bonheurs-technologiques.html#comment-form' title='5 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/2403311234424352933'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/2403311234424352933'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/12/petits-bonheurs-technologiques.html' title='Petits bonheurs technologiques'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>5</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-8069628027885891339</id><published>2010-11-07T08:14:00.003-05:00</published><updated>2010-11-07T08:33:07.874-05:00</updated><title type='text'>Fiction et réalité</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Il y a dans mon entourage une personne (il ne lit pas ce blogue) avec qui j’aurai la conversation suivante :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lui : « J’ai vu le film sur Facebook! Incroyable! Savais-tu que le fondateur de Facebook a… [ici, insérez votre péripétie favorite du film] »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Moi : « Ce n’est peut-être pas vrai. Le film est fictif à 60%. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ayant vécu ce dialogue plusieurs fois avec lui, je sais qu’il va me regarder avec un visage inexpressif, changer de sujet, et que je vais l’entendre plus tard raconter à un autre une « histoire vraie » tirée du film.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Eh oui, on en parlait &lt;a href="http://blogues.cyberpresse.ca/moncinema/siroka/2010/10/04/the-social-network-et-la-responsabilite-du-spectateur/"&gt;l’autre jour sur l’excellent blogue de Jozef Siroka&lt;/a&gt;. Le film &lt;em&gt;The social Network&lt;/em&gt;, sur Facebook et son fondateur milliardaire Mark Zuckerberg, ne contiendrait que 40% de vérité. «&amp;nbsp;Je ne veux pas être fidèle à la vérité; je veux l’être à la mise en récit » a affirmé le scénariste. Siroka défend les auteurs en disant que les artistes ne sont pas tenus de respecter la réalité mais de faire le meilleur art possible et que le public est bien naïf s’il va voir un film et s’imagine être informé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La réalité et l’art ne vont pas bien ensemble. Dans la vie, le détective peut très bien mourir d’une crise cardiaque durant son enquête ou ne jamais trouver le coupable, mais si la même chose arrivait dans le roman policier, l’auteur serait en danger d’accompagner son détective au cimetière suite à la réaction des lecteurs. La fiction contient un certain nombre de lois que l’auteur doit respecter, l’une d’elle étant que le coupable doit toujours être découvert à la fin du roman policier. C’est loin d’être le cas dans la vie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une histoire doit avoir un début, une fin et des péripéties, et c’est parce que cette structure est absente que le récit de sa visite chez le médecin que raconte votre grand-maman est si ennuyant… ainsi que les rêves de votre grande sœur. « La vie est une fable racontée par un idiot, pleine de bruits et de fureur, et qui ne signifie rien. » La vie n’a aucun sens, les histoires doivent en avoir un.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un écrivain qui s’inspire de la réalité doit donner un sens à ce qu’il raconte. Prenons le cas d’un premier ministre du Québec dont le gouvernement battrait des records d’impopularité. Imaginons une histoire sur Jean Charest. On pourrait raconter le drame d’un homme qui n’a pas le talent nécessaire pour occuper son poste. Le décrire comme une personne injustement traitée par les médias et victime d’attentes irréalistes. Un politicien corrompu et détruit par la pourriture qu’il a créée autour de lui. Un naïf, malmené par son équipe. Un obsessif dont le besoin de tout contrôler lui fait commettre énormément d’erreurs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Toutes ces visions pourraient faire un excellent récit. Mais elles ne sont pas nécessairement vraies. C’est là, je pense, que se séparent la fiction de la biographie. Un auteur qui met en scène Jean Charest a la responsabilité morale de présenter l’image la plus vraie possible. Il doit enquêter sur Jean Charest et montrer fidèlement la réalité qu’il découvrira. S’il s’inspire de lui mais en change plus de la moitié pour faire une meilleure histoire, il n’écrit plus sur Jean Charest. Ça devient malhonnête de présenter ça comme « le film sur Jean Charest ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est là que je décroche de ce qu’on fait les auteurs du film sur Facebook. Oui, ils avaient raison au point de vue artistique d’en changer 60% pour faire un meilleur film, mais ils auraient dû aller au bout de cette logique et changer les noms. Ceci aurait signalé à tous que le film était en très grande partie de la fiction.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Qu’est-ce qui empêchait les auteurs du film d’appeler le personnage principal Joe Watson au lieu de Mark Zuckerberg et le réseau social VirtualFriendship? Réponse : le grand amour d’une partie du public pour les « biopics ». Il y a 500 millions de gens sur Facebook. Un film sur ce réseau est beaucoup plus attirant qu’une fiction et ce film va rapporter davantage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Hollywood joue sur les deux tableaux. La réalité est changée à 60% pour faire une meilleure histoire, mais on prétend toujours plus ou moins clairement avoir fait une « biopic ». Tellement de gens adorent les histoires vraies, surtout quand elles sont bien juteuses…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est le problème que j’ai avec les films « basés sur une histoire vraie » que produit Hollywood à la chaîne. Ils sont hypocrites. Ce sont des fictions qui ne s’assument pas, des films imaginaires déguisés en biographies pour la plus grande gloire, non pas de l’art, mais des revenus qu’ils vont rapporter.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-8069628027885891339?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/8069628027885891339/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/11/fiction-et-realite.html#comment-form' title='7 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/8069628027885891339'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/8069628027885891339'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/11/fiction-et-realite.html' title='Fiction et réalité'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>7</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-5690995005800263313</id><published>2010-10-03T11:17:00.003-04:00</published><updated>2010-10-03T11:39:23.480-04:00</updated><title type='text'>Les billets perdus</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Je me trouve dans un wagon du métro, samedi vers 18h00, après avoir fait ma marche de 12 kilomètres qui me sauve à chaque semaine de la maladie mentale (j’ai un travail stressant et j’écris des romans) et que je recommande à tous. Je suis sur la ligne bleue, en route vers mon cher Villeray, quartier qui devient de plus en plus intéressant. Le wagon est assez plein. La plupart des sièges sont occupés mais personne n’est debout.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une fille entre et se met à crier : « Excusez-moi, j’ai besoin d’aide. Je dois partir de Montréal. J’ai perdu mon billet d’autobus et il faut que je parte dans une heure, est-ce que je peux faire appel à vous pour avoir un peu d’argent? Il me manque 21 dollars! » Je la regarde. Est-ce que c’est une junky en mal d’héroïne? Elle est jeune, assez bien habillée, ses cheveux sont propres, elle semble polie et bien élevée. Son visage ne montre aucun signe d’abus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Plusieurs personnes fouillent dans leur poche. Je ne bouge pas. La fille fait le tour, ramasse les sous, remercie chaleureusement tout le monde. « Merci pour votre générosité. Merci beaucoup. C’est très gentil. » Sur le siège devant moi, une vieille dame est émue. Elle a les cheveux teints en noir et des lunettes, des vêtements démodés. Elle essaie fébrilement de sortir son porte-monnaie de son sac, en tire des pièces de monnaie qu’elle donne à la fille, et lui dit quelque chose qui semble important mais que je n’entends pas. Ça doit être un conseil car la fille répond : « Merci, c’est une bonne idée, je vais faire ça. » Peut-être un moyen de récupérer le billet d’autobus?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La seule chose qui cloche dans le numéro de la fille, c’est qu’elle est trop calme. Si j’avais perdu mon billet et que j’étais obligé de mendier pour m’en payer un autre, je serais rempli d’émotions : honte envers moi-même, gêne de m’adresser à des inconnus et d’avouer ma gaffe, peur de rater mon autobus. Mais elle est peut-être calme de nature? Ce n’est peut-être pas un numéro? Peut-être que c’est vraiment une jeune fille mal prise et que je suis une crapule de ne pas l’aider?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai de l’argent dans ma poche et je pourrais lui donner son vingt dollars. Si son histoire était vraie, si elle avait vraiment perdu son billet, je le ferais avec plaisir. Sauf que je suis à peu près certain que c’est un mensonge, que cette fille nous manipule, qu’elle a inventé cette belle histoire pour nous tromper et ramasser des sous. J’ai envie de lui dire : « Je t’aiderais si je te croyais. Mais je ne te crois pas. » Me cracherait-elle au visage?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle s’assoit sur un siège près de moi et compte les sous ramassés. Il me semble finalement qu’elle est un peu cernée, mais est-ce que ça en fait une junky? Et si je me trompais? Si ce n’était qu’une brave fille mal prise?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai de la peine pour la vieille dame devant moi. On voit qu’elle se soucie de la fille, qu’elle compatit, qu’elle éprouve de la solidarité pour les autres. Tout en la trouvant bien naïve, j’espère un peu qu’elle ne réalisera jamais qu’elle s’est fait avoir et qu’elle conservera cette belle attitude. C’est beau, la générosité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a quelques années, un gars m’a abordé dans un parc du centre-ville, un type costaud. « N’ayez pas peur, il m’a dit. Je suis un prisonnier en libération conditionnelle, je dois retourner à la prison d’ici deux heures sinon je serai en bris de condition, mais j’ai perdu mon billet et il me manque seulement 10 dollars pour en… Tabarnak! » Il s’était mis à sacrer parce que je m’éloignais sans même l’écouter. Pourquoi? Parce que deux ou trois mois plus tôt le même gars m’avait abordé à peu près au même endroit pour me raconter la même histoire, la libération conditionnelle, le billet perdu, le dix dollars qui lui manquait, et je l’avais cru. Je lui avais donné son dix dollars et j’étais content de lui rendre un si bon service. Il m’avait oublié, sans doute parce qu’il avait abordé et trompé des tas d’autres personnes depuis, mais je me souvenais de lui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je venais de réaliser que je m’étais fait avoir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a deux ou trois ans, un vélo a fait son apparition dans notre sous-sol. « C’est un homme qui me l’a laissé, m’a dit ma blonde. Un gars qui a eu une malchance incroyable! Il a besoin d’argent pour acheter des médicaments pour son fils, je lui ai prêté vingt dollars, il va avoir l’argent mardi et il va venir me rembourser. Il m’a laissé son vélo en garantie. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Tu ne reverras jamais ton vingt dollars » j’ai dit. Quel cynisme, hein? J’aurais aimé me tromper. Mais le vélo est toujours dans notre sous-sol car le gars n’est jamais revenu. Le pire : j’ai réalisé que je connais sa fille, qui est encore une enfant. Elle est d’une beauté rare et excellente à l’école. Mais, même avant l’histoire du vélo, j’avais senti une douleur en elle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ça doit bien arriver qu’on tombe sur des personnes sincères et qu’on leur refuse notre aide. Avec tous les menteurs qu’il y a, les probabilités de vérité sont minces. Alors on dit non. C’est ça qui est plate avec ces gens qui nous mentent pour avoir de l’argent : ils nous rendent méfiants. La générosité, c’est beau, et eux ils gâchent ça. En se servant de nos meilleurs sentiments pour nous tromper, ils finissent par nous faire agir comme si tous ceux qui demandent de l’aide sont des crapules.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-5690995005800263313?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/5690995005800263313/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/10/les-billets-perdus.html#comment-form' title='5 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/5690995005800263313'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/5690995005800263313'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/10/les-billets-perdus.html' title='Les billets perdus'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>5</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-5361251147378965110</id><published>2010-09-04T08:46:00.005-04:00</published><updated>2010-09-04T10:17:01.965-04:00</updated><title type='text'>Bob n’aurait pas été fier de moi</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;À tout moment, contre lui, dans son dos, sur ses épaules, il sentait un corps lourd s’abattre. Il tournoyait alors sur lui-même, fauchant l’air de sa carabine vide dont il se servait à nouveau comme d’une massue. Pas à pas, il reculait sous les assauts de ces créatures issues de ce qu’il pensait encore être un cauchemar. À chaque seconde, il avait l’impression qu’il allait être submergé.&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;- Bob Morane, Commando épouvante.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai beaucoup fréquenté Bob à une autre époque de ma vie, celle de mes onze ans : Bob Morane, héros sans peur et sans reproches, un être parfait à mes yeux d’enfant. « Le commandant », comme disait son fidèle compagnon Bill Ballantine, le géant écossais amateur de whisky. Bob lui répondait toujours de ne pas l’appeler commandant, ce à quoi Bill répliquait : « Entendu, commandant! », gag répété dans de nombreux livres et qui me paraissait très comique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’étais en sixième année et mes amis et moi étions fous de Bob Morane. C’était à celui qui posséderait le plus de ses romans, compétition facilement gagnée par Fabrice, l’enfant riche de ma classe, dont la pile de ses Pocket Marabout était aussi vertigineuse que la taille de sa maison. Relire aujourd’hui un de ces livres est une curieuse expérience. Seul dans un bureau, désarmé, Bob est menacé par les dacoïts, secte de tueurs fanatiques à la solde de son ennemi l’Ombre jaune, et l’écho d’une terreur délicieuse me revient. Mais je ne ressens plus cette terreur, je ne fais que m’en souvenir, comme lorsque Bob triomphe je me souviens de mon soulagement d’enfant. L’adulte que je suis se demande : J’aimais ces livres, vraiment? L’abîme avec celui que j’ai été me paraît gigantesque.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les problèmes qu’un écrivain doit affronter sont toujours les mêmes. Décrire la beauté, la douleur, faire passer des émotions avec des mots, c’est difficile, et les livres de Bob Morane me paraissent bien maladroits. Voici comment Bob vit la mort de son ami Bill (ne vous inquiétez pas, il n’est pas vraiment mort) : « Le chagrin, l’incompréhension devant l’irréparable pesaient comme une chape de plomb sur la nuque de Morane, le forçant à ployer les épaules, à baisser la tête, tout en murmurant inlassablement : Ce n’est pas possible… » Une chape de plomb qui pèse sur la nuque. Hum.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les femmes amoureuses de Bob Morane abondent dans ses aventures. Miss Ylang-Ylang, Tania, elles sont toujours magnifiques, leur amour est toujours discret, et il ne se passe jamais rien car Bob n’est que vaguement flatté. Un adulte trouve ce comportement des plus étranges, mais pas un garçon prépubère. À onze ans, j’aimais bien les filles, mais je préférais les poissons d'aquarium, et ce que je désirais vraiment, c’était devenir le prochain Guy Lafleur. Ou sauver l’humanité, comme Bob.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mon &lt;a href="http://archivistedejour.blogspot.com/2010/05/compte-de-mots-01-mai.html"&gt;collègue blogueur Bob August le faisait remarquer &lt;/a&gt;: les livres de Bob suivent une recette dans laquelle Bob finit toujours par triompher. Bien sûr, nous avons tous appris que la vie n’est pas si belle. Mais si Bob avait connu la défaite, l’enfant que j’étais aurait été traumatisé. Je n’étais pas encore prêt à affronter cette pénible vérité : les méchants l’emportent parfois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il reste l’imagination de l’auteur, Henri Vernes. Vampires géants, OVNI communiquant avec une autre dimension et qui s’avèrent issus d'une expérience de l’armée américaine ayant mal tourné, génie du mal ayant réussi à se rendre immortel, dont le système se détraque et qui se retrouve devant un double fou, voyages sur tous les coins de la planète, incluant le Québec… Vernes se documentait soigneusement. Lorsque Bob assiste à un match du hockey au Forum (dans &lt;em&gt;Terreur à la Manicouagan&lt;/em&gt;), il observe des spectateurs lancer sur la glace des pièces de monnaie réchauffées dans leurs mains afin d’aider leur équipe. Je croyais tout savoir sur le hockey, sport que je pratiquais avec fort peu de succès (fiche à vie : 0 but, deux passes, dont l’une était une erreur du marqueur) mais j’ignorais ce procédé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le samedi suivant, je me retrouve comme d’habitude à l’arena et je raconte cette histoire à mes amis. Personne n’a entendu parler du stratagème et nous décidons d’essayer. Chacun sort quelques sous que nous chauffons dans nos doigts et nous réussissons à les lancer sur la glace, à peu près au même endroit, sans nous faire repérer. Nous observons la suite avec intérêt. Allons-nous voir ce qui se passe dans le livre?&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;Un entraînement commence et les joueurs se font dire de patiner en rond. Un joueur arrive à l’endroit piégé et… crac, il tombe! Un deuxième tombe aussi, un troisième, les premiers se relèvent mais il en tombe d’autres, car nous n’avons pas économisé sur les pièces, et nous rions et rions… La chaleur des pièces a fait fondre la glace, qui a gelé de nouveau et elles s’y sont incrustées. Hélas, un joueur à l’esprit scientifique observe l’endroit où il est tombé. Il creuse dans la glace avec son patin, ramasse quelque chose et patine vers son entraîneur comme un chien qui ramène un bâton… Mes amis et moi déguerpissons. Je réalise aujourd’hui que ce moment est celui de ma vie où l’influence des aventures de Bob a été la plus forte, et mon héros n’aurait pas été fier de moi. J’ai lu des milliers de pages où le bien lutte contre le mal et en triomphe, et j’en ai retenu la manière de perturber une pratique de hockey. Comment me défendre? Puis-je plaider l’influence maléfique de l’Ombre jaune?&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-5361251147378965110?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/5361251147378965110/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/09/bob-naurait-pas-ete-fier-de-moi.html#comment-form' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/5361251147378965110'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/5361251147378965110'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/09/bob-naurait-pas-ete-fier-de-moi.html' title='Bob n’aurait pas été fier de moi'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-8638643340957447025</id><published>2010-05-30T20:25:00.001-04:00</published><updated>2010-05-30T20:30:59.255-04:00</updated><title type='text'>Critiques dangereuses</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;J’écrivais ici l’autre jour que les bons livres sortent souvent de nulle part. Il y a quelques semaines, je me suis rendu (sur les conseils de mon amie Grominou) au "solde de livres des amis des bibliothèques", me jurant d’être raisonnable dans mes achats puisque mes rayonnages personnels sont remplis et que je m’approche de l’opération d’élagage &lt;a href="http://archivistedejour.blogspot.com/2010/05/livres-elagage-suite-et-fin-07-mai.html"&gt;dont parlait récemment Bob August&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je n’ai acheté que six livres, pour un dollar chacun, dont deux qui s’avèrent excellents : &lt;em&gt;La symphonie des spectres&lt;/em&gt;, de John Gardner, dont le nom me disait vaguement quelque chose, et &lt;em&gt;Je hais les acteurs&lt;/em&gt;, de Ben Hecht, dont le nom ne me disait rien du tout. Ce deuxième livre est un roman satirique et délirant sur le Hollywood des années trente, écrit par un homme qui connaît bien le sujet puisqu’il y a beaucoup travaillé comme scénariste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voici ce que j’ai lu au début de &lt;em&gt;Je hais les acteurs&lt;/em&gt; :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;Il y a une chose qui pend au nez de tout le monde, à Hollywood, c’est d’être, un jour ou l’autre, la proie d’une dépression nerveuse. (…) La vérité est que cette activité qui consiste à faire des films, bien que ne réclamant de l’esprit que peu d’efforts, est, de toutes les entreprises humaines, la plus dangereuse pour le système nerveux. Si l’on mettait cinquante mille personnes à fabriquer jour après jour des bulles de savon – et que le monde entier critiquât sans répit lesdites cinquante milles personnes, parce qu’elles font les bulles trop grosses, ou trop de guingois, ou trop biscornues – on obtiendrait médicalement de semblables résultats.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;Voilà dans ce livre complètement fou une réponse à la question que je me pose souvent : pourquoi tant de célébrités parmi les acteurs, musiciens, artistes et écrivains se suicident, meurent d’overdose, ou ont des problèmes sérieux d’alcool et de drogue (sans parler des incursions dans l’église de la scientologie).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans la vie de tous les jours, venant de n’importe qui, sur n’importe quel sujet, la moindre critique peut faire mal. Il me semble parfois que &lt;em&gt;toute&lt;/em&gt; critique fait un peu mal, même si c’est au sujet du souper qu’on a préparé ou de la dernière coupe de cheveux. J’ai connu des gens qui ont fait un burn out ou qui l’ont frôlé. À chaque fois, en plus du stress et du travail exagéré, ces gens devaient endurer une personne perpétuellement mécontente, qui se plaignait d’eux et leur mettait de la pression (souvent le patron, bien entendu). Je n’ose pas m’imaginer ce que ça doit être comme supplice quand les critiques sont publiques et viennent d’innombrables inconnus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et même Shakespeare, les Beatles ou Mozart ont leurs détracteurs. Il y a de quoi se mettre en permanence sur le party, non? Pas pour profiter de son succès, comme on se l’imagine, mais pour essayer de dissoudre la pression… si possible.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-8638643340957447025?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/8638643340957447025/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/05/critiques-dangereuses.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/8638643340957447025'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/8638643340957447025'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/05/critiques-dangereuses.html' title='Critiques dangereuses'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-3938056797014267085</id><published>2010-05-08T12:58:00.002-04:00</published><updated>2010-05-08T13:08:52.253-04:00</updated><title type='text'>La moins mauvaise méthode</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Les livres qui me plaisent le plus sont souvent des surprises. Le succès d’une œuvre, les critiques que j’en lis, la quatrième de couverture ou le jugement de mes amis ne m’aident pas tellement à deviner ce que je vais en penser. Presque toujours, je dois l’essayer pour le savoir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et combien de fois ai-je mis un livre dans le bac à recyclage en me demandant comment les critiques pouvaient être si positives? Dans les milliers de livres que contient une librairie, il devait y avoir des dizaines que j’adorerais et que j’aurais dû acheter à la place. Mais comment les trouver? La démocratie est le pire des systèmes, à l’exclusion de toute les autres. De même, je crois avoir trouvé le pire des systèmes pour dénicher de bons livres, à l’exclusion des autres. Il s’agit simplement de me rendre dans une bibliothèque bien garnie, de choisir un rayon au hasard dans la section « roman » et d’en prendre quatre au hasard. Ensuite, je me force à en lire 50 pages. Et je ne continue que si j’en ai envie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bref, je commence beaucoup et j’abandonne très vite. J’avoue que, jusqu’à maintenant, je triche et je ne choisis pas tout à fait les livres au hasard. J’en regarde une trentaine, et je choisis les quatre qui m’attirent le plus. Mais bon, c’est quand même pas mal au hasard. Et ça donne des résultats : je découvre des auteurs que j’aime et dont je n’avais jamais entendu parler.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai ainsi découvert un auteur dont je n’hésite pas à dire qu’il est un très grand écrivain. Il s’agit d’un romancier albanais. Comment est-ce que j’aurais pu lire un auteur albanais sans cette méthode? Ma connaissance de ce pays se limite à des clichés qui en donnent une image d’arriérés. Pourtant cet auteur me paraît tout à fait moderne par son approche et son écriture. Des ses premières phrases, j’ai été accroché sans comprendre pourquoi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cet auteur s’appelle &lt;a href="http://www.bibliomonde.com/auteur/fatos-kongoli-2535.html"&gt;Fatos Kongoli&lt;/a&gt; et ses romans sont à la fois littéraires et réalistes, et écrits avec beaucoup de maîtrise technique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai ensuite réalisé que certaines choses me rapprochent de Kongoli. Comme moi, il a une formation scientifique (il est mathématicien). Son approche est rigoureuse et c’est ce que j’essaie de faire de mon côté. Sa manière d’être réaliste dans l’accumulation des détails et de pencher en même temps vers l’irrationnel et le fantastique m’a toujours attirée, ainsi que l’importance qu’il accorde au rêve. L’intrigue d’un de ses romans, &lt;em&gt;Le dragon d’ivoire&lt;/em&gt;, est basé sur un séjour qu’il a fait dans un pays étranger lorsqu’il était étudiant. J’ai vécu une expérience similaire, ce qui me rend plus sensible que d’autres à cette histoire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Devriez-vous lire Fatos Kongoli? Je vous le conseille, en moins que vous soyez allergiques aux livres littéraires. Mais je vous conseille surtout de vous rendre à la bibliothèque, choisir un rayon, y prendre quatre livres dans la trentaine qui s’y trouvent et en lire 50 pages. À force de répéter cet exercice, vous découvrirez des livres avec qui vous et vous seul avez des atomes crochus. Et ça, c’est un grand bonheur.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-3938056797014267085?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/3938056797014267085/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/05/la-moins-mauvaise-methode.html#comment-form' title='11 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/3938056797014267085'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/3938056797014267085'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/05/la-moins-mauvaise-methode.html' title='La moins mauvaise méthode'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>11</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-2798210256436753576</id><published>2010-04-25T06:25:00.002-04:00</published><updated>2010-04-25T06:32:08.350-04:00</updated><title type='text'>Blogue au ralenti… écrivain au travail</title><content type='html'>&lt;p align="justify"&gt;Comme vous le savez, je suis un écrivain, moi qui gribouille des textes de fiction depuis l’adolescence et qui ai publié il y a un an un premier roman. Le temps est venu pour moi de me remettre à écrire sérieusement, avec toute l’énergie dont je suis capable, au lieu de me disperser et de pondre des bouts de romans dans tous les coins de mon disque dur. C’est pourquoi je serai moins actif sur ce blogue dans les prochains mois. J’avais pensé le mettre carrément en pause, mais ça me manquerait trop. Je vais continuer à publier des textes ici, mais ils seront moins longs qu’avant et apparaîtront plus irrégulièrement. Ils seront aussi plus variés, je crois, enfin on verra. C’est pour une bonne cause : un nouveau roman.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bien sûr, je continuerai à suivre les excellents blogues que je lis déjà… en espérant en découvrir d’autres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si je reste silencieux trop longtemps, ça voudra dire que j’écris vraiment très bien, ou au contraire que ça va mal. Je vais essayer d’éviter les silences prolongés même dans ces situations.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Souhaitez-moi bonne inspiration!&lt;/p&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-2798210256436753576?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/2798210256436753576/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/04/blogue-au-ralenti-ecrivain-au-travail.html#comment-form' title='7 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/2798210256436753576'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/2798210256436753576'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/04/blogue-au-ralenti-ecrivain-au-travail.html' title='Blogue au ralenti… écrivain au travail'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>7</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-2215291495598941627</id><published>2010-04-18T08:51:00.001-04:00</published><updated>2010-04-18T09:00:18.440-04:00</updated><title type='text'>Le vieux libraire</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;L’hiver dernier, je me promenais par hasard dans un quartier où je ne vais jamais plus, et je suis passé devant une librairie que j’ai beaucoup fréquentée à l’adolescence. Combien de temps depuis ma dernière visite? 20 ans? Plus? À l’époque, mon père me donnait dix dollars et je me rendais dans cette librairie d’occasion, remplie de livres de qualité qui ne coûtaient pas grand-chose. À cause de ma timidité, je ne parlais jamais au libraire, mais je lui achetais des piles de livres. Je me souviens encore de ses yeux étonnés lorsque j’ai acheté les œuvres complètes de Corneille… jamais lues, d’ailleurs. Déjà à cet âge, je voulais déjà devenir écrivain, et je croyais important d’assimiler tous les classiques.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il faisait froid, il neigeait, il faisait déjà noir même si nous n’étions qu’autour de six heures. Mu par une impulsion, je suis entré dans la librairie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À la caisse, le libraire parlait avec une cliente, et il m’a jeté un coup d’œil perçant. M’a-t-il reconnu alors que tellement d’années ont passé? Moi, je l’ai reconnu, même si la dernière fois que je l’avais vu il était dans la force de l’âge et qu’il était maintenant un vieillard. Malgré les années et leur usure, il se tenait bien droit à sa caisse. Ce qui avait le moins changé, c’était sa voix, dans laquelle je reconnaissais son intelligence aiguë, mais une voix plus fatiguée qu’avant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je me suis promené dans la librairie, plus petite et qui n’est plus située au même endroit. Ce magasin rapetissé me donnait l’impression d’avoir encore grandi. Le nom de l’endroit est le même, un nom d’une autre époque, l’époque durant laquelle j’ai grandi et qui est donc autant mon époque que maintenant. Les livres usagés me paraissaient vieux et poussiéreux et rien ne m’intéressait. Ça me rappelait la Bible et les personnages de Garcia Marquez qui tombent en poussière avant de mourir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La cliente racontait au vieux libraire des histoires de sa jeunesse, où des curés bornés interdisaient la danse parce qu’ils jugeaient que c’était une façon de faire à la verticale ce qu’il ne fallait pas faire à l’horizontale. Elle était vive et amusante et ses histoires d’un autre âge me faisaient sourire. J’ai cru comprendre qu’elle avait été actrice. À l’adolescence aussi, je cherchais les trouvailles dans cette librairie en écoutant les conversations du libraire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’aurais voulu dire au libraire : « Est-ce que vous me reconnaissez? Je venais souvent ici lorsque j’étais adolescent, c’est moi qui vous achetais des piles et des piles de livres. Vous souvenez vous de moi? Je suis maintenant un écrivain publié, j’ai écrit un roman, je suis sûr que vous l’aimeriez. » Après tout, il y a dans ce roman beaucoup de ce que j’ai acquis en lisant des livres achetés dans sa boutique. M’aurait-il reconnu? Se souvient-il de moi, alors que je me souviens parfaitement de lui, de sa femme et de son associé de l’époque? Que sont-ils devenus, ces deux là? Sont-ils morts? À la retraite?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le vieux libraire parlait toujours avec la dame, et j’ai décidé de ne pas les déranger. Je reviendrai, j’ai pensé. Je suis parti sans rien dire, sans savoir s’il se souvient de moi et si me parler lui aurait fait plaisir. M’aurait-il seulement reconnu, moi qui ai changé autant que le quartier, que la ville? Ce vieux libraire ne semblait pas avoir changé. Il avait seulement vieilli.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-2215291495598941627?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/2215291495598941627/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/04/le-vieux-libraire.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/2215291495598941627'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/2215291495598941627'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/04/le-vieux-libraire.html' title='Le vieux libraire'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-3574736873615433386</id><published>2010-04-11T09:54:00.002-04:00</published><updated>2010-04-11T10:34:04.759-04:00</updated><title type='text'>Labyrinthes</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Vous vous souvenez de ce film : une mère et son fils qui courent dans un labyrinthe enneigé, poursuivis par un homme armé d’une hache. &lt;em&gt;The shining&lt;/em&gt;. Ou cette bibliothèque labyrinthe dans laquelle errent les moines Guillaume de Baskerville et son disciple Adso dans &lt;em&gt;Le nom de la rose&lt;/em&gt;. Il y a quelque chose de fascinant dans cette situation : des humains qui sont prisonniers d’un labyrinthe et qui doivent absolument en trouver la sortie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai moi aussi été pris dans un labyrinthe dont j’ai eu du mal à sortir. J’avais une dizaine d’années et ma famille séjournait dans une maison des Laurentides, derrière laquelle se trouvaient des champs immenses et une forêt inhabitée. C’était l’hiver et j’étais sorti me promener avec ma tante. Je connaissais l’endroit, mais la neige recouvrait tout et uniformisait le décor. Nous étions allés très loin et j’avais fini par me séparer de ma tante. Je m’étais éloigné d’elle pour vérifier si on pouvait passer d’un champ à un autre en traversant un bout de forêt, et je lui avais crié que je rentrerais seul à la maison. Elle m’avait demandé de revenir mais je n’avais pas obéi parce que j’étais certain de retrouver mon chemin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il n’y avait que des arbres et de la neige, aucune maison et aucun être humain. Tout était silencieux. Les champs et la forêt étaient couverts de pistes de motoneige sur lesquelles je marchais, car la neige était durcie et ça m’empêchait de m’enfoncer. Ces pistes se croisaient dans tous les sens, sans logique apparente. Je n’entendais aucun moteur, juste le vent, et je ne voyais que des arbres et de la neige.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À cause de la neige, j’avais perdu mes repères, et je m’étais finalement trouvé désorienté, sans idée de la direction à suivre pour retrouver la maison. J’étais perdu. J’avais crié, mais personne ne m’avait répondu. Ma tante était loin. J’avais attendu, le cœur battant, et puis j’avais recommencé à marcher, suivant les pistes, tournant au hasard, sans deviner où aller, de plus en plus angoissé et sans savoir quoi faire d’autre que marcher. La scène était pareille de tous les côtés. Les sentiers que je suivais tournaient sans cesse et se croisaient. J’étais perdu dans un labyrinthe. C’étaient les pistes qui formaient le labyrinthe, un labyrinthe qui s’étendait sur des kilomètres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après beaucoup de temps à marcher au hasard et persuadé que je ne faisais que m’éloigner de la maison, j’avais fini par passer un tournant et me retrouver devant elle. C’était la première que je voyais et ça m’avait pris du temps à comprendre que c’était la bonne, que c’était la maison où je passais les vacances. Je ne la reconnaissais pas tellement j’étais persuadé de m’être perdu. Je me croyais à des kilomètres de distance.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous nous retrouvons tous, à certains moments, dans d’autres sortes de labyrinthes. Nous traversons des périodes où nous avons perdu nos repères et où nous ne savons plus de quel bord nous diriger, où nous continuons par habitude à chercher une issue. Écrire un roman est parfois un labyrinthe. On a perdu le fil et on continue à avancer en se demandant si ça vaut la peine et si on va retrouver son élan. Lorsqu’on est dans un labyrinthe, il ne faut surtout pas se décourager, mais continuer à avancer, même lorsque l’espoir disparaît, en se disant qu’à force de continuer, une sortie finira par se présenter.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jusqu’à maintenant, je l’ai toujours trouvée, même si ça a parfois été long.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-3574736873615433386?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/3574736873615433386/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/04/labyrinthes.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/3574736873615433386'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/3574736873615433386'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/04/labyrinthes.html' title='Labyrinthes'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-7437618473247195360</id><published>2010-04-04T10:12:00.003-04:00</published><updated>2010-04-04T10:34:19.083-04:00</updated><title type='text'>Les mille et une positions</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Chaque jour que le bon Dieu me permet de vivre, chaque jour que mon employeur continue à m’employer, je me rends au travail en métro. Il y a deux semaines, alors que je venais de descendre du train et que je me dirigeais vers les tourniquets de la station Square-Victoria en compagnie de la masse des voyageurs, j’ai vu un spectacle qui m’a paru étonnant, presque prodigieux, même si personne ne s’en souciait : une fille lisait un roman en marchant vers la sortie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Eh oui, parmi la foule des gens qui se rendaient dans les bureaux du centre-ville, mal réveillés, ternes et le visage vide, cette fille avançait, le nez plongé dans l’exemplaire ouvert d’un roman.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lire un roman en marchant vers son travail! Moi qui n’arrive même pas à lire dans le métro! Tous les jours, des gens lisent autour de moi dans le compartiment, souvent debout, et moi je n’arrive pas à lire même si j’ai un siège. Je m’attaque au sudoku du journal en essayant de le terminer avant d’arriver (j’ai dix minutes) et si je réussis je lis les articles. Un roman? Rien à faire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En fait, je lis toujours dans une position allongée. Soit couché sur un divan, soit dans mon lit, ce qui est presque aussi bien. Un hamac fait l’affaire, et au pire je me couche sur le tapis, à condition d’avoir un coussin pour ma tête. Je ne lis jamais dans un fauteuil, ni assis à mon bureau, mais je le fais dans une espèce de fauteuil allongé que mes parents possèdent et qui a la forme d’une chaise longue. Mon dos est relevé, mes jambes sont étendues, c’est presque idéal.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Italo Calvino écrivait : « Avoir les pieds levés est la première condition pour jouir d’une lecture. » On pourrait croire à une blague, mais mon cas confirme cette théorie. Certains loustics en concluront que je pourrais lire dans le métro à condition d’oser me coucher par terre ou que la STM me procure un divan.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis capable de lire lorsque je suis assis, car il y a quelques années je lisais dans l’autobus. Je faisais le même trajet chaque matin et il durait 30 minutes, je le connaissais pas cœur, et l’autobus était toujours vide. Je lisais tout ce temps et j’étais bien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lire en marchant, l’idée me plaît. Alphonse Daudet racontait, je crois que c’est dans &lt;em&gt;Les lettres de mon moulin&lt;/em&gt;, qu’il devait parcourir de grands trajets à pied et qu’il lisait toujours dans ces cas-là. Bien sûr, en Provence il y a plus de cent ans, ce n’était pas trop risqué. Dans mon cas, je finirais à l’hôpital.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je crois que c’est ce qui me fascine dans cette histoire. Pour lire, je dois me perdre dans le roman, et donc oublier le monde extérieur. Si je parvenais à lire en marchant, alors je me cognerais sur un poteau, ou dans une dame qui pourrait être malcommode et empester le parfum. J’écraserais la queue d’un chien, je tomberais dans une bouche d’égout, je traverserais la rue sans remarquer la lumière rouge et serais expédié dans les airs par un camion, je me perdrais, je buterais sur une borne-fontaine ou glisserais dans des excréments de chien et je m’étalerais sur le trottoir. Je pourrais peut-être, peut-être, lire en marchant si je suivais un chemin de campagne droit et isolé, où aucun promeneur ne me surveillerait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette fille a-t-elle le même emploi depuis tellement longtemps qu’elle s’y rend en somnambule, ses pieds la dirigeant jusqu’à son cubicule? Est-elle un exemple de la fameuse théorie : les femmes sont capables de faire deux choses à la fois, contrairement aux hommes? Mais comment peut-elle voir où elle va si elle est plongée dans son livre? J’aurais dû mieux la regarder. Peut-être qu’elle louchait abominablement, ne lisant qu’avec un œil, tandis que l’autre lui permettait de surveiller les alentours?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comment peut-on lire en marchant? Il fallait que le roman soit prenant, hein? Qu'en pensez-vous?&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-7437618473247195360?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/7437618473247195360/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/04/les-mille-et-une-positions.html#comment-form' title='6 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/7437618473247195360'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/7437618473247195360'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/04/les-mille-et-une-positions.html' title='Les mille et une positions'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>6</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-4492931970008936814</id><published>2010-03-28T09:01:00.003-04:00</published><updated>2010-03-28T09:22:33.728-04:00</updated><title type='text'>Peut-être un peu con</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Une baignoire, un pommeau de douche, un jet d’eau qui coule. Un adolescent de seize ou dix-sept ans qui se savonne. L’adolescent sent une protubérance à son poignet : une petite bosse, à un endroit où il n’y a jamais eu de bosse. Il touche son autre poignet sans rien trouver, tâte de nouveau la bosse. La peur le gagne. Coïncidence étrange, il vient de lire l’histoire d’une femme qui a failli mourir du cancer du sein et qui a découvert une bosse en prenant sa douche. D’accord, sa bosse à elle était au sein, pas au poignet, mais une bosse qui pousse est une bosse qui pousse et l’adolescent se persuade qu’il a peut-être le cancer. L’angoisse monte sans arrêt et il lui semble sentir le poids des métastases qui le rongent, qui se nourrissent de son sang et qui gonflent en lui. Il pense aux cadavres qu’il a vus dans son existence, les corps maquillés du salon funéraire, ou ce gros chien noyé qui s’était échoué au bord d’une rivière. Peut-être qu’il sera bientôt comme ça lui aussi. Les jours passent, durant lesquels il pense à son cancer, tâtant la bosse qui refuse de disparaître. Ah, comme la vie qu’il pourrait perdre lui paraît merveilleuse, comme les petites choses du quotidien goûtent bon, les tartines de confiture, les promenades dans les parcs, le feuillage des arbres, les rires des enfants. Comme il est terrible de mourir jeune, avant d’avoir vécu, avant d’avoir eu sa part de la vie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce garçon, c’était moi, et cette petite bosse, ce n’était pas un cancer. J’ai fini par la montrer à un médecin et je ne me souviens pas de son diagnostic, sauf : « Cesse de t’inquiéter. » Un ou deux ans plus tard, je suis devenu cardiaque : une douleur persistante à la poitrine. Des jours d’angoisse ont suivi, des jours durant lesquels la peur me prenait lorsque la douleur revenait. Ah, comme la vie me paraissait merveilleuse, comme les petites choses du quotidien goûtaient bon, les tartines de confiture, les promenades dans les parcs, le feuillage des arbres, les rires des enfants. La douleur a disparu et je l’ai oubliée, jusqu’à ce qu’elle revienne vers mes trente ans et qu’un médecin diagnostique une douleur musculaire sans importance. Dix-huit ans, c’était un peu jeune pour avoir des problèmes cardiaques, et trente ans aussi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Eh oui, je suis hypocondriaque, ce à quoi je pensais l’autre jour en lisant &lt;a href="http://www.cyberpresse.ca/arts/livres/201003/12/01-4259892-la-necessaire-melancolie-des-ecrivains.php"&gt;cet article&lt;/a&gt; qui mentionne que ce problème n’est pas rare chez les écrivains. Et ça me laisse perplexe. Je devrais comprendre mieux que personne, et pourtant je n’y arrive pas. Quel lien peut-il y avoir entre le besoin persistant de noircir du papier et la facilité à s’imaginer qu’on est malade? Bon, d’accord, l’imagination est un élément central de ces deux activités. Mais à part ça? Pourquoi beaucoup d’écrivains sont-ils hypocondriaques?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La peur de mourir pousse-t-elle à écrire? L’hypocondrie vient-elle d’une angoisse qu’on essaie de calmer en la mettant sur papier? Parfois, le sens de quelque chose nous échappe parce qu’on en est trop près. Un lien doit exister, mais je ne le vois pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Doit-on forcément se sentir mal pour écrire? Il me semble être poussé par l’amour de la lecture, tout simplement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avec les années, mon hypocondrie a tourné au gag. À force de m’imaginer deux fois par an que j’avais le cancer, j’ai fini par ne plus prendre ça très au sérieux. La partie de moi-même qui s’effraie et qui annonce ma fin est toujours là, mais il s’est développé en moi d’autres petites voix qui la ridiculisent et qui lui rappellent ses nombreuses erreurs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Récemment, la voix hypocondriaque a trouvé un nouvel argument : tout le monde meurt un jour, et je vais donc finir par être malade et en mourir. Quelque chose de terrible arrivera forcément et ça commencera par de petits symptômes en apparence bénins. L’hypocondriaque en moi aura beau avoir eu tort toutes ces années, il finira par gagner.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et je ressens justement une espèce de poids dans le ventre depuis quelques jours. Un poids qui augmente. Tellement de cancers commencent dans le système digestif… Une tumeur pourrait-elle s’être formée et grossir??? Avec tous les gens autour de moi qui ont le cancer en ce moment, ou qui l’ont eu, est-ce possible que… AAAAAAAAAAhhhhhh!!!!!!!!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Suis-je le seul à avoir remarqué que dans hypocondrie il y a le mot «&amp;nbsp;con »???&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-4492931970008936814?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/4492931970008936814/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/03/peut-etre-un-peu-con.html#comment-form' title='7 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/4492931970008936814'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/4492931970008936814'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/03/peut-etre-un-peu-con.html' title='Peut-être un peu con'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>7</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-5999579198312095863</id><published>2010-03-21T08:20:00.007-04:00</published><updated>2010-03-21T08:42:32.434-04:00</updated><title type='text'>Librairies, bouquineries...</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Une bibitte à sucre devient tout émue dans un magasin de bonbons, et j’en sais quelque chose. Mais ce n’est rien comparé au danger qui me guette lorsque je pénètre dans une librairie. Suis-je trop sensible au marketing? Est-ce que j’aime trop les livres? À chaque fois que j’entre dans un de ces endroits, le désir de me ruiner naît en moi. De me ruiner en achetant des livres, bien sûr.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme le racontait Italo Calvino dans &lt;em&gt;Si par une nuit d’hiver un voyageur&lt;/em&gt;, j’entends les livres. Ils m’appellent, ils me font de l’œil, et si je le pouvais j’en achèterais des dizaines. Il y a les livres-que-je-veux-lire-depuis-longtemps-sans-en-avoir-eu-la-possibilité, les livres-que-je-voudrais-avoir-lus-mais-que-je-n’ai-pas-envie-de-lire, les livres-dont-on-m’a-dit-beaucoup-de-bien-sans-m’avoir-vraiment-convaincu, les livres-que-j’ai-décidé-de-lire-lorsqu’ils-sortiraient-en-poche-et-qui-sont-justement-sortis-en-poche, les livres-que-je-suis-presque-décidés-à-lire, les livres-qui-sont-peut-être-très-bons-mais-qui-sont-peut-être-aussi-très-mauvais, les couvertures affriolantes, les nouveautés irrésistibles, etc.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est encore pire au salon du livre, qui me donne l’impression d’être dans mille librairies en même temps. C’est trop, tout simplement. Ça m’épuise et j’en perds le goût d’acheter.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le problème, c’est bien sûr le prix des livres. Je l’ai réalisé il y a un certain temps : il existe dans ma tête une limite psychologique. Au-dessus de 20 dollars, j’ai peur de prendre des risque, ce qui est dommage car la plupart des nouveaux livres se vendent à 25 dollars ou plus. Beaucoup des meilleurs livres que j’ai lus dans ma vie, peut-être la majorité, ont été des surprises. Les best sellers ont souvent des aspects conventionnels, ce qui est sans doute pourquoi ils parviennent à plaire à autant de gens différents.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’aime l’objet qu’est un livre neuf, sa perfection inexplorée, j’adore être le premier à ouvrir la couverture et à plier la tranche, à marquer le livre par ma lecture. Bien sûr, ce sentiment cesse brutalement lorsque je pense être tombé sur une nullité, et je me désole d’avoir choisi ce truc au lieu de tel ou tel autre titre. Mais c’est le risque à courir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans les bouquineries, je ressens une impression différente. Les livres d’occasion sont souvent jaunis, écornés, pliés, ils sentent parfois le tabac ou dégagent d’autres odeurs subtiles, ils ont du vécu. Lorsque je suis fatigué, j’éprouve du dégoût devant ces étalages d’objets qui ressemblent à des épaves. Je vois des livres qui ont été à la mode il y a dix ou quinze ans mais qui n’intéressent plus grand monde, des auteurs qui ont été proclamés immortels et qui sont oubliés, d’anciens best sellers qui ont sombré avec leur époque. J’ai l’impression d’être dans un dépotoir de la littérature.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D’autres jours, j’adore fouiller là-dedans et chercher les trouvailles. Quel chemin ont parcouru certains de ces bouquins pour se ramasser là? Tel livre date de 50 ans et semble ne jamais avoir été ouvert. Il n’est même pas coupé. Tel autre a été dédicacé par son auteur à une amie intime. L’amie est-elle morte? S’est-elle brouillée avec lui?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme les livres usagés ne sont pas très chers, je prends des risques. J’ai acheté sur une impulsion &lt;em&gt;Le moine&lt;/em&gt; de Matthew Gregory Lewis (dans la collection Marabout géant), dont je n’avais jamais entendu parler. Je l’ai beaucoup aimé. Même chose avec &lt;em&gt;Mon oncle Benjamin&lt;/em&gt;, de Claude Tillier, un classique moins connu que d’autres, peut-être parce qu’il est amusant. J’avais lu il y a de nombreuses années que &lt;em&gt;Les vivants, les morts et les autres&lt;/em&gt;, roman québécois des années 50, était un livre injustement oublié. Je l’ai un jour déniché au Colisée du livre… à un dollar. Hélas, ma lecture ne m’a pas enthousiasmé et l’oubli m’a paru très juste. Pour un dollar le mal n’était pas bien grand.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sans doute y a-t-il de nombreux livres que j’adorerais mais dont je n’entendrai jamais parler. Peut-être même que chaque librairie en contient une cinquantaine qui me feraient plus tripper que les meilleurs que j’ai lus. J’imagine ces romans peu connus, à la recherche d’un lecteur comme moi, mais nous ne nous rejoindrons jamais… Comment les trouver? Voilà une question à laquelle j’aimerais bien répondre…&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-5999579198312095863?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/5999579198312095863/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/03/librairies-bouquineries.html#comment-form' title='9 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/5999579198312095863'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/5999579198312095863'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/03/librairies-bouquineries.html' title='Librairies, bouquineries...'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>9</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-3478115772316831276</id><published>2010-03-14T07:45:00.006-04:00</published><updated>2010-03-14T08:37:21.755-04:00</updated><title type='text'>Miss Tolstoy et moi</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Un roman est une fiction, un romancier est donc un menteur. Meilleur est le menteur, plus crédible est le roman.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et tous les bons menteurs le savent : il faut incruster de réel un mensonge pour lui donner des allures de vérité. Certains lecteurs sont parfois étonnés par l’imagination dont j’ai fait preuve, selon eux, en écrivant &lt;em&gt;Sonate en fou mineur&lt;/em&gt;, un roman qui semble assez éloigné de ma vie actuelle ou passée. La vérité? Une grande partie de ce qui se trouve dans le roman a des bases dans la réalité, même si je n’en étais pas toujours conscient en l’écrivant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Prenons par exemple Rachel Tolstoï, personnage de &lt;em&gt;Sonate en fou mineur&lt;/em&gt;, descendante du grand écrivain, mélomane et compositrice frustrée. Où ai-je bien pu pêcher cette idée bizarre? Dans mon imagination, bien sûr?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette idée sort pourtant de ma vie, plus précisément d’un mariage de la haute société suédoise où, pour des raisons qui seraient trop longues à expliquer ici, j’ai été invité il y a quelques années. C’était un mariage traditionnel à l'extrême, les gens très riches étant souvent très conservateurs. La cérémonie avait lieu dans une somptueuse église de Stockholm, où je me suis retrouvé, déguisé en pingouin dans mon frac de location (car le frac était de rigueur, et non le vulgaire smoking), parmi des gens de la haute société. La mariée était splendide, les bouquetières aussi, le père était chauve, comme son fils aîné. « On a eu droit à deux mètres de cheveux et ensuite c’était fini » plaisantait le père. Il parlait d’une manière qui faisait grimacer ma blonde : avec un accent snob et mêlé de condescendance. C’était la voix de celui qui est habitué à commander aux « inférieurs », et habitué aussi à parler à des comtes. Lorsqu’il me parlait, il était très à l’aise, et je sentais sa condescendance. Ça aurait sans doute été différent si j’avais été un comte. Après la cérémonie, nous sommes allés dans le restaurant trois étoiles où avait lieu la réception, et lorsque j’ai trouvé la place qui m’était assignée, j’ai constaté que ma compagne de la soirée, car dans un tel mariage les invités sont mis en couples, s’appelait Sophie Tolstoy.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tolstoy comme le grand écrivain, j’ai pensé avec un certain vertige. J’ai donc attendu la demoiselle avec impatience et je l’ai vite interrogée sur son nom. Avec délice, j’ai appris qu’elle était bien une descendante de l’écrivain. Elle m’a raconté certaines choses que j’ai utilisées dans le roman : la plus grande partie de la famille avait fui à la révolution et s’était éparpillés dans divers pays, dont la Suède. Beaucoup de Tolstoy (car c’est ainsi qu’on écrit le nom en suédois) étaient actifs dans les arts, une sorte de tradition familiale. Sophie elle-même était actrice.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout en écoutant les discours sur les mariés, en trinquant à leur santé, en savourant les vins fins, tout en essayant de choisir les bons ustensiles parmi ceux dont chaque couvert était équipé et en dégustant les nombreux plats de cette nourriture trois étoiles, je discutais avec Sophie Tolstoy et j’avais beaucoup de plaisir. Bien sûr, un écrivain en développement a beaucoup d’affinités avec une actrice en développement. Sophie n’aimait pas tellement les œuvres de son ancêtre et préférait Dostoïevski, mais ça n’a pas refroidi mon enthousiasme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À chaque fois que j’entendais la voix snob et condescendante du père de la mariée, je me souvenais que Léon Tolstoï était un comte… et qu’il était très riche. Rien d’étonnant à ce que sa descendante fasse partie de la meilleure société suédoise, même si elle n’était ni snob ni condescendante. Je n’aurais pu rêver de meilleure « dame de table » (comme on dit en suédois) pour ce mariage. Elle avait beaucoup de patience, ce qu’elle a démontré lorsque nous avons valsé ensemble, parmi les autres couples d’invités, et que j’ai failli lui piler sur les pieds deux ou trois fois. Elle a d’ailleurs &lt;a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Sophie_Tolstoy"&gt;sa page wikipédia&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le personnage qui est sorti de cette rencontre n’est pas la charmante Sophie Tolstoy, mais une personne beaucoup plus sombre et tourmentée. Un romancier anonyme a déclaré que ses romans étaient basés sur un tiers de vécu, un tiers d’imaginé, et un tiers lu ailleurs. Les proportions varient selon les écrivains, mais je crois que tous utilisent ces trois éléments. Dans mon cas, ça se fait dans la plus grande naïveté. Lorsque j’écris un premier jet, il me semble tout inventer. Ce n’est qu’en le relisant que je réalise l’origine de certaines idées… tandis qu’elle reste mystérieuse pour beaucoup d’autres. Le thème de la sorcière est une obsession chez moi, peut-être à cause des contes de Grimm qu’on m’a lus dès ma plus tendre enfance. Mais le caractère de Rachel vient surtout de certaines autres personnes rencontrées à ce mariage et dont je préfère ne pas parler.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-3478115772316831276?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/3478115772316831276/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/03/miss-tolstoy-et-moi.html#comment-form' title='5 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/3478115772316831276'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/3478115772316831276'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/03/miss-tolstoy-et-moi.html' title='Miss Tolstoy et moi'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>5</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-7686319071787743181</id><published>2010-03-07T09:08:00.005-05:00</published><updated>2010-03-07T10:04:42.894-05:00</updated><title type='text'>Combine de sandwichs aux œufs</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Je recevais récemment ce message d’un ami d’école, perdu de vue depuis le secondaire et retrouvé grâce à Facebook, qui est maintenant artiste à Berlin. Il s’appelle &lt;a href="http://www.ledevoir.com/loisirs/voyage/275892/le-mur-en-roue-libre"&gt;Pierre-Paul Maillé&lt;/a&gt;. Voici ce qu’il m’écrivait : &lt;em&gt;J'ai adoré &lt;a href="http://www.eloipare.com/eloipare.html"&gt;ton profil sur ton blogue&lt;/a&gt; et ça m'a fait sourire mais surtout rire très fort. Je t'ai bien reconnu à lire sans arrêt; une fois tu es venu chez nous (6ième) et tu n'avais d'intérêt que pour les livres qu'il y avait et tu es reparti avec les Bob Morane que tu adorais à l'époque.&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;Eh oui, j’étais un enfant fasciné par les livres, et par Bob Morane en sixième année. Un peu trop fasciné, peut-être. Comme l’écrit Pierre-Paul, mon intérêt pour les livres se faisait au dépend du reste de la réalité. Certains de ceux qui m’ont connu ne doivent pas être surpris que j’aie publié un roman. L’étonnant est peut-être que je sois devenu ingénieur et non bibliothécaire, libraire d’occasion, relieur, ou balayeur chez un éditeur quelconque.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au secondaire, ma passion (pour ne pas dire ma maladie mentale) m’avait inspiré une petite combine. À cette époque, je croyais en une idée étrange : la littérature contemporaine n’était qu’une mauvaise imitation de la littérature classique. Je m’imaginais que le roman ne faisait que décliner depuis Balzac et j’avais décidé de lire tous les classiques importants, de préférence dans la collection Garnier-Flammarion, qui était la moins chère et que je trouvais élégante. Ma mère me donnait chaque jour quelques dollars pour m’acheter un lunch à la cafétéria. Or, nous avions toujours du pain tranché, des œufs et de la mayonnaise à la maison. J’ai eu l’idée de me préparer le soir en secret un sandwich aux œufs, que je mangeais le lendemain avec de l’eau. Je me rendais ensuite à la librairie la plus proche m’acheter un classique édité chez Garnier-Flammarion avec l’argent de mon lunch.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bien sûr, certains de ces classiques étaient tellement arides que je ne parvenais pas à passer au travers, et je les abandonnais pour « plus tard », un plus tard qui n’est pas encore arrivé pour de nombreux volumes. La littérature gréco-romaine était particulièrement indigeste. D’autres se lisaient pas mal plus facilement, surtout les livres du 19ième siècle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Par amour des livres, j’ai donc mangé des sandwichs aux œufs pendant des mois (si ma mère lit ce texte, je vais encore me faire tirer les oreilles). Un qui était bien étonné, c’était le libraire qui me voyait presque à chaque midi. Il s’appelait M.Bray, le Bray de Renaud-Bray, qui avait divorcé d’avec M.Renaud pour fonder sa librairie. C’était un vieux monsieur très gentil, un peu timide, avec une belle barbe blanche. M.Bray ne comprenait pas pourquoi un jeune garçon venait acheter un livre classique édité chez Garnier-Flammarion presque tous les jours. Ça lui a pris des semaines, je crois, avant d’oser me demander comment je faisais pour les lire aussi vite. J’ai répondu que je lisais beaucoup la nuit (ce qui n’était pas totalement faux).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avant que ma mère ne comprenne pourquoi son stock d’œufs baissait constamment, j’ai fini par me tanner des sandwichs, ce qui m’a épargné une bonne punition. De toute façon, je m’étais mis à lire des livres de science-fiction et des livres fantastiques, comme mes amis.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quelqu’un qui aimait tant lire devait devenir fou de joie au cours de français, pensez-vous. Eh bien, non. De mes lectures obligatoires du secondaire, je garde le souvenir d’un impérissable ennui. J’épargne &lt;em&gt;Maria Chapdelaine&lt;/em&gt;, lu en secondaire 3. Mais &lt;em&gt;Agaguk&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Poussière sur la ville&lt;/em&gt; se retrouvent très hauts dans le palmarès de mes pires lectures à vie. Je me souviens de livres poussiéreux, morts, dont l’histoire ne me touchait d’aucune manière. De livres sans ambiance et aussi excitants que le bottin téléphonique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Y a-t-il vraiment des gens qui considèrent qu’&lt;em&gt;Agaguk&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Poussière sur la ville&lt;/em&gt; sont de grands livres, à part deux ou trois énergumènes ayant travaillé au ministère de l’éducation? Est-ce que c’est juste moi, ou est-ce que ces livres ont ennuyé de la même manière des centaines de milliers d'élèves? Mais bien sûr, une lecture obligatoire ne sera jamais aussi agréable qu’une lecture librement choisie, surtout si elle a été génialement financée par une combine de sandwichs aux œufs. Je me serais peut-être révolté si l’école m’avait forcé à lire &lt;em&gt;L’Iliade&lt;/em&gt;. Lorsque l’idée venait de moi, elle me paraissait excellente.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-7686319071787743181?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/7686319071787743181/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/03/combine-de-sandwichs-aux-ufs.html#comment-form' title='12 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/7686319071787743181'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/7686319071787743181'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/03/combine-de-sandwichs-aux-ufs.html' title='Combine de sandwichs aux œufs'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>12</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-2001529980662760783</id><published>2010-02-28T09:23:00.004-05:00</published><updated>2010-02-28T09:59:38.444-05:00</updated><title type='text'>La chimie des lecteurs</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Vous lisez un livre et c’est bon. C’est même vraiment très bon, ce livre est fameux. Vous tournez les pages et ça s’améliore encore. Prenant, convaincant, plein d’une stupéfiante vérité… Ou merveilleusement écrit, léger et amusant. En moins que ce soit un bon suspense qui vous catapulte dans l’histoire. Ou un polar dont vous pressentez la solution tandis que le détective patauge, ce qui est un grand plaisir : être plus malin que les personnages.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vous terminez le livre. Wow! Super! Comment est-il possible que personne ne vous ait prévenu, trois ans plus tôt lorsque le livre est paru, de courir à la librairie? Justement, votre ami Gaston adore lire et il n’a rien à se mettre sous la dent. Ou alors Gaston n’aime pas tellement lire et se lamente que presque tous les livres sont plates. Ou Gaston a des problèmes personnels car il vient de découvrir que sa copine le trompait avec le livreur du dépanneur et il a besoin de distraction. Vous lui prêtez votre livre en lui disant qu’il va être renversé… et il l’est! « J’ai jamais rien lu d’aussi infect, dit Gaston. C’est renversant. Renversant de tuer des arbres pour imprimer des niaiseries pareilles. » (Pas pour rien que sa copine l’a quitté pour le livreur du dépanneur : Gaston a un sale caractère.) Ou il dit « C’était pas mal » mais avec le visage du médecin qui veut vous épargner la tragique nouvelle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D’accord, j’exagère, ça ne se passe pas toujours mal. Souvent, Gaston va aimer le livre, même s’il n’éprouve pas votre coup de foudre. Et il y a les moments glorieux ou le coup de foudre est partagé. Mais tous, nous avons recommandé des livres à des gens dont nous étions certain de la réaction… et tous, nous avons été surpris et déçu. Pas seulement pour les livres, bien sûr. C’est pareil pour les films, la musique ou les séries télévisées. J’ai déjà recommandé une série anglaise à un ami, qui m’a dit un an plus tard : « En général, tu as assez bon goût, sauf pour les séries anglaises bizarre… » Assez bon goût, ça voulait dire assez le même goût que lui, bien sûr.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a longtemps, lorsque j’étais naïf (bon, je le suis encore, mais moins), je recommandais les livres que j’aimais aux gens que j’aimais en m’imaginant que la vie était simple. Ensuite j’ai essayé de deviner à qui recommander quoi. Question très difficile. Pourquoi est-ce qu’on aime un livre? Parce qu’il est conforme à nos valeurs? À notre caractère? Parce qu’on se reconnaît dans certains personnages? Est-ce que ça tient à notre vision de ce que doit être un bon livre? À notre état d’esprit au moment de la lecture? Parce qu’il raconte ce qu’on a envie de vivre?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a des Québécois qui rejettent tout ce qui est québécois (situation désolante pour un écrivain québécois). Certains n’aiment que les best sellers, alors que d’autres se méfient de ce qui est populaire. Des lecteurs veulent des livres pour se distraire, d’autres adorent les histoires dérangeantes. J’ai un jour recommandé &lt;em&gt;The Sirens of Titan&lt;/em&gt;, de Kurt Vonnegut, à une personne que j’appellerai Marinette et qui s’est plainte que les personnages sont tous antipathiques. Or, je l’ai réalisé à mon grand étonnement, c’est vrai. Marinette avait raison. J’avais pourtant adoré ma lecture, car ce livre est d’une inventivité incroyable et les trouvailles se succèdent de page en page, parfois de ligne en ligne. Ma joie devant cette imagination avait compensé pour le reste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand j’y repense, mes coups de cœur ont souvent la même origine : un élément du livre m’a touché tellement fort que ça m’a emporté dans l’univers de l’auteur. J’ai été ébloui, j’ai voulu y croire alors j’y ai cru, si bien que je n’ai pas remarqué les défauts (tous les livres en ont) qui ont tellement dérangé d’autres lecteurs. Il faut que ça clique. Mais c’est tellement personnel, tellement intime. Comment prédire que ça va cliquer en moins de posséder des dons pour la voyance?&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;C’est un peu comme un couple qui dure. Quand on y pense, comment un couple peut-il durer? Et pourtant, ces couples sont nombreux et les plus solides sont parfois les plus incompréhensibles. Comment expliquer que cette femme adorable supporte cet abruti depuis 35 ans et qu’elle &lt;em&gt;s’ennuie de lui&lt;/em&gt; lorsqu’il part en voyage? Ou que ces deux démons ne se soient pas encore séparés (ni mutuellement assassinés)? Sans doute que chacun est sensible à quelque chose qu’il trouve important chez l’autre, et que ça compense pour ses défauts.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La chimie des lecteurs n’est pas moins mystérieuse. Je pense donc qu’un écrivain doit éviter les calculs du genre « ceci serait populaire » et s’efforcer d’écrire le livre qu’il voudrait lire. S’il est sincère, et s’il réussit, il trouvera des gens qui vont l’aimer… quoi qu’en disent Gaston et Marinette. Il y aura aussi des gens qui vont le détester, mais c’est le cas de tous les livres, pas vrai?&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-2001529980662760783?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/2001529980662760783/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/02/la-chimie-des-lecteurs.html#comment-form' title='5 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/2001529980662760783'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/2001529980662760783'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/02/la-chimie-des-lecteurs.html' title='La chimie des lecteurs'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>5</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-2695219942845540689</id><published>2010-02-21T08:48:00.003-05:00</published><updated>2010-02-21T09:07:45.778-05:00</updated><title type='text'>Où sont les chefs-d’œuvre du rire?</title><content type='html'>&lt;p align="justify"&gt;Il y a quelques temps, mon amie et blogueuse émérite &lt;a href="http://jai-lu.blogspot.com/"&gt;Grominou&lt;/a&gt; m’a demandé une suggestion. Le &lt;a href="http://sylire.over-blog.com/article-26682108.html"&gt;Blogoclub&lt;/a&gt;, club de lecture de blogueurs, cherchait des romans sur le thème du rire, de l'humour et de la comédie. Est-ce que j’avais une idée?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Facile, ai-je pensé. Il y a des tas d’excellents romans humoristiques, comme… comme…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Euh…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis resté bête devant mon clavier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ajoute que cette chère Grominou est d’une intelligence acérée et qu’elle lit comme une enragée depuis l’adolescence. Qu’elle ait eut besoin d’une suggestion en dit beaucoup.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vous, qui lisez ces lignes, vous aimez rire. Et moi aussi j’aime rire. Nous ne sommes pas seuls : tout le monde aime rire. Ça illumine la vie comme le soleil illumine les champs perlés de rosée le matin, je dirais si j’étais poète (heureusement, je ne suis pas poète). La comédie a toujours été populaire, d’Aristophane à &lt;em&gt;La petite vie&lt;/em&gt;, en passant par Molière, &lt;em&gt;Cyrano de Bergerac&lt;/em&gt;, Charlie Chaplin, les Monty Pytons, etc. Mais pour le roman? Oui, une librairie moyenne contient pas mal de romans humoristiques. Mais quels sont les chefs d’œuvre? Les livres qui sont de grands romans en plus de nous faire rire?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Rayon classique, il y a bien Rabelais, mais comme c’est en ancien français et que ça a été écrit il y a 500 ans, l’humour se perd un peu dans l’effort de compréhension. D’ailleurs, est-ce que l’humour vieillit bien? De ce côté, je garde un excellent souvenir de &lt;em&gt;Jacques le fataliste&lt;/em&gt; de Diderot, qui est assez drôle et qui se lit d’autant plus facilement qu’il ne contient que des dialogues.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le Blogoclub a finalement opté pour &lt;em&gt;Maudit Karma&lt;/em&gt; de David Safier, dont je n’avais jamais entendu parler et qui m’intrigue depuis, et &lt;em&gt;Saga&lt;/em&gt; de Tonino Benacquista, un livre dont j’adore la première moitié mais que je ne trouve pas particulièrement hilarant. Oui, il y a de l’humour, mais disons que ça fait sourire et non rire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je connais au moins un chef d’œuvre qui est très drôle : &lt;em&gt;Huckleberry Finn&lt;/em&gt;, de Mark Twain (à ne pas confondre avec &lt;em&gt;Tom Sawyer&lt;/em&gt;, qui est un livre pour enfant et qui ne m’a pas beaucoup intéressé comme adulte). &lt;em&gt;Huckleberry Finn&lt;/em&gt; est à la fois très drôle et très vrai, de la grande littérature mais aussi de la littérature qui fait rire, sauf la fin qui est un peu ratée lorsque, comme par hasard, ce #$%?&amp;amp;* de Tom Sawyer réapparaît et vient gâcher notre plaisir. Si vous le lisez en français, faites attention à trouver le texte intégral. Paraît que les traducteurs ne se sont pas gênés pour faire des coupures dans les passages controversés. La première bonne traduction ne daterait que de quelques années.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et c’est le moment de sortir ma citation de Mark Twain : « Un classique est un livre que tout le  monde veut avoir lu mais que personne ne veut lire. » Depuis ces fortes paroles, il est lui-même devenu un classique. Bien attrapé, non? Ça lui apprendra à dire des choses comme ça.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sinon, je n’ai pas trouvé grand-chose dans ma mémoire de lecteur. &lt;em&gt;Sweet Thursday&lt;/em&gt; de Steinbeck est amusant, mais c’est quand même assez mineur comme truc. Dickens est bien connu pour son humour… sauf que je ne l’aime pas spécialement. Je le trouve caricatural.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Est-ce ça, le problème? Pour faire rire, les auteurs utilisent la caricature et l’exagération, ils s’éloignent de la réalité, et ce qu’ils finissent par produire paraît moins vrai et moins profond qu’un bon drame bien psychologique? Est-ce pour ça que les romans humoristiques nous semblent souvent mineurs?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ou est-ce que j’ai simplement réussi à éviter les grands romans comiques, qui sont, euh…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Qui sont quoi, finalement?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Zut!&lt;/p&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-2695219942845540689?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/2695219942845540689/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/02/ou-sont-les-chefs-duvre-du-rire.html#comment-form' title='21 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/2695219942845540689'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/2695219942845540689'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/02/ou-sont-les-chefs-duvre-du-rire.html' title='Où sont les chefs-d’œuvre du rire?'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>21</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-7901107238187514320</id><published>2010-02-14T08:34:00.009-05:00</published><updated>2010-02-14T09:43:45.740-05:00</updated><title type='text'>Monsieur F et Madame B</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Revenons sur cette chicane (devrais-je dire cette guerre nucléaire?) d’octobre dernier entre deux journalistes vedettes, Pierre Foglia et Denise Bombardier. Vous rappelez-vous? Ces chroniques sur la pédophilie où les deux journalistes ont fini par s’insulter. Foglia qui, dans &lt;a href="http://www.cyberpresse.ca/opinions/chroniqueurs/pierre-foglia/200910/14/01-911441-le-vaccin-contre-lhysterie.php"&gt;cette chronique&lt;/a&gt;, parle de cas très rares où la victime d’un pédophile n’est pas traumatisée par l’expérience. Denise Bombardier lui répond par un texte (réservé aux abonnés du Devoir mais repris &lt;a href="http://gregoirejac.com/2009/10/27/foglia-vs-mme-b/"&gt;ici&lt;/a&gt;) qui l’attaque sur de nombreux angles, entre autre en insinuant qu’il est un pervers. Foglia réplique en attaquant à son tour Bombardier dans &lt;a href="http://www.cyberpresse.ca/opinions/chroniqueurs/pierre-foglia/200910/23/01-914620-retouches-dun-intouchable.php"&gt;ce texte &lt;/a&gt;méprisant et sans nuance (« à défaut de beaucoup de talent, vous avez beaucoup de persuasion », « vos médiocres romans », …). Bombardier reconnaissait à Foglia certaines qualités, ce qui était peut-être une manière plus subtile de le démolir. Foglia n’est pas aussi généreux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La pédophilie est un sujet qui nous horrifie tous. Qu’est-ce qu’il y a de plus tragique que la destruction d’un enfant? Difficile de lire calmement les articles. Difficile de ne pas croire que Bombardier a raison puisqu’elle condamne la pédophilie lorsqu’elle se chicane avec Foglia.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En relisant les articles une fois calmé, on est frappé par la haine que les deux journalistes se vouent. Si on les mettait dans un ring, l’un des deux n’en sortirait pas vivant. La pédophilie n’est peut-être pas la véritable cause du débat.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai ensuite été frappé par l’exagération de Bombardier lorsqu’elle résume le texte de Foglia. Disons qu’elle charrie pas mal. Foglia est prudent et ce qu’il avance n’est pas très clair. Il dit rapporter des «&amp;nbsp;expériences dissidentes », celles de victimes de pédophiles sorties intactes de l’histoire, mais il condamne assez clairement la pédophilie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’article de Bombardier est plein de flou et d’affirmations basées sur on ne sait quoi. Quelles sont ses sources? Une seule citation de Foglia se trouve dans l’article. Quand on relit les textes encore plus attentivement, on réalise qu’elle a triché : elle a inversé cette citation. Foglia a écrit, en parlant des victimes non traumatisées par la pédophilie : « Des voix qui dérangent parce qu'elles disent tout bas des vérités qu'on n'entend jamais? Que ce soit bien clair : pas une foutue seconde. » Bombardier a transformé ceci en : « Ce sont "des voix qui dérangent parce qu'elles disent tout haut des vérités qu'on n'entend jamais", écrit le chroniqueur. » Exactement l’inverse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une journaliste aussi connue qui trafique une citation? Difficile à croire, non? Et comme le texte de Bombardier s’appuie sur cette citation, il s’effondre comme un château de carte.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Denise Bombardier est issue du monde de la télévision, plus précisément de Radio-Canada, où elle a passé de très nombreuses années au début de sa carrière. C’est là qu’elle s’est formée, on pourrait dire. Elle a choisi d’attaquer Foglia avec cette tactique : 1. Choisir un sujet qui excite les passions (la pédophilie), 2. Déformer les propos de Foglia et laisser entendre qu’il encourage la perversité et 3. Appuyer ceci avec une citation mensongère.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans un débat à la télévision, je crois qu’elle aurait gagné, je crois même qu’elle aurait écrasé Foglia. D’abord, le sujet bouleverse tout le monde, et on est moins attentif quand on est bouleversé, on a plutôt tendance à cesser de réfléchir. Deuxièmement, Bombardier a beaucoup de sang froid devant une caméra. Elle serait sans doute restée calme, tandis que Foglia avait toutes les chances de péter les plombs en se faisant traiter de pervers, surtout que ce n’est pas ce qu’il a écrit. Dans l’énervement on se défend mal. La citation fautive? Distrait par les insinuations sur sa perversité, Foglia n’y aurait peut-être pas fait attention, ou il n’aurait peut-être pas réussi à rectifier les faits avec clarté. Et même s’il avait réussi, les téléspectateurs auraient pu voir ça comme un élément ambigu : la parole de l’un contre celle de l’autre. Au pire, on aurait excusé Bombardier en pensant qu’elle avait commis un lapsus et on lui aurait donné le bénéfice du doute. Un lapsus est facile à commettre lorsqu’on parle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À l’écrit, la même tactique est un échec puisqu’on peut relire les chroniques autant de fois qu’il le faut. Même si on a commencé par le texte de Bombardier et qu’elle nous a convaincu, on peut lire le texte qu’elle dénonce et le décalage entre ce texte et la manière dont elle le rapporte est évident.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La citation inversée ne peut vouloir dire qu’une chose : Bombardier est de mauvaise foi et son attaque est malhonnête. Comment peut-elle ne pas avoir délibérément modifié la citation? Le texte de Foglia se trouve sur cyberpresse et un copier-coller se fait rapidement. Comment une journaliste expérimentée peut-elle ne pas vérifier ses sources? Elle a fait exprès, c’est évident, et sa malhonnêteté lui enlève toute crédibilité. Après ça, comment se fier à elle lorsqu’elle décrit Foglia?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bombardier aurait pu attaquer Foglia autrement. Lui faire remarquer, par exemple, que ce n’est pas parce que la petite fille a aimé la caresse à 13 ans qu’elle n’est pas fuckée à 40 ans (comme ça se produit souvent, paraît-il). Que ses lecteurs mentent peut-être et qu’un bon journaliste s’assure de la véracité de ses sources (elle a préféré insinuer que Foglia invente peut-être les témoignages qu’il rapporte). Au lieu de choisir la pédophilie, elle aurait pu attaquer Foglia sur son mépris pour certain de ses lecteurs, un thème moins spectaculaires, mais plus solide. Bombardier elle-même a souffert de ce mépris, et comme elle est loin d’être la seule, elle aurait eu de nombreux alliés. Elle a choisi une tactique télévisuelle, et c’est pour cela qu’elle s’est plantée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Où est-ce que je veux en venir? À ceci : la radio et la télévision font peut-être de bons shows, l’écrit reste 1000 fois mieux pour les débats d’idées. Non. 100000000000000 fois mieux.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-7901107238187514320?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/7901107238187514320/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/02/monsieur-f-et-madame-b.html#comment-form' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/7901107238187514320'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/7901107238187514320'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/02/monsieur-f-et-madame-b.html' title='Monsieur F et Madame B'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-1472277435888313618</id><published>2010-02-07T09:15:00.003-05:00</published><updated>2010-02-07T09:34:48.597-05:00</updated><title type='text'>Miss Inspiration</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Nous rencontrons tous des gens exaspérants, et certains sont vraiment très exaspérants. J’en ai connu une longue série, à commencer par ce garçon qui m’a fracassé un bloc de construction sur la tête en maternelle, ce qui m’a valu de me faire punir par la maîtresse à cause de mes hurlements. Rendu en sixième année, le même garçon se vantait d’avoir des couilles poilues. Il y a quinze minutes, un type qui téléphonait de l’Inde m’a exaspéré en essayant de me vendre quelque chose, surtout qu’il parlait tellement mal anglais que je n’ai rien compris (oui, j’aurais dû exiger du français). J’ai ragé à cause de ces gens « Tout m’est dû », perpétuellement déçus et mécontent de moi, de cette fille qui passait son temps à ridiculiser ses collègues en leur absence et qui se transformait lorsqu’ils étaient de retour, de ce type qui avait un don exceptionnel pour me demander « Comment ça va? » en ayant l’air de se foutre de ma réponse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tous étaient exaspérants. Mais aucun n’approche l’exaspération que m’a fait ressentir Miss Inspiration.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Miss Inspiration n’est pas un être humain. Lorsque je me sens superstitieux, je l’imagine comme une déesse, un ange invisible qui rôde autour de moi et qui s’approche ou reste à une certaine distance. Elle est un état d’esprit qui change facilement. Certains écrivains poussiéreux ont dit qu’elle est une maîtresse volage… Je ne comprends pas pourquoi elle serait une maîtresse, car l’écriture n’a vraiment rien de sexuel, mais l’inspiration est certainement volage, tous seront d’accord.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsque je commençais à écrire, j’ai lu une curieuse déclaration. Un écrivain dont j’ai oublié le nom disait (je cite de mémoire) : « écrire est d’abord un plaisir, un peu comme faire l’amour. » Ça m’avait paru bien étrange. L’écriture n’a rien de sexuel, en tout cas pas dans mon cas, et c’était beaucoup trop ardu pour être un plaisir. Les années ont passé, je me suis amélioré peu à peu, et le plaisir est apparu. L’inspiration n’était jamais trop loin, j’écrivais de bonnes pages et de moins bonnes que j’améliorais ensuite. Oui, l’écriture pouvait être un plaisir, mais l’intensité de ce plaisir dépendait beaucoup des caprices de Miss Inspiration.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis, sans comprendre pourquoi, je suis soudain devenu intime avec elle. Un jour, les idées se sont mises à surgir dès que j’en avais besoin. J’écrivais sans hésitation, excité par mes trouvailles et par ce que j’étais en train de raconter, en éprouvant un sentiment d’accomplissement et une délicieuse jubilation. Le bonheur de créer se transformait en perfection. Lorsque je me rendais au bureau, mes collègues s’étonnaient : pourquoi est-ce que j’étais aussi heureux et excité? Qu’est-ce que je faisais pour arriver comme ça au bureau? Aucun ne pouvait imaginer que ça venait de l’écriture.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Hélas, mon flirt avec miss Inspiration n’a duré que quelques mois. Des ennuis personnels m’ont empêché d’écrire et m’ont beaucoup inquiété, et quand ma vie s’est stabilisée de nouveau, dans un nouveau quartier et dans un nouveau logement, car nous avions été expulsé du précédent et il avait fallu en trouver un en catastrophe, miss Inspiration n’était plus si amicale. Oh, elle était encore là, et j’écrivais peut-être mieux que jamais, mais ce n’était plus si facile. C’était de nouveau laborieux, et je ne ressentais plus ce sentiment merveilleux d’harmonie entre moi et mon histoire qui est une des choses les plus fortes que j’ai connue. Miss Inspiration restait à une certaine distance.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comment la ramener à moi? Comme revivre cet état d’harmonie où tout tombe en place, où on sent qu’on va au maximum de ce qu’on peut faire, où les idées surgissent lorsqu’on en a besoin? Un état d’esprit qui frôlait l’illusion, car les textes écrits en jubilant étaient à peine meilleurs que les autres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Beaucoup de joueurs de base-ball sont superstitieux, ce qui m’étonnait lorsque j’étais enfant. J’ai fini par en comprendre la raison : c’est une manière de se mettre dans un état d’esprit. Alors je me comporte en joueur de base-ball. Non, je ne crache pas par terre, je ne mastique pas la même gomme pendant trois semaines et je ne fais pas le tour d’un monticule en évitant de regarder devant moi. Mais je répète certains gestes chaque matin, et j’essaie d’écrire aux mêmes heures et dans les mêmes conditions. Il y a deux semaines, miss Inspiration était très proche et j’ai presque cru partir avec elle… Hélas, le sentiment de jubilation n’a pas duré.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ah, comme elle est exaspérante! Bien pire que le garçon aux couilles poilue qui m’a fait hurler avec son bloc de construction sur ma tête.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Peut-être que l’ennemi de Miss Inspiration est M. Sens-Critique? Peut-être que c’est lui qui la fait fuir en me faisant douter de ce que j’écris, c’est peut-être ça qui m’empêche de m’envoler dans le plaisir de créer? D’un autre côté, si je parviens à neutraliser mon sens critique, est-ce que je vais écrire des niaiseries en me prenant pour J.M. Coetzee ? Tant pis, j’arrangerai les choses ensuite. Essayons l'autosuggestion. Allez, Éloi, t’es super, go go go, t’es capable! Écris-nous ça! Wow, c’est bon! T’es le meilleur! Go go go! Tape encore! Plus vite! Continue! Oui! Oui! Ouiiiii!&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-1472277435888313618?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/1472277435888313618/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/02/miss-inspiration.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/1472277435888313618'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/1472277435888313618'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/02/miss-inspiration.html' title='Miss Inspiration'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-2684217000615675647</id><published>2010-01-31T09:05:00.011-05:00</published><updated>2010-01-31T09:37:48.670-05:00</updated><title type='text'>L'innocence perdue</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Mon plus vieux souvenir est d’une précision glacée. Ma mère me chicane, dans le stationnement d’un centre d’achats, suite à un vol : j’ai volé une boîte de semences de haricots. Quel âge est-ce que je peux avoir : deux ans? Trois, tout au plus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je me souviens de nombreux détails : le supermarché était un Steinberg sur Van Horne près de Darlington, dans le centre d’achats où il y avait aussi un Miracle Mart avec un aquarium plein de poissons rouges, un aquarium qui me fascinait. Les haricots étaient jaunes. Ce n’était pas un sachet, comme les autres paquets de graines, mais une petite boîte de carton. Rétrospectivement, ce qui me surprend le plus, c’est que ma mère m’ait laissé seul à l’auto pour ramener la boîte que j’avais volée. Jamais je ne laisserais un jeune enfant dans un parking. Le monde a changé et les parents de cette époque ne voyaient pas des pervers dans tous les coins. Lorsque nous étions bébés, ma mère nous laissait dans notre carrosse sur le trottoir et elle entrait seule dans les magasins, comme on le fait encore au Danemark, parait-il.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un autre de mes plus vieux souvenir peut être daté avec précision : j’ai cinq ans et je suis avec des gens qui tiennent un bébé qu’ils viennent d’adopter. Le bébé ressemble à un ourson car il porte un manteau et un bonnet de fausse fourrure brune. Il a les joues rondes, une expression angélique, et il me paraît être le plus beau bébé du monde. Il arrive de l’orphelinat et est né de parents québécois. Car à cette époque qui ne remonte pas à si loin, on pouvait adopter un enfant à l’orphelinat, on n’avait pas besoin d’attendre des années et de se rendre jusqu’en Chine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À sept ans et trois mois, en pleine crise d’octobre, j’ai fait paniquer ma mère en étant reconduit à la maison par la police. Mon ami Stéphane Falardeau m’avait entraîné jusqu’à un building près duquel il habitait et il m’avait expliqué que la vue du toit était superbe et qu’on pouvait facilement grimper les échelles d’incendie. Elles étaient vertigineuses et m’avaient paru se rendre jusqu’aux nuages, mais j’avais accepté. J’étais rendu à mi-chemin, et Stéphane presque au toit, lorsqu’une femme qui nous avait vus par sa fenêtre avait alerté la police. Ma mère avait paniqué en voyant l’uniforme de l’homme qui sonnait à la porte, car mon père faisait beaucoup de syndicalisme et elle avait cru qu’ils venaient l’arrêter. C’était la crise d’octobre, la loi des mesures de guerre, et c’était aussi l’époque où le Québec était une société jeune et pleine d’idées de changement. Tout le contraire de maintenant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour certains écrivains, la perte de l’innocence vient de la découverte de la sexualité. Ces écrivains me paraissent bien démodés, et cette innocence-là me semble sortir d’un autre âge. Pour moi, l’innocence de l’enfance est reliée au temps, au changement et à l'absence de la mort. Lorsque j’étais enfant, le temps me semblait avancer à une vitesse tellement lente que la vie paraissait infinie. À l’âge de six ans, la distance entre deux étés semble prodigieuse, peut-être parce qu’on la mesure à l’échelle de notre expérience. Rien ne changeait depuis ma naissance, alors rien ne changerait jamais. Jamais je n’aurais trente ans. Mon père serait toujours ce jeune homme au collier de barbe qui allait travailler au centre-ville en autobus, ma mère cette jeune femme aux cheveux longs. Mes grands-parents ne mourraient pas, ni personne que j’aimais. D’ailleurs, à part un voisin écrasé par un chauffard qui a pris la fuite, la mort a épargné mon entourage pendant la plus grande partie de mon enfance. Je me croyais dans un monde stable, rempli de certitudes, un monde solide.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les années ont passé, mes grands-parents sont morts ainsi que d’autres gens que j’aimais. Tout a changé autour de moi, de proche comme de loin. Moi aussi, je me suis transformé. L’enfant que j’étais a disparu et est devenu un adulte qui a des enfants à son tour, et c’est peut-être parce que je retrouve en eux ma naïveté d’antan que j’écris ce texte. Le temps passe de plus en plus vite. Les jours de mon enfance duraient plus longtemps que les semaines d’aujourd’hui, qui me semblent passer en un battement de cil, tandis que les changements technologiques s’accélèrent et transforment nos vies.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tiens, le ipad est sorti. Est-ce la fin du livre papier et le début du piratage en littérature? Il y a dix ans à peine, la musique rapportait plus d’argent que jamais, et puis napster est arrivé. Aujourd’hui, cette industrie est en ruines. Les revenus ont fondu des deux tiers et continuent à baisser. Le même destin attend-il la littérature et les rares écrivains québécois qui en vivent ont-il raison de trembler?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La stabilité du monde de mon enfance n’était qu’une illusion puisque tout se transforme et disparaît. C’est dommage pour les choses que nous aimons, heureusement le même destin attend celles que nous détestons. Somme toute, le monde d’aujourd’hui est meilleur que le monde de mon enfance, et c’est ce qui me console. Après tout, si le monde ne changeait pas, nous vivrions encore dans des cavernes…&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-2684217000615675647?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/2684217000615675647/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/01/linnocence-perdue.html#comment-form' title='9 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/2684217000615675647'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/2684217000615675647'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/01/linnocence-perdue.html' title='L&apos;innocence perdue'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>9</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-6799419509252922339</id><published>2010-01-24T08:47:00.010-05:00</published><updated>2010-01-24T09:29:48.176-05:00</updated><title type='text'>Ô temps ! Suspends ton vol !</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Certaines personnes sont continuellement en retard, mais ce n’est pas mon cas. Non. Absolument pas. Je ne suis pas continuellement &lt;em&gt;en retard&lt;/em&gt;, je suis continuellement, euh, au bord d’être en retard si je ne me dépêche pas… et énervé lorsque je ne dois surtout pas être en retard. Quand ma journée commence par une réunion importante ou si je dois me rendre à un rendez-vous délicat, je calcule la durée du trajet avec précision afin de ne courir aucun risque. Je sépare ce trajet en étape et je mesure le temps de chacune, en bon ingénieur, et j’ajoute dix ou quinze minutes de marge de sécurité. Un ingénieur à son meilleur, donc.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Presque à chaque fois, l’ingénieur à son meilleur se ramasse à stresser par peur d’arriver en retard. En général, ma marge de sécurité m’a rendu comme le lièvre de la fable : j’ai lambiné jusqu’à ne plus avoir de marge de sécurité du tout, par exemple en lisant un bon livre, et alors il m’est arrivé un petit imprévu, genre coup de téléphone de ma mère (que je salue et qui est merveilleuse, surtout quand elle lit ce blogue) ou gants disparus parce que je ne les avais pas rangés à leur place… ou parce qu'ils étaient à leur place mais que je ne m'en doutais pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je passe le trajet plongé dans des calculs complexes pour savoir si je vais arriver à l’heure. Comme je me déplace surtout en métro, les surprises sont rares, sauf quand ce métro qui commence à tomber en ruine a une panne, et alors je compte les secondes en me répétant avec angoisse que je serai bientôt foutu. Il m’arrive de courir de la station au bureau, et j’arrive en sueur à la réunion importante, essayant furtivement de reprendre mon souffle, sans faire de bruit et sans trop ouvrir la bouche. J’ai ma fierté, après tout.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il paraît que certaines personnes sont continuellement en retard par désir inconscient de rendre leur vie plus excitante. Est-ce mon cas? Mon subconscient trouve-t-il ma vie trop plate? Aurait-il préféré être dans la tête de James Bond et non dans celle d’un écrivain en développement? Je préfère penser que je veux profiter de chaque minute de temps libre et que c'est ce qui me pousse à partir le plus tard possible. Ou alors c’est mon charmant côté artiste qui distortionne joyeusement avec mon non moins charmant côté ingénieur…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ceci n’est rien comparé au cas d’une personne de mon entourage qui tiendrait à garder l’anonymat si je lui posais la question. Cette personne a une horloge interne de type « alternatif » : lorsqu’elle a l’impression qu’il est quatre heures, il est cinq heures trente, et lorsqu’elle calcule qu’une tâche prendra 20 minutes, c’est qu’elle va en prendre 40. Cette personne n’est bien sûr jamais à l’heure, sauf par erreur. Lorsqu’elle arrive à temps en quelque part, cela cause un étonnement général.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai un jour réalisé que je suis particulièrement en retard à certains rendez-vous : lorsque je vais chez le dentiste. Peut-être que mon subconscient essaie de me distraire de ma peur? Heureusement que je ne suis pas James Bond avec un subconscient pareil, n’est-ce pas? Ça serait beau s'il ne parvenait pas à sauver la planète à cause de ses retards continuels, mais c'est vrai que James Bond n'a peur de rien. Moi, j’ai peur de ma dentiste. Elle me rappelle la sorcière de &lt;em&gt;Hansel et Gretel&lt;/em&gt;, mais ce n'est pas sa faute: tous les dentistes me font cet effet. Si mon subconscient essaie de me faire oublier ma peur, ça marche. Je ne fais que penser avec angoisse « Est-ce que je vais arriver à temps? », puis « Ouf, je ne suis arrivé qu’avec quatre minutes de retard, presque personne ne s’en est aperçu » jusqu’au moment où la fraise de la sorcière s’enfonce dans ma dent. C’est pareil pour les entrevues d’embauche. (Message pour mon employeur actuel: non, je ne cherche pas de nouvel emploi, ces entrevues remontent à un certain temps.) Ce qui empire mon cas avec les entrevues, c’est ma difficulté à nouer les cravates. Bien sûr, j’ai un petit papier avec des flèches et des dessins et ça a l’air très facile. Mais quand j’essaie de faire comme sur le papier avec ma cravate, ça se passe mal, après dix essais ratés je m’énerve, tandis que le temps passe et que l’entrevue approche… C’est ce qu’on pourrait appeler le supplice de la cravate.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Rien de mieux que commencer une entrevue en arrivant en retard avec une cravate mal nouée, hein?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au cégep, j’étais un spécialiste des nuits blanches à faire un travail à toute vitesse en me demandant comment j’avais pu ne pas le commencer plus tôt… Je me souviens de rêver, vers quatre heures du matin, à pouvoir arrêter le temps en pressant le bouton d’une machine diabolique, afin de terminer mon travail pendant que la terre entière se serait immobilisée… Mais est-ce que j’aurais fini le travail? Je serais peut-être allé lire un bon livre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est ça, j’ai trouvé pourquoi je suis si souvent presque en retard, mon honneur est sauf et celui de mon subconscient aussi : c’est parce que j’aime trop la lecture et que je passe trop de temps à lire. Ouf!&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-6799419509252922339?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/6799419509252922339/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/01/o-temps-suspends-ton-vol.html#comment-form' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/6799419509252922339'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/6799419509252922339'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/01/o-temps-suspends-ton-vol.html' title='Ô temps ! Suspends ton vol !'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-5769848224554666883</id><published>2010-01-17T08:46:00.003-05:00</published><updated>2010-01-17T09:09:48.937-05:00</updated><title type='text'>Le ciel est vert!</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Je suis en train de lire &lt;em&gt;Reelin’ in the years&lt;/em&gt;, sur la carrière de Steely Dan (l’un des meilleurs groupes rock des années 70), et je suis confronté à cette question : comment le talent peut-il être si difficile à détecter? Avant d’être engagés par ABC records, Walter Becker et Donald Fagen, les deux musiciens qui allaient devenir Steely Dan, ont passé une très longue période à tenter d’intéresser à leur musique les experts de l’industrie. Résultat : des échecs, des échecs encore des échecs, rien que des échecs. Ceux dont le métier est d’évaluer le talent les jugeaient bizarres et sans valeur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le plus bizarre est peut-être que Becker et Fagen aient persévéré après tous ces refus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Rien ne bat l’exemple des Beatles, dont le gérant Brian Epstein s’est fait dire non par à peu près toutes les compagnies discographiques (avec des commentaires du genre : « Rentrez à Liverpool, M. Epstein, les groupes à guitare sont finis. ») Epstein en pleurait de rage dans son bureau. Quelques années plus tard, ils étaient le groupe le plus populaire de la planète.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les groupes à guitare sont finis!!! Dire ça en 1962, juste avant Hendrix, Jimmy Page, Jeff Beck, et tous les autres!!!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est pareil en littérature, bien sûr. Les deux écrivains les plus réputés du vingtième siècle sont peut-être Proust et Joyce. Le premier a été rejeté par André Gide et il a dû financer lui-même la publication de &lt;em&gt;Du côté de chez Swann&lt;/em&gt; parce qu’aucun éditeur n’en voulait. Le deuxième a encaissé 22 refus pour &lt;em&gt;Dubliners&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Harry Potter? S’il n’y avait que dix éditeurs en Angleterre, vous n’auriez jamais entendu parler de ce livre, puisque les douze premiers l’ont refusé. En trouver un qui a dit oui a pris un an, et cet éditeur hésitait. Il a fait lire le premier chapitre à sa fille de 8 ans et c’est la réaction de la petite qui a tranché la question. Tout ça pour une série de livres adorés par des millions d’adultes quelques années plus tard…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ces exemples prouvent une chose : la frontière entre le succès extrême et l’échec absolu est très, très mince. Cette idée semble étrange, absurde. J'ai l'impression d'avoir écrit: le ciel est vert, ou les humains ont huit pattes et mangent des cailloux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quelqu’un pourrait-il m’expliquer?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D’accord, d’accord, les écrivains et les musiciens s’améliorent avec le temps. Mais ceux qui en sont venus à dominer leur art n’avaient-ils pas dès le début quelque chose de spécial? Et &lt;em&gt;Dubliners&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Du côté de chez Swann&lt;/em&gt; ne sont pas des travaux de débutants, ni le premier Harry Potter. Comment ont-ils pu être jugés impubliables? Par André Gide, par 22 éditeurs, par 12 éditeurs?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsque Steely Dan se faisait rejeter par tout le monde, quelques personnes qui pensaient l’inverse ont fini par apparaître. Donc, leur talent était détectable… Les Beatles ont vécu la même chose avec Brian Epstein.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’aimerais me promener dans un univers parallèle où Brian Epstein n’aurait pas existé. Peut-être écouterions-nous une toute autre sorte de musique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Est-ce comme le marché boursier, ou (paraît-il) des guenons choisissant les actions par hasard ont parfois plus de succès que les meilleurs experts?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sans doute existe-t-il beaucoup de grands talents dont on n’entendra jamais parler parce qu’ils n’ont pas eu leur chance. Des gens qui auraient pu bouleverser l’art et la littérature mais qui était dépourvu de persévérance, malheureusement pour eux, et malheureusement pour nous qui ne pourrons pas en profiter.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La persévérance est-elle plus importante que le talent? Le ciel est vert!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le métier de lecteur de manuscrit doit être le plus difficile au monde. J’imagine ces malheureux se rendant au travail le matin dans la terreur de juger médiocre un manuscrit inconnu qui deviendra un best seller mondial chez un autre éditeur ou qui transformera la littérature… Qu’est-ce qui est arrivé aux 12 pauvres lecteurs qui ont jugé Harry Potter trop mauvais pour être publié? Travaillent-ils encore dans l’édition?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Heureusement que l’Angleterre comptait plus que 12 éditeurs. Manifestement, de nombreux petits éditeurs valent mieux que quelques gros. Ça diminue les chances que tout le milieu commette une erreur épouvantable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le ciel est vert!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il faut croire que ce qu’on appelle « talent » est très difficile à détecter quand il se présente sous la forme d’un inconnu, surtout s’il est original, alors que ce même talent crève les yeux quelques années plus tard. Pourquoi? Je l’ignore. Quelqu’un pourrait-il m’expliquer?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le ciel est vert! Le ciel est vert! &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-5769848224554666883?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/5769848224554666883/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/01/le-ciel-est-vert.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/5769848224554666883'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/5769848224554666883'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/01/le-ciel-est-vert.html' title='Le ciel est vert!'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-528566432049521180</id><published>2010-01-10T07:39:00.010-05:00</published><updated>2010-01-10T08:21:33.890-05:00</updated><title type='text'>Ma vie de gardien de légumes</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Lorsque j’étais à l’université, j’ai occupé pendant l’été un excellent emploi pour un futur écrivain : gardien de nuit (et de légumes) dans un potager communautaire. Ce jardin était situé dans un parc et, sans doute pour des raisons esthétiques, il n’était pas clôturé. Comme de petits malins étaient venus voler des légumes, la municipalité avait été obligée d’engager quelques étudiants qui se relayaient pour le surveiller, et j’étais celui à qui on confiait la plupart des nuits.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dormir au travail était formellement interdit. Ça n’avait pas empêché un gardien d’amener un lit pliant l’été précédent, et ce gardien avait réussi à ne pas se réveiller lorsque de charmants voleurs étaient venus ramasser des légumes en camion, laissant des traces de pneu dans le gazon près du potager.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le gardien disposait d’une cabane bien éclairée et de beaucoup de temps, que j’occupais à essayer d’écrire. « Essayer » est le mot clef dans cette phrase, car j’étais encore très jeune et je débutais dans le domaine. Lorsque j’étais tanné, j’écoutais la télévision avec un appareil portatif que j’amenais de chez mes parents, avec qui j’habitais encore. Le canal 12 diffusait toute la nuit des films, puis de très vielles séries américaines que je regardais sans les écouter : je coupais le son et j’essayais de deviner les dialogues à partir de l’image pour ajouter de l’intérêt à l’histoire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avec mon perfectionnisme forcené doublé de la naïveté de mes 18 ans, je prenais très au sérieux ma responsabilité de gardiens de légumes, et j’aurais vécu comme une tragédie la disparition d’une tomate. Personne ne s’approchait du potager, ce qui ne m’empêchait pas d’ouvrir l’œil (et le bon). Je devais aussi m’assurer que le parc était désert après 23 heures, ce qui m’emballait moins. J’ai ainsi expulsé deux jeunes filles qui discutaient sur une roche (pardon! mesdemoiselles, pardon!), ainsi qu’un Sud-Américain qui est devenu enragé lorsque je lui ai demandé de partir et qui a menacé de me casser la figure devant sa copine indifférente.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme il était impensable pour moi de manquer à mon devoir de gardien, je suis devenu très énervé le soir où je me suis embarré à l’extérieur de la maison de mes parents, vêtu seulement d’un short et d’un arrosoir. Que s’était-il passé? La ville traversait une canicule, d’où mes vêtements presque inexistants, je venais de verrouiller les portes en prévision de mon départ pour le potager, et mes clefs et mon argent se trouvaient déjà dans les poches de mes vêtements de gardien. J’avais eu la fatale idée d’arroser les plantes du balcon avant de me changer. Un coup de vent avait refermé la porte. La maison était vide, le reste de la famille avait quitté la ville pour les vacances.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Torse et pieds nus sur le balcon, sans mes clefs de gardien et sans l’espèce d’imperméable que la ville nous faisait porter, il m’était impossible de me rendre au travail. Il fallait pourtant que j’y sois dans les prochaines minutes, car que se passerait-il si j’arrivais en retard et que des malfaiteurs en profitaient pour filer avec les concombres, hein?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand on est mal pris, il faut se calmer et réfléchir au lieu de faire n’importe quoi, je l’ai appris cette nuit-là. Sauf que je ne l’avais pas &lt;em&gt;encore&lt;/em&gt; appris. Je me suis précipité au garage et j’ai sorti une échelle d’aluminium que j’ai utilisée pour grimper au balcon de l’étage, espérant entrer par là. Quand j’ai réalisé que cette porte aussi était verrouillée et que je devais casser une vitre, j’ai décidé de le faire à cet endroit. Comme il m’y avait rien sur le balcon pour m’aider, j’ai pensé défoncer la vitre avec l’échelle, que j’ai essayé de tirer jusqu’à moi. Ça a été pas mal plus difficile que prévu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au moment où j’avais presque réussi, le voisin est sorti sur son balcon pour me demander pourquoi je faisais tout ce boucan. Je lui ai expliqué mon plan, et il m’a annoncé qu’il avait une meilleure idée (qui était en fait très mauvaise). Il s’est éclipsé et est revenu avec un torchon et une masse à manche court de la taille d’un marteau.  «&amp;nbsp;Enroule ta main dans le torchon et cogne avec ça dans la vitre » a-t-il dit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;M’imaginant sans réfléchir qu’il savait de quoi il parlait, j’ai obéi. J’ai encore la cicatrice sur mon bras pour me rappeler ceci :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;1) ne pas se fier aux autres quand on va faire quelque chose de dangereux&lt;br /&gt;2) les vitres, c’est dangereux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La masse a enfoncé la vitre, malheureusement ma main s’est retrouvée de l’autre côté et mon bras sous les débris lorsqu’ils sont tombés. La vitre s’est cassée en étoile et il s’est formé des triangles, certains très lourds. L’un d’eux s’est enfoncé dans mon bras jusqu’à l’os. En me précipitant à la salle de bain pour ne pas tacher le tapis avec mon sang, je me suis fait une deuxième coupure à la jambe. J’ai laissé sur le tapis un chemin de gouttes de sang de la vitre fracturée jusqu’à la salle de bain.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quelle fut ma première réaction? Qu’est-ce que je faisais lorsque le voisin a cogné à la porte d’en bas parce qu’il s’inquiétait à mon sujet? Je téléphonais à mon supérieur, guère plus âgé que moi, pour lui rapporter que je ne pourrais pas garder les légumes. Je m’imaginais qu’il allait mettre en branle l’alerte rouge pour me trouver un remplaçant, peut-être même qu’il irait surveiller les légumes à ma place. Il est simplement allé se recoucher, ce qui j’ai découvert en gagnant mon poste vers 4 heures du matin, arrivant de l’hôpital le bras plâtré, en écharpe, la blessure recousue. Les légumes avaient été abandonnés. Heureusement, aucun ne semblait manquer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est peut-être cette nuit-là qu’est né mon désenchantement administratif qui a culminé avec le personnage du docteur Philipson, dans « Sonate en fou mineur ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’étais donc, j’ose le déclarer, très en haut de la moyenne en tant que gardien de potager… travail d’été que je conseille à tous les écrivains débutants. Les légumes sont des amis discrets, le travail laisse beaucoup de loisirs et la nuit est un excellent temps pour écrire… à condition de ne pas avoir le bras dans le plâtre. J’avais bien sûr cogné dans la vitre avec mon bras droit, moi qui n’avais qu’à lancer la masse pour la fracasser sans risque de blessure. Comme voleur par effraction, on le voit, je me situe à l’autre extrême de la moyenne…&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-528566432049521180?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/528566432049521180/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/01/ma-vie-de-gardien-de-legumes.html#comment-form' title='7 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/528566432049521180'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/528566432049521180'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/01/ma-vie-de-gardien-de-legumes.html' title='Ma vie de gardien de légumes'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>7</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-1454585531756932841</id><published>2010-01-03T07:55:00.010-05:00</published><updated>2010-01-03T09:12:48.728-05:00</updated><title type='text'>Contamination</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Voici un truc de scénariste : pour intégrer un sentiment dans une histoire, on introduit un personnage qui exprime avec force ce sentiment. Rappelez-vous &lt;em&gt;Alien&lt;/em&gt;. L’astronaute craintive jouée par Veronica Cartwright répète durant le film que les membres de l’équipage vont tous mourir, qu’ils sont condamnés, elle gémit, pousse des cris, etc. Son rôle est d’ajouter de la terreur au film. Si les personnages d’&lt;em&gt;Alien&lt;/em&gt; étaient optimistes et persuadés de survivre, le public aurait eu beaucoup moins peur en attendant leur destruction. En d’autres termes, la peur qu’exprime le personnage se communique aux spectateurs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je pensais à ce procédé, l’autre jour, en lisant &lt;a href="http://archivistedejour.blogspot.com/2009/12/temperature-20-decembre.html"&gt;ce texte&lt;/a&gt; de mon collègue blogueur Bob August qui raconte s’être habillé chaudement et avoir passé un agréable après-midi dehors au lieu de se plaindre du froid comme le font beaucoup d’autres. Si la peur du personnage d’&lt;em&gt;Alien&lt;/em&gt; se communique à nous, n’est-ce pas la même chose avec l’insatisfaction que manifestent certaines personnes en se lamentant sans arrêt?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a quelque chose d’absurde d’habiter le Québec et de se plaindre de la température. Oui, il fait froid l’hiver, et l’été a des périodes torrides et d’autres pluvieuses. Ça a toujours été comme ça et, en moins que le réchauffement climatique ne change irrémédiablement la planète, ça sera toujours comme ça. À quoi bon se lamenter? Il paraît que les gens &lt;a href="http://www.cyberpresse.org/dossiers/le-quebec-sous-la-neige/200912/09/01-929298-le-froid-dans-les-genes.php"&gt;se plaignaient moins de la température&lt;/a&gt; dans les années 50. Le confort moderne nous a-t-il gâté et l’hiver est-il plus difficile à supporter quand on vient de passer une semaine dans le sud? En moins que les gens malheureux soient plus nombreux qu’avant, que ces gens expriment leur douleur en se lamentant et qu’ils se plaindraient d’autre chose si ce n’était pas de la température?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsque je lis les commentaires de lecteurs de certains blogues très lus, comme ceux de cyberpresse, je suis souvent frappé par le dégoût et le mépris &lt;a href="http://www.cyberpresse.ca/actualites/201001/01/01-935561-blogues-pourquoi-tant-de-haine.php"&gt;présents dans certaines réactions&lt;/a&gt;. Certaines personnes semblent détester tout ce qui les entoure, et ces personnes insultent facilement ceux qui ne partagent pas leur point de vue. C’est pourquoi j’aime beaucoup les blogues littéraires, par exemples ceux d’&lt;a href="http://biblioallie.canalblog.com/"&gt;Allie&lt;/a&gt; et de &lt;a href="http://jai-lu.blogspot.com/"&gt;Grominou&lt;/a&gt;, parce que les échanges sont polis et respectueux des autres opinions.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le Québec est loin d’être parfait, mais comme le disait le héros de &lt;em&gt;Jésus de Montréal&lt;/em&gt;, nous aurions pu naître au Burkina Faso. Entendez-vous souvent des gens dire que nous sommes chanceux de ne pas être nés au Burkina Faso? Moi, ce que je lis et ce que j’entends, c’est que le Québec est pas mal minable comparé à New York ou à la Californie. Je lisais l’autre jour &lt;a href="http://www.nytimes.com/2009/12/22/nyregion/22nyc.html"&gt;cet article du &lt;em&gt;New York Times&lt;/em&gt; &lt;/a&gt;où on a essayé de mesurer le niveau de bonheur des habitants de chaque état américain. L’état de New York était le dernier, la Californie l’un des derniers. Le premier? La Louisiane, qui est aussi l’un des plus pauvres. Les gens obsédés par l’argent sont pourtant légions, et les lamentations à ce sujet courantes. De toute manière, les Américains ne sont pas un modèle à suivre au niveau du bonheur. Les gens les plus heureux de la planète seraient les Danois, et je vous invite à lire &lt;a href="http://www.vigile.net/Les-secrets-du-bonheur-danois"&gt;cet article&lt;/a&gt; qui tente d’expliquer pourquoi… &lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;On est riche quand on est comblé par ce qu’on possède et qu’on ne changerait pas de vie avec plus d’argent, dit-on. Certaines personnes sont riches avec un petit salaire, tandis que d’autres ne seront jamais riches, même s’ils héritent de millions. J’imagine qu’un des secrets du bonheur est ceci : avoir des attentes raisonnables et savoir profiter du verre à moitié vide, parce qu’il ne sera jamais plein.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quoi de plus triste qu’un enfant gâté devenu adulte et qui pense que tout lui est dû, que rien ne satisfait jamais parce qu’il en veut toujours plus? J’ai rencontré plusieurs de ces cas pathétiques dans ma vie, et ces gens m’ont empoisonné l’existence en me contaminant par leur insatisfaction, comme le personnage d’&lt;em&gt;Alien&lt;/em&gt; m’a contaminé par sa peur ou comme les gens qui vomissent dans les blogues me contaminent par leur négativisme. Est-ce la conséquence du matérialisme et de l’individualisme? Les enfants gâtés devenus adultes me semblent de plus en plus nombreux, et les gens aux attentes impossibles aussi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voici donc ce que je nous souhaite pour la prochaine décennie : moins de matérialisme, moins d’individualisme, plus de générosité et des attentes raisonnables. Je rêve? Permettez-moi de me laisser aller au délire en ce début d’année. On se plaint souvent la panse remplie, comme me le disait un ami en regardant &lt;a href="http://www.ailesquebecoises.com/viewtopic.php?t=5813&amp;amp;sid=6f4817388f74fea77bbd7cfb7c061a8c"&gt;des photos de cette demoiselle&lt;/a&gt;. Et c’est bien dommage. &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-1454585531756932841?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/1454585531756932841/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/01/contamination.html#comment-form' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/1454585531756932841'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/1454585531756932841'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2010/01/contamination.html' title='Contamination'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-7209098692023846759</id><published>2009-12-27T09:03:00.004-05:00</published><updated>2009-12-27T09:31:40.857-05:00</updated><title type='text'>Apparition d’une nouvelle langue</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Juillet 2009. Je suis dans un avion qui se dirige vers Stockholm, où je vais rejoindre ma blonde et mes enfants pour deux semaines de vacances. Je voyage seul, dans un avion de KLM, entouré de touristes qui lisent des guides sur la Suède et de Suédois qui rentrent de vacances. Les hôtesses sont hollandaises et je leur parle en anglais, mais je comprends parfaitement les discussions des Suédois, et j’écoute derrière moi une mère sermonner son fils en le plaignant discrètement. Est-ce à cause de la fin de ses vacances? La maman est de bien mauvaise humeur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je parle suédois car j’ai vécu cinq ans en Suède. Apprendre la langue a été difficile, et je me suis cassé la tête à assimiler des règles de grammaire bien étrange pour un francophone. Par exemple, « UN poisson » se dit « EN fisk », et « LE poisson » se dit « fiskEN ». Autrement dit, « un » se transforme en « le » en changeant de position. Comprendre cette règle n’est qu’un premier pas. Pour parler la langue couramment, elle doit devenir un automatisme, comme de nombreuses autres règles du même genre. Ça prend beaucoup de pratique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Apprendre la langue m’a coûté un an, mais je ne l’ai jamais regretté. C’est lorsque j’ai maîtrisé le suédois que j’ai découvert la Suède, où j’habitais pourtant depuis presque deux ans. Une grande partie de la réalité se perdait dans la traduction et dans les explications pas toujours objectives de mes traducteurs. Chacun a sa vision et c’est cette vision qu’on impose en traduisant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La situation se gâte lorsque j’arrive à l’aéroport et que je m’adresse en suédois à un local afin de savoir où sont les valises. Il me répond : « Vad? » « Vaddå? » Quoi? Comment? J’aborde une deuxième personne, et le résultat est le même. Je réussis à me faire comprendre avec beaucoup de difficultés, alors que je les comprends parfaitement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsque je sors de l’aéroport, que je retrouve ma blonde et que je lui raconte mon voyage en suédois, elle comprend parfaitement mon récit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les choses se passent assez bien dans la famille de ma blonde, mais les problèmes recommencent lorsque nous visitons un musée et que j’essaie de commander un verre de lait supplémentaire à la cafétéria. Le sommet de mon séjour, ou plutôt le creux, se passe quelques jours plus tard. Je suis en plein milieu de la forêt, dans une espèce de camp viking où des comédiens déguisés font revivre cette époque devant nous. Après avoir écouté une légende mettant en vedette Thor et Odin, je décide de m’acheter un café à un petit comptoir (ce qui n’est pas très viking, je m’empresse de le dire) et je n’arrive pas à le commander. Je n’ai qu’à dire « En kopp kaffe, tack », mais rien à faire. La pauvre vendeuse réagit comme si un fou se trouvait devant elle. Je l’entends me dire « Comment? » « Qu’est-ce que vous voulez? » « Qu’est-ce que vous avez dit? », « Une brioche, c’est ça? » Elle est de plus en plus embarrassée, et moi aussi. Je finis par commander mon café avec des signes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Que m’est-il arrivé? Eh bien, je viens de passer de nombreuses années hors de la Suède et j’ai parlé le suédois tous les jours, mais avec une seule personne : ma blonde. Mon accent, qui n’a jamais été extraordinaire, a dérivé année après année sans que je le réalise. Ma blonde a suivi le processus et son oreille a dérivé avec ma bouche, si on peut dire. Et comme je vis dans un monde francophone, j’ai introduit dans mon suédois de nombreux gallicismes. Ma blonde parle le français et elle me comprend. Elle est bien la seule.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme le français et l’italien ont dérivé du latin, je parle une langue qui a dérivé du suédois pour aboutir je ne sais trop où. Sans m’en rendre compte, sans le vouloir, j’ai inventé une nouvelle langue. J’aurais préféré m’abstenir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mes fils sont dans la même situation. Ils n’ont jamais vécu en Suède et ne parlent suédois qu’avec leur mère. Ou plutôt leur mère leur parle suédois et ils répondent dans la langue qu’ils veulent et qui est presque toujours le français. Mais presque personne ne parle le français en Suède. En les retrouvant au début de mon voyage, je réalise quelque chose qui m’ahurit : leur suédois s’est incroyablement amélioré et ils ont ajusté leur accent en un clin d’œil. Le plus jeune, qui a toujours refusé de prononcer le moindre mot de suédois, le parle maintenant du matin au soir, et tout le monde le comprend parfaitement, contrairement à moi. L’aîné a un accent bien meilleur que lorsqu’il était au Québec. Je n’en reviens pas en l’entendant dire « Mariiiia » comme il se doit, et non pas « Maria », comme je le fais bêtement, car cette langue a deux vitesses pour les voyelles et il faut parfois les allonger désespérément. Bientôt, mon fils aîné devient mon interprète. Quand j’essaie de prononcer un mot qui laisse tout le monde perplexe, il le fait à ma place… Puis il me sourit d’un air taquin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À force de mon concentrer, j’arrive à peu près à me faire comprendre à la fin de mon séjour… tout en lisant sans problème l’éditorial du &lt;em&gt;Dagens Nyheter&lt;/em&gt; (l’un des quatre quotidiens de Stockholm) et &lt;em&gt;Millenium&lt;/em&gt; en V.O. Je me console ainsi : j’ai peut-être besoin de mon fils pour traduire mon accent en langue compréhensible, mais je pourrai toujours me recycler en traducteur français-suédois si je me tanne de l’informatique. Et je suis revenu de ces agréables vacances avec l’envie d’écrire un roman qui se passerait dans ce pays, si je peux trouver un thème qui m’accroche.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-7209098692023846759?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/7209098692023846759/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/12/apparition-dune-nouvelle-langue.html#comment-form' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/7209098692023846759'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/7209098692023846759'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/12/apparition-dune-nouvelle-langue.html' title='Apparition d’une nouvelle langue'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-2609191659426657979</id><published>2009-12-20T07:50:00.002-05:00</published><updated>2009-12-20T08:17:05.806-05:00</updated><title type='text'>Le blogueur est malade</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Non, non, ce n’est pas ce que vous imaginez. Pas « malade dans la tête », pas « fou ». Le blogueur est sain d’esprit (bon, j’ai mes zones d’ombre, comme tout le monde, mais je suis pas plus fou que l’écrivain moyen). Je suis bel et bien malade : j’ai un gros rhume. C’est pour ça que, hélas, je ne pourrai pas écrire de texte cette semaine. J’avais une excellente idée, sur une langue nouvellement créée. Ça sera pour la semaine prochaine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai un gros rhume, et je l’ai attrapé à cause du vaccin de la grippe H1N1.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Non, non, je ne plaisante pas, et je ne suis pas fou. C’est bien à cause du vaccin de la grippe que j’ai attrapé le rhume. Oui, je sais qu’un vaccin ne contamine pas, et je sais surtout que le rhume et la grippe ne sont pas la même maladie. Je m’explique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a un mois et demi, au moment où sont morts l’Ontarien de 13 ans et la Québécoise de 42 ans, je n’étais pas vacciné. Contaminé par le pessimisme général, je me voyais déjà avec une pneumonie, dans un respirateur à l’hôpital (ou, pire encore, dans un couloir à agoniser en attendant une place dans un respirateur). Alors je me lavais les mains plusieurs dizaines de fois par jour. Dès que je serrais une main, dès que je touchais une surface possiblement malsaine, une espèce de sonnerie retentissait dans ma tête jusqu’à ce que je me lave les mains, ce que je faisais le plus soigneusement possible. J’évitais aussi de me fourrer les doigts dans la bouche, le nez, et de me frotter les yeux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’étais un vrai modèle, un Tintin de l’hygiène anti-grippe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ma blonde a eu la grippe, mon fils aussi, et j’ai réussi à les soigner sans l’attraper tellement j’étais prudent. Puis j’ai été vacciné. Ma peur a disparu, et une bonne partie de ma discipline hygiénique aussi. Au lieu de me laver les mains une quarantaine de fois par jour, je les lavais une dizaine de fois… et je n’y allais pas aussi rapidement qu’avant. Plein de gens autour de moi avaient pourtant des rhumes ou des grippes, et beaucoup d’entre eux étaient vaccinés contre la H1N1, mais ma motivation n’était plus la même. Moins de trois semaines plus tard, j’ai un bon rhume.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vous voyez donc que le vaccin de la grippe peut finir par donner le rhume. C’est logique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vendredi, j’étais au travail et j’avais de plus en plus froid, tandis que mon nez se transformait en fontaine. En arrivant à la maison, je me suis allongé sur le divan, sous deux couvertures très chaudes, et j’ai passé la soirée à cet endroit, agréablement amorti par deux verres de « glög », qui est un alcool chaud et épicé qu’on boit en Scandinavie dans le temps de Noël. Hier, c’était à peu près la même chose, et ce matin j’ai encore mal à la tête. Ma faiblesse me donne l’impression d’être dans le brouillard, et j’ai juste envie de me recoucher. C’est pour ça que je n’écrirai pas de texte cette semaine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le rhume et la grippe me rappellent plusieurs bons souvenirs de lecture. À l’école secondaire, je me suis offert quelques congés en prétendant être malade. Dès que ma mère avait le dos tourné, je collais le thermomètre à l’ampoule de ma lampe de chevet, comme l’ont sans doute fait des dizaines de millions d’enfants (avant de découvrir ce truc, j’avais essayé d’éviter l’école en sortant en caleçon sur mon balcon enneigé pour me rendre malade, mais ça ne marche pas). Je pouvais rester au lit et lire mes héros de l’époque : Jack London, Boris Vian, Edgar Allan Poe… dont le narrateur d’une excellente histoire passe son temps à dire qu’il n’est pas fou. Sauf que lui, il est fou, et moi je ne le suis pas. Oui, d’accord, j’ai écrit un roman dans lequel j’ai mis beaucoup de moi-même et ce roman traite de folie. Mais cette partie n’est pas autobiographique, je le jure.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je lis rarement de nouveaux livres lorsque je suis malade. Je préfère relire des livres que j’ai aimés, peut-être parce que ça nécessite moins d’efforts. Qu’est-ce que j’ai lu hier? Hum, suis-je vraiment obligé de l’écrire? Bon, j’ai relu &lt;em&gt;Commando épouvante&lt;/em&gt;, un Bob Morane que j’ai acheté dans l’espoir d’intéresser mon fils à ce héros des gars de ma classe de sixième année. Mon fils a refusé d’y toucher et c’est finalement moi qui l’ai lu. Verdict? Henri Vernes a une belle imagination, mais il faut avoir 11 ans pour l’apprécier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et maintenant, je suis en train de relire &lt;em&gt;Quelques adieux&lt;/em&gt; de Marie Laberge, un livre que j’aime bien, en écoutant des &lt;em&gt;One hit wonder&lt;/em&gt; des années 80.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mon mal de tête augmente, et mon besoin de m’étendre aussi. Qu’est-ce que je voulais écrire, déjà?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ah oui : Pas de texte cette semaine. Le blogueur est malade.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-2609191659426657979?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/2609191659426657979/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/12/le-blogueur-est-malade.html#comment-form' title='5 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/2609191659426657979'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/2609191659426657979'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/12/le-blogueur-est-malade.html' title='Le blogueur est malade'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>5</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-3144967597834314533</id><published>2009-12-13T06:53:00.003-05:00</published><updated>2009-12-13T07:14:49.208-05:00</updated><title type='text'>Rongeur d’inspiration</title><content type='html'>&lt;p align="justify"&gt;Cinq heures trente du matin. Je descends au sous-sol et je m’installe à ma table de travail. Depuis deux jours, j’essaie de commencer un roman, mais ça ne marche pas fort : je n’arrive pas à me concentrer. Quelque chose me distrait, comme si… comme si j’étais observé. Mais qui s’intéresse à moi à cinq heures trente du matin? Dans mon sous-sol, où nous venons de faire livrer un frigo, tout est tranquille. Est-ce l’étrange bouleversement de mes affaires qui me dérange? Hier, j'ai retrouvé quelques cahiers par terre. Ce matin, c’est pire : un carnet est tombé dans la poubelle, une pile de notes a été déplacée, et quelques stylos ont disparu. Je les retrouve, tombés eux aussi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Est-ce ma blonde qui est venue lire en cachette ce que j’écris? Mais pourquoi aurait-elle jeté un carnet que je viens d’acheter pour préparer ce roman?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’allume mon ordinateur et, au moment de taper, je remarque d’étranges petites choses noirâtres sur mon clavier. On dirait des bouts d’allumettes brûlées… Encore endormi, je les jette à la poubelle et j’essaie de me concentrer sur mon texte, puis je comprends ce que je viens de trouver : des excréments. Un rongeur a pénétré dans mon sous-sol, sans doute un mulot, et il s’est installé dans la pièce où je suis. De toutes les places possibles, il a choisi comme toilette mon clavier d’ordinateur!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Y a-t-il un critique littéraire qui sommeille en lui?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’essaie de penser à mon roman, en vain. L’intrus me distrait. Sans doute est-il entré lors de la livraison du frigo, deux jours plus tôt. Je vois d’autres crottes, sur le côté du clavier. Je me lève. J’en trouve plusieurs sur le plancher, et même sur mon divan, près d’une petite tache de liquide. Beurk! Du pipi de rongeur sur mon divan! Ce mulot aime salir mes endroits favoris…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;24 heures plus tard, je suis de retour à ma table, toujours incapable de me concentrer sur mon roman. La cave est maintenant remplie de pièges à souris. Hier soir, l’un d’eux était déclenché, mais il était vide. Ce matin, je n’ai trouvé aucune trace de l’intrus. Les pièges sont intacts. J’essaie de me plonger dans mon histoire, mais le mulot m’en empêche. Je l’imagine se promenant sur mon clavier, sur mon divan, cherchant le meilleur endroit pour faire ses besoins. La quantité de crottes est bizarrement élevée. Est-il obèse? Venu avec des amis?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il me semble entendre un bruit : un grattement, mais du genre supersonique pour un mulot.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je monte me faire un café, et quand je redescends, je trouve une nouvelle flaque sur mon divan! Sans aucun doute, c’est du pipi de mulot. Le salopard me nargue dès que je m’éloigne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Plus tard, j’entends un grattement frénétique en provenance d’un coin. Je m’approche. Merde, les pièges sont inutiles, ils sont trop petits. Ce n’est pas un mulot que je vois, c’est plus gris et plus gros : un écureuil! J’ai un écureuil dans mon sous-sol, c’est lui qui m’empêche d’écrire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À en juger par ses grattements effrénés, l’écureuil panique, ce qui m’effraie. Un de mes plus anciens souvenirs concerne une petite fille qui s’était fait mordre par une de ces bestioles. Elle voulait le caresser. Moi, ce n’est pas des caresses que j’ai envie de lui donner, ce sont des coups de balais. Est-ce que je devrais me procurer une cage? Mon grand-père les attrapait ainsi et les noyait, c’est peut-être un descendant des victimes qui vient chercher vengeance?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et il vient de neiger 25cm dehors! Jamais ce sale rongeur ne va quitter le confort de ma maison, avec le divan-urinoir et le clavier où déposer ses excréments. Il ne trouvera pas grand nourriture au sous-sol. Je l’imagine se glisser en haut, la nuit prochaine, rendu fou par la faim, et s’attaquer à un de mes orteils…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et mon roman, comment est-ce que je vais l’écrire? Ce sale écureuil m’a rongé l’inspiration.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alertés par courriel, mes collègues du bureau me suggèrent d’en faire un ragoût. Ma blonde appelle la ville de Montréal. On lui dit « Un écureuil dans votre sous-sol? Pauvre vous! » et on la réfère au Berger Blanc, qui la réfère au ministère de la faune, qui ne répond pas. Ah, si j’étais un &lt;em&gt;red neck&lt;/em&gt;, j’aurais des armes à feu et ça serait bien utile aujourd'hui. Un exterminateur nous explique au téléphone quoi faire : ouvrir la porte extérieure et surveiller de loin. L’écureuil va être attiré par la fraîcheur et va finir par sortir, affirme-t-il. C’est immanquable. Mais ça peut être long.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je descends au sous-sol. La bestiole s’est terrée au fond d’un couloir, derrière des objets alignés contre le mur, à côté de la porte que je dois ouvrir. Si je m’approche, va-t-il paniquer de nouveau? Muni de l’arme la plus dangereuse du sous-sol (un bâton de hockey), j’avance en parlant à voix haute. Silence. Je continue à monologuer en ouvrant la porte, et je sors.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une heure plus tard, l’écureuil sort à son tour, comme l’exterminateur l’avait prédit. Sauf qu’il ne s’éloigne pas. Il mange de la neige, puis retourne tranquillement au sous-sol.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Obligé de me rendre au travail, j’ai droit à une autre suggestion d’un collègue (pas le même que celui du ragoût) : me procurer un chien pour manger l’écureuil, un tigre pour manger le chien, et un ours pour manger le tigre. Pendant ce temps, ma blonde poursuit les opérations. Elle opte pour la ruse : elle place de la nourriture pour attirer notre locataire à l’extérieur, et une ficelle pour refermer la porte. Dix minutes s’écoulent, puis le rongeur sort dîner. Ma blonde tire sur la ficelle, la porte se referme, l’intrus déguerpit. Victoire!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est ainsi que, ce matin, j’ai pu me concentrer sur mon roman. Certains ont une araignée dans le plafond, moi j’ai eu un écureuil dans le sous-sol. Est-ce que j’ai maintenant l’écureuil dans le plafond? J’y pense tout le temps, c’est pour ça que je blogue sur lui, je n’arrive pas à le chasser de mon esprit. Y aura-t-il du ragoût d’écureuil dans mon prochain roman, ou un &lt;em&gt;red neck&lt;/em&gt; qui leur tire dessus à coups de carabine? Ça semble de plus en plus certain…&lt;/p&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-3144967597834314533?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/3144967597834314533/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/12/rongeur-dinspiration.html#comment-form' title='5 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/3144967597834314533'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/3144967597834314533'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/12/rongeur-dinspiration.html' title='Rongeur d’inspiration'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>5</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-550242794606715578</id><published>2009-12-06T08:03:00.005-05:00</published><updated>2009-12-06T08:18:47.734-05:00</updated><title type='text'>Caféine</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Beaucoup d’écrivains adorent le café. Le champion des champions est Balzac, qui travaillait selon un horaire particulier : couché à six heures du soir, debout à minuit pour écrire toute la nuit, accompagné par sa cafetière au café concentré. Vers la fin de sa vie, après des années d’excès qui lui donnaient des maux de ventre, le café ne le stimulait plus.  « J’en ai pris des flots pour achever M[odeste] M[ignon]. C’est comme si j’eusse bu de l’eau. » Selon son médecin, l’abus de café a accéléré sa mort.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Très loin de cet homme excessif et ayant peu envie d’accélérer ma mort, je me limite à un modeste deux tasses par jour, parfois trois quand je ne peux pas me retenir (on devient dépendant à partir de 4 tasses, paraît-il). J’adore le coup de fouet que le café m’apporte, l’éveil maximal, la lucidité. Sauf qu’après trois tasses, je deviens un peu trop fouetté. Mes idées se volatilisent dès leur apparition, mes mains tremblent, je parle de plus en plus vite… Je suis sensible à la caféine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Boire du café l’après-midi me condamne à une nuit blanche, ce que j’ai découvert en secondaire V, un dimanche, la veille de deux examens finaux. Au lieu d’étudier, j’assistais à un match de base-ball au stade Olympique, et il faisait froid. J’ai bu plusieurs cafés pour me réchauffer. Lors de la nuit suivante, j’ai réalisé deux choses :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;1. Je ne devais plus jamais boire du café l’après-midi.&lt;br /&gt;2. Se répéter qu’on doit absolument s’endormir nous réveille encore plus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Vol de nuit », la chanson de Gilles Valiquette, tournait dans ma tête à une vitesse accélérée, et ça a duré huit heures. Le sommeil ne m’a jamais approché et je me suis présenté à mon examen du matin dans une espèce d’état second. C’était un examen de religion, et malgré mon brouillard ou peut-être à cause de lui, il semble que j’aie merveilleusement répondu aux questions car j’ai obtenu 96%. Hélas, j’avais un autre examen l’après-midi : un examen de géométrie. J’étais toujours dans un état second, mais pas le bon état second, en tout cas pas le bon pour la géométrie. Ma note fut pas mal plus modeste et je l’ai heureusement oubliée, ce qui m’évite d’avoir à la révéler. J’ai passé le cours de justesse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Boire du décaféiné? L’intérêt de cette chose, qui évoque le lion édenté, est pour moi un mystère. À propos de ce café trafiqué, je vous invite à la prudence. Un journal a déjà fait analyser le décaféiné d’une quinzaine de restaurants de New York, pour un résultat étonnant : un genre de roulette russe de la caféine. À quelques endroits, on s’était trompé et servi du café ordinaire. À d’autres, on avait mal rincé les cafetières, vraiment très mal parfois, ce qui donnait divers degrés de caféine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je prépare ainsi mon café : sur une tasse à moitié remplie de lait chaud, je place un filtre en papier avec beaucoup de café moulu sur lequel je verse de l’eau bouillante, infusant dans le lait un café très fort. J’aime la douceur du lait, qui atténue l’amertume du café. Passer aux expressos? Un jour, peut-être, mais j’aime bien la simplicité de mon café. J’ai travaillé avec un Balzac de l’expresso, un homme dont le talent pour le développement de logiciels frôlait le génie. Il avait installé dans la cafétéria du bureau une machine à expressos qui dégageait une odeur de café refroidi concentré, une odeur effroyable, une odeur qui réveillait. Comment pouvait-il boire la source de cette odeur? Mystère.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En camping, j’adore me lever avant tout le monde et me préparer du café sur mon poêle Coleman. Je procède comme à la maison, faisant chauffer le lait dans une casserole et l’eau dans une autre, et pourtant le résultat est extraordinaire. Rien ne bat le goût sublime de ce café, que je déguste en lisant dans le camping endormi. J’ai lu ainsi  «&amp;nbsp;Pierre de Lune » de Wilkie Collins, et j’ai adoré le livre autant que le café. Truman Capote, qui a connu des gens très riche et qui les décrit dans « Prières exaucées », a découvert qu’ils sont rarement heureux. Plus on possède de choses, moins on apprécie ce qu’on a. À ma petite échelle, c’est ce que je vis en camping : le café est meilleur dans l’inconfort relatif de cette vie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai habité la Suède, où les gens se vantent d’être les plus grands buveurs de café au monde. Comme d’habitude, ils oublient leurs voisins (qui leur en veulent beaucoup pour cette habitude). Les véritables champions sont les Finlandais, mais les Suédois ne sont pas loin derrière. Deux fois par jour, les employés de toutes les compagnies de Scandinavie interrompent leur travail, vont dans une pièce commune et prennent un café en bavardant une quinzaine de minutes. Là où je travaillais, chacun avait sa tasse en céramique, avec son nom dessus. J’ai encore la mienne. Le café était gratuit. On peut se demander si les compagnies qui offrent ceci le font par bonté d’âme ou dans l’espoir secret d’augmenter la productivité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et c’est ainsi que je bois mon café, depuis la fin de mon adolescence, au rythme de quelques tasses par jour. Qu’est-ce que ça donne au total? Une piscine olympique remplie de café? Je viens de faire le calcul et j’arrive à un modeste 148 baignoires. Étant à peu près au milieu de ma vie, j’espère me rendre à 300 baignoires, et c’est en remplissant ma 149ième que je tape ces mots puisque je suis en train de boire du café. Mais Balzac, ce champion, a bien dû remplir sa piscine…&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-550242794606715578?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/550242794606715578/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/12/cafeine.html#comment-form' title='5 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/550242794606715578'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/550242794606715578'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/12/cafeine.html' title='Caféine'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>5</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-1096825095216437</id><published>2009-11-29T07:09:00.005-05:00</published><updated>2009-11-29T07:40:37.182-05:00</updated><title type='text'>Le romancier trompé</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Durant la dernière semaine, l’auteur de ces lignes fut trompé et mené en bateau. Je présente ici le compte rendu de cette histoire. Les faits parlent par eux-mêmes, les voici :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mardi, 11h00 : Devant mon ordinateur au bureau, je regarde ma montre. L’heure de la corvée approche : je dois être à midi au café Québecor du Monument National. Mon éditeur m’a inscrit à un prix et m’a bien expliqué ceci : tous les auteurs inscrits doivent assister au dévoilement des finalistes. À peu près tous les premiers romans parus au Québec depuis un an ont été inscrits. Je vais donc me retrouver avec une centaine d’auteurs pour le dévoilement de quelques finalistes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;11h20 : Je fais chauffer mon lunch, puis l’engouffre en vitesse. Je préfère manger au bureau car j’ai récemment assisté à un lancement. Tout était payant, tout était cher. Mon portefeuille en souffre encore.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;11h43 : Je mens à mes collègues. Je leur déclare : « J’ai un lunch, je reviens tantôt » et je m’éclipse. C’est pour éviter de répéter tout l’après-midi : « Non, je ne suis pas en nomination » si les choses ne tournent pas en ma faveur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;11h45 : Je marche vers le Monument National. Selon mes calculs, je vais arriver en retard de 5 ou 10 minutes, ce qui va raccourcir d’autant la corvée. Je suis fier de mon astuce.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;11h57 : Merde! Mes calculs ne valaient rien et j’arrive à l’heure au café!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;11h58 : En passant devant la fenêtre, je regarde à l’intérieur. Mais où sont la centaine d’auteurs inscrits? Il y a relativement peu de monde et je vois une caméra.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;11h59 : J’entre dans le hall, où se trouvent une table et deux filles qui me demandent mon identité. « Éloi Paré, Sonate en fou mineur » je réponds avec la grâce d’un robot. « Ah oui, bien sûr » dit une des filles, et elle surligne mon nom sur une feuille. Cette feuille ne comporte que peu de noms. Humhumhum.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;11h59 : Hein??? Le vestiaire est gratuit???&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;12h00 : J’entre dans le café. Au bar, un serveur remplit des verres d’eau minérale et d’autres de vin. Étant bloqué depuis dix jours au travail par un problème urgent et incompréhensible, j’opte pour l’eau minérale. Elle ne me coûte qu’un sourire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;12h00 : Les gens discutent par petits groupes et personne ne se soucie de moi. Je n’en connais aucun. Que faire? J’aborde un homme qui attend en silence : « Bonjour, êtes vous un auteur? » Il me répond d’un air glacé qu’il est photographe, puis se détourne. Ça commence bien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;12h04. Deuxième tentative, avec une fille seule qui semble novice dans ce genre d’événement. Non, elle n’est pas une auteure, elle est étudiante en journalisme. Elle est venue faire un travail pour un cours et va ensuite couvrir une conférence téléphonique sur l’économie. Nous parlons de journalisme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;12h10 : Cette fille est intéressante et curieuse et notre conversation est agréable. Un serveur nous offre du gaspacho dans des verres à shooter. Bizarrement, il est vert. Ils ont oublié les tomates? Des amuse-gueule suivent. Ils semblent excellents, mais je n’ai pas faim. Est-ce mon lunch? Le trac?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;12h12 : « En tout cas, elle me dit, c’est tout un accomplissement pour un premier roman de se retrouver finaliste au Prix de la relève Archambault! » « Je ne suis pas finaliste, je réponds, juste inscrit au concours. Les finalistes ne sont pas encore connus. » Elle me regarde étrangement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;12h12 : Cette fille a toute une qualité d’écoute! Si elle me questionnait sur mes pires secrets, est-ce que je parviendrais à me retenir de les dévoiler? J’en doute de plus en plus. Je lui prédis mentalement un grand avenir dans le journalisme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;12h15 : Bon, ça commence. Nous devons nous approcher. J’essaie de rester près de la fille, mais je tombe nez à nez avec Marie-Claire St-Jean, une de mes éditrices. « Mais où étais-tu? elle s’écrie. On te cherchait partout! » « Ben, je réponds, là-bas… Je pensais que je serais tout seul… » Elle semble soulagée de m’avoir trouvé. Humhumhum.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;12h16 : Claude Durocher, une autre de mes éditrices, est là elle aussi, avec Raja El Ouadili, une auteure de la maison que j’ai rencontrée au salon du livre. Je regarde autour de moi. Indéniablement, il n’y a pas beaucoup d’auteurs. Et pas mal de photographes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;12h17 : C’est pas Fred Pellerin, là-bas? Ah oui, c’est vrai, ils vont dévoiler les finalistes d’un autre prix : le Prix du public.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;12h17 : Caroline Allard, porte-parole de l’événement et mère indigne dans le civil, commence à parler. Elle est drôle et charmante. Comment lui annoncer que mon beau-frère travaille avec son conjoint et que je suis donc presque de sa famille?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;12h19 : Caroline commence à nommer les finalistes au Prix de la relève. Il me semble évident que je ferais un excellent finaliste. Ma mère serait certainement d’accord.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;12h19 : Elle nomme un nom, un deuxième, puis un troisième. Ce n’est jamais moi. J’applaudis avec beaucoup d’esprit d’équipe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;12h20 : Caroline Allard nomme Raja. J’applaudis.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;12h21 : Plus qu’un nom, et je n’ai toujours pas été nommé! Il me semble que j’oublie de faire quelque chose d’important, mais quoi? Ah oui, respirer. Je dois respirer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;12h21 : Ouf, c’est moi! Quelle idée de s’appeler « Paré »! L’ordre alphabétique, qui m’a été tellement utile à l’école, a fini par se tourner contre moi. Marie-Claire et Claude me félicitent, tandis qu’on m’applaudit. J’avance. Les huit autres finalistes sont alignés et il ne reste plus grand place. Je m’insère près de Caroline Allard, qui me félicite. Quel beau sourire elle a!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;12h22 : Sur la scène avec les 8 autres, j’essaie d’avoir l’air intelligent. Mais comment? J’abandonne et essaie de ressembler à un auteur inspiré. Nouvel échec.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;12h23 : Les finalistes du Prix du public sont annoncés. La plupart sont très connus. Caroline Allard est la première et se nomme elle-même. Fred Pellerin attire les regards, et je suis frappé par le charme de Nadine Bismuth.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;12h28 : C’est l’heure des photos. Nous devons nous placer devant une dizaine de photographes et un cameraman. Le lendemain, je verrai le résultat dans &lt;em&gt;Le journal de Montréal&lt;/em&gt;. Nous sommes 16. Tous sourient, sauf un étrange type, dans un coin, qui serre rageusement les mâchoires. On dirait un Borgia qui planifie ses futurs assassinats. Oui, c’est bien moi. Mais à quoi est-ce que je pensais? À mon problème insoluble au bureau?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;12h35 : Je retourne vers Marie-Claire et Claude, où se trouve déjà Raja, et j’exige des aveux : mes éditrices étaient-elles au courant? Elles avouent : oui. « On ne pouvait rien te dire, on a eu de la misère à se retenir tout le salon du livre. » Tel Hercule Poirot, j’avais déduit que leur silence au sujet du prix démontrait qu’elles ne croyaient pas à mes chances. Y a pas à dire, je suis fort, très fort.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;12h38 : Je réalise que les noms des finalistes se trouvaient sur le mur avec la couverture de leur roman. Si j’avais regardé un peu, j’aurais tout su dès le début. Il faut que je révise mes Sherlock Holmes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;12h55 : Je quitte en piquant avec style un dossier de presse. Arsène Lupin n’aurait pas fait mieux. J’ai une bonne raison : c’est pour ma maman. De retour au bureau, je décide de ne rien dire et de me concentrer sur mon problème insoluble et urgent. Ma bonne résolution dure… 5 minutes.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-1096825095216437?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/1096825095216437/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/11/le-romancier-trompe.html#comment-form' title='6 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/1096825095216437'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/1096825095216437'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/11/le-romancier-trompe.html' title='Le romancier trompé'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>6</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-991947014246449289</id><published>2009-11-22T08:59:00.001-05:00</published><updated>2009-11-22T09:04:17.289-05:00</updated><title type='text'>Problèmes de matériel</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Je suis un peu fou, c’est vrai. Il faut être un peu fou pour écrire des romans alors que les libraires ne savent plus où les mettre, à s’astreindre à ciseler chaque phrase ou tout recommencer parce qu’on a eu une meilleure idée. Je suis donc un peu fou, la question est réglée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un aspect de cette folie concerne le matériel d’écriture. On peut écrire un roman avec quelques dollars de matériel. Stephen King disait que le coût total du matériel pour écrire « The shining » avait été de 4 dollars et cinquante. (Coût du film : $18 000 000.00)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans mon cas, lorsque je commence un roman, il me faut le « bon » matériel. Ne me demandez pas pourquoi. La raison est enfouie dans mon inconscient, à côté de mon complexe d’Œdipe et de mes désirs refoulés. (J’imagine mon inconscient non pas comme un dépotoir, mais comme un terrain de jeu, avec mon complexe d’Œdipe en train de sauter à la corde ou de jouer à la marelle avec mes désirs refoulés.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsque j’ai commencé « Sonate en fou mineur », j’avais besoin d’un cahier pour noter mes idées et je me suis retrouvé chez Renaud-Bray. Je voulais un cahier « Pierre Belvédaire », d’excellents cahiers de 320 pages faits en Italie, à la couverture rigide, aux feuilles épaisses, et qui ressemblent à des livres. Mais lequel choisir? Seules les couvertures unies étaient disponibles à cette époque et il y avait 7 ou 8 couleurs. L’analyse de cette situation a été longue. Quelle couleur convenait au roman? Rouge clair? Noir? Mauve? Après moult réflexions et des regards furtifs derrière moi, pour m’assurer que personne n’avait remarqué ce client bizarre qui comparait des cahiers depuis vingt minutes, j’ai opté pour le brun rougeâtre. Rendu chez moi, l’angoisse me prend. Non, je me suis trompé, cette couleur ne vaut rien pour le roman. Qu’est-ce qui m’a pris de me décider si vite? Quel crétin je suis! Ce qu’il fallait, c’était la couverture vert olive, et il me semble soudain que le roman va être raté si j’utilise autre chose. Je retourne chez Renaud-Bray… et réalise que le seul cahier vert olive qui reste est abîmé. Que pensez-vous que j’ai fait? Eh oui, j’ai fait le tour des succursales, pour finir par trouver mon cahier sur Sainte-Catherine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le plus drôle est que je n’aime pas le vert olive, je trouve cette couleur laide et plutôt sinistre. Mais peut-être qu’elle évoque l’ambiance que je voulais mettre dans le roman? À ce moment pourtant, « Sonate en fou mineur » n’était qu’une vague idée, il n’y avait même pas d’asile dans l’histoire, ni de Tristan.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’utilise beaucoup les produits Clairefontaine. J’achète des cahiers à la reliure en spirale que je défais avec des pinces, j’imprime mes textes sur ces feuilles et je replace la reliure. À une certaine époque, mon fils adorait me voir imprimer des manuscrits. Mon imprimante laser, avec qui j’ai une relation d’amour-haine, fonctionne très bien en petites quantités, mais quand j’imprime des centaines de pages, elle chauffe et les problèmes surviennent : le papier se coince ou arrive en paquet, les feuilles sont mal imprimées… Invariablement, je rage contre l’imprimante, même si je me suis retenu jusqu’à maintenant de l’engueuler personnellement. Beaucoup des pires gros mots que mon fils connaît ont été appris lorsque j’imprimais un manuscrit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ou j’achète du papier blanc non relié et je le boudine ensuite. Mais pas n’importe quel papier, bien sûr. Je cherche la « bonne » qualité. La première fois que j’ai vu du papier 32 livres (60% plus épais que le papier normal), je suis rentré à la maison en délirant de joie. Ma blonde a dû subir un long monologue sur les bienfaits du papier 32 livres pour écrire un roman. Dans ces cas-là, elle m’écoute en souriant légèrement et en faisant « Hmmm Hmmmm. » Selon elle, si le papier est plat, c’est suffisant. Depuis, j’ai décidé que l’épaisseur idéale n’est pas le 32 livres, mais le 28 livres, qui n’est que 40% plus épais.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais peut-être ne suis-je pas si fou? Peut-être que j’essaie de me mettre dans un certain état d’esprit en choisissant soigneusement le matériel que je vais utiliser, afin de me convaincre que je vais écrire le meilleur roman possible?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’adore les plumes fontaines, j’en ai plusieurs avec de nombreuses bouteilles d’encre. Et ma table de travail est encombrée par les crayons à mine, stylos à billes, feutres, stylos « gel »… Je voulais récemment des stylos à bille de 7 couleurs différentes, mais pas des couleurs ordinaires. J’ai fini par en acheter une vingtaine à différents endroits avant de garder les 7 meilleurs et de déposer furtivement les autres dans le tiroir de la cuisine. Petit à petit, l’appartement est envahi par les stylos et les crayons.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et je ne parle pas des post-it. Je suis un junky des post-it, mais pour une raison inconnue de moi-même, j’utilise à peu près uniquement les plus petits. C’est rendu que je ne peux pas travailler sans post-it. Mais pas de vulgaires jaunes, même si je parviens à m’en contenter au travail. Non, il me faut les « bon » post-it. Si quelqu’un sait où trouver des mini post-it marbrés, faites-moi signe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout ça pour finir par taper mon texte à l’ordinateur… toujours le même. Une antique picouille déconnectée d’Internet et qui refuse de comprendre ma clef USB, mais exige des disquettes. Le clavier disjoncte parfois et je dois le secouer pour l’arranger. Pourquoi n’ai-je pas remplacé cette chose par un portable moderne que je pourrais amener partout, ce qui serait bien pratique? La raison est sans doute en train de jouer à la marelle avec mon complexe d’Œdipe quelque part dans mon cerveau…&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-991947014246449289?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/991947014246449289/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/11/problemes-de-materiel.html#comment-form' title='7 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/991947014246449289'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/991947014246449289'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/11/problemes-de-materiel.html' title='Problèmes de matériel'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>7</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-866529642786432579</id><published>2009-11-15T07:10:00.002-05:00</published><updated>2009-11-15T07:23:10.800-05:00</updated><title type='text'>Je suis une ironie sur deux pattes</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;« Je suis une légende » réalise le narrateur à la fin du roman qui porte ce nom (dévoilant ainsi le sens du titre), dans cet excellent livre de Richard Matheson qui a donné à Stephen King le goût d’écrire. Personnellement, je ne suis pas une légende. Je suis une ironie sur deux pattes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ça tombe bien, car j’adore l’ironie. Sauf que l’ironie de ma vie est involontaire. Les choses n’ont pas tourné comme prévu, tout simplement. Les choses tournent rarement comme prévu, mais ça, vous le savez déjà. Dans mon cas, elles ont tourné exactement à l’inverse de ce qui était prévu, d’où l’ironie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Écrire est le métier le plus solitaire du monde, comme dit Garcia Marquez (je sais que je n’arrête pas de le citer ces temps-ci, c’est parce que j’ai relu plusieurs de ses entrevues). Cette solitude m’a attiré vers l’écriture. Parce qu’à l’époque où j’ai commencé à écrire, j’étais très timide. J’adorais lire, bien sûr. C’était mon autre motivation, et celle-là était bonne. J’adorais lire, alors je voulais écrire les romans que j’aurais aimé lire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais je voulais aussi éviter les contacts humains et la solitude de l’écrivain me paraissait idéale. Je voulais devenir comme Réjean Ducharme ou J.D. Salinger : un créateur ténébreux qui vit dans un univers fermé et dont les rapports avec les autres se limitent à envoyer des manuscrits… et à ce qu’il veut bien leur accorder.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’était vers la fin de mon adolescence. J’ai essayé de vivre en évitant les autres et ça m’a mené dans une spirale destructrice : plus j’évitais les gens, plus mes rapports avec eux devenaient difficiles, alors plus je les évitais. À cette époque, je n’étais bien que lorsque j’écrivais ou que j’écoutais de la musique. Les autres situations me rendaient malheureux et il y en avait beaucoup.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’étais trop jeune pour écrire un bon roman, mais je l’ignorais. Il est impossible d’écrire de bons roman à 18 ans. Notre expérience de la vie est réduite, on a trop peu réfléchi, et on n’a pas eu le temps de développer les techniques pour écrire, ni une esthétique personnelle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les années ont passé et j’ai continué à écrire, sans montrer mes textes aux autres. Il a bien fallu que je surmonte ma timidité parce que j’étais trop malheureux. Je suis allé à l’université, j’ai voyagé, j’ai trouvé un emploi, je suis devenu père, et j’ai changé. Écrire pour éviter les contacts n’avait plus aucun sens, mais j’ai continué pour l’autre raison : parce que j’aime lire et parce que j’avais envie de créer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En faisant circuler mes manuscrits, j’ai réalisé mon erreur. Écrire est peut-être l’activité la plus solitaire du monde au début, elle se termine par l’inverse : par un contact intime. Un roman suscite toutes sortes d’émotions chez le lecteur, et cette réaction en suscite toutes sortes d’autres chez l’écrivain, qui est d’autant plus vulnérable qu’il se dévoile dans ses textes. Quand je discute avec un lecteur, ça tourne souvent en échange personnel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le métier d’écrivain a deux aspects : un hiver glacé, suivi d’un été brûlant. Écrire un roman, c’est comme creuser un souterrain pendant des années, et sortir en plein soleil.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et pour réussir comme écrivain, il faut se faire connaître. S’échiner sur un roman donne envie de se forcer pour qu’il soit lu, sinon pourquoi ces efforts pour l’écrire?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est ainsi que mon choix de l’activité la plus solitaire du monde m’a amené, ces derniers mois, à passer à la radio, à rencontrer un groupe d’une vingtaine de lecteurs inconnus (heureusement très sympathiques), à renouer des amitiés de jeunesse, à parler à des dizaines et des dizaines de personnes, à aller à un lancement, et il va me mener dans les prochains jours à un kiosque au salon du livre. Seul à une table, à attendre les gens qui voudront bien me parler et qui auront peut-être envie de me lire, en espérant qu’il y en ait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand j’ai commencé à écrire, je ne voulais même pas visiter le salon du livre. Je voulais écrire justement pour éviter ce genre d’expériences.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est comme si j’avais choisi, pour éviter l’alcool, de distiller du whisky.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je voulais une occupation solitaire et ça n’a pas marché. Et cet échec est une chance, parce que j’ai réalisé une chose en essayant de vivre coupé des autres : ce sont les rapports humains qui donnent sa richesse à la vie. L’enfer, ce n’est pas les autres. L’enfer, c’est vivre coupé des autres. Mes actions m’ont mené à ce que je voulais éviter mais j’ai découvert que j’en avais besoin, ce qui est l’ultime ironie de mon histoire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Note : je serai au salon du livre, au stand 456 : jeudi le 19 novembre de 18h à 19h, vendredi le 20 de 18h à 19h, samedi le 21 de 17h à 19h, dimanche le 22 de 13h à 14h.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-866529642786432579?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/866529642786432579/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/11/je-suis-une-ironie-sur-deux-pattes.html#comment-form' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/866529642786432579'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/866529642786432579'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/11/je-suis-une-ironie-sur-deux-pattes.html' title='Je suis une ironie sur deux pattes'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-7145836855485290872</id><published>2009-11-08T09:30:00.004-05:00</published><updated>2009-11-08T09:58:07.684-05:00</updated><title type='text'>Devenir écrivain</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Supposons que mon père soit un grand, un très grand chirurgien. Supposons aussi qu’il soit mon modèle, que je l’aie imité jusqu’à tout faire comme lui, qu’il m’ait transmis ses connaissances sur la chirurgie et que je les aie assimilées, que j’aie appris ses trucs et ses techniques pour opérer, que je sache tout ce qu’il sait et que je fasse tout comme lui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si j’ai l’intelligence et les habiletés nécessaires, je serais moi aussi un très grand chirurgien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Supposons maintenant que mon père soit un très grand écrivain et qu’il soit mon modèle, que je l’aie imité, que je fasse tout comme lui, que je sois devenu son double. J’écrirais comme lui, avec ses forces et ses faiblesses.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je serais considéré comme un écrivain sans substance. Un écrivain médiocre, une copie de mon père. Au mieux, je serais vu comme un écrivain mineur, très loin d’un grand écrivain.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est l’une des grandes difficultés pour devenir écrivain : il faut trouver sa voix. Chaque écrivain qui réussit a inventé une nouvelle façon d’être écrivain, on pourrait dire. Ça explique pourquoi les universités réussissent à fabriquer des médecins ou des ingénieurs, mais pas des écrivains. Pour les premiers, le chemin est tracé d’avance. Les étudiants ont un parcours à suivre, un parcours pas nécessairement facile, mais clair. S’ils réussissent les examens et font des travaux suffisamment bons, ils deviendront ingénieur ou médecin. Cette approche ne fonctionne pas pour un écrivain car ce qu’il faut devenir change avec chaque personne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si Gide ne trouvait pas Proust assez bon pour le publier chez Gallimard, quelle note pensez-vous qu’il lui aurait attribué dans un cours à l’université?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De toute manière, l’imagination et la créativité ne me semblent pas très utiles à l’école, ni au secondaire, ni au cégep, ni à l’université. Selon mon expérience, on réussit dans ces endroits en travaillant fort et en imitant son professeur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oui, les modèles sont importants pour un apprenti écrivain, mais un moment arrive où il doit les détruire, c’est à dire arrêter de les imiter et trouver sa manière. Garcia Marquez disait : « Mon problème n’a pas été d’imiter Faulkner mais de l’effacer. Son influence m’étouffait. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout n’est donc pas perdu pour le fils écrivain qui a imité son père, à condition qu’il se révolte et qu’il trouve une « meilleure » manière d’écrire : une manière qui ne serait pas forcément meilleure selon vous ou moi, mais qui paraîtrait meilleure au fils parce qu’elle refléterait sa personnalité. Le fils doit déterminer ce qu’il aime et comment l’exprimer. S’il pense comme son père, alors il n’a pas de personnalité et il est mieux de changer de métier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout le monde sait que Balzac est un grand écrivain, n’est-ce pas? Mais comment le prouver? On peut démontrer que le pont Jacques-Cartier est un bon pont, mais comment démontrer que Balzac est un bon écrivain?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si vous savez comment, expliquez-le-moi, car je n’en ai aucune idée. On peut lire Balzac et découvrir qu’on l’adore, on peut démontrer que des tas de gens l’adorent aussi et disent qu’il est génial. Mais qu’est-ce que ça prouve? Si je lis « Eugénie Grandet » et que je trouve ça nul, ai-je raison même si l’univers entier me dit le contraire?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Trouver sa voix, pour un écrivain, c’est aussi faire ce genre de choix. Garcia Marquez, pour reprendre mon exemple, considère Faulkner comme un écrivain immense, tandis qu’il trouve qu’Hemingway n’a pas écrit de très bons romans… mais d’excellentes nouvelles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On pourrait facilement imaginer un autre très bon écrivain qui haïrait Faulkner et qui adorerait Hemingway. L’important n’est pas d’avoir raison, l’important est d’être sincère. Tout le monde a raison s’il est sincère. Faulkner est à la fois un grand écrivain et un écrivain minable, et pareil pour Hemingway, pour Balzac et pour Garcia Marquez.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Déterminer ce qu’on déteste est aussi important que déterminer ce qu’on aime. Un apprenti écrivain qui aimerait tout ce qui est populaire est parti… pour la poubelle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est ainsi qu’on devient écrivain : en écrivant et en réfléchissant sur ce qu’on a écrit, en lisant et en réfléchissant sur ce qu’on a lu. Il faut autant « se découvrir » qu’assimiler des techniques… et c’est un long chemin.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-7145836855485290872?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/7145836855485290872/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/11/devenir-ecrivain.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/7145836855485290872'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/7145836855485290872'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/11/devenir-ecrivain.html' title='Devenir écrivain'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-8927452801292008313</id><published>2009-11-01T06:28:00.005-05:00</published><updated>2009-11-01T07:12:23.311-05:00</updated><title type='text'>La vraisemblance</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;« La réalité dépasse la fiction », dit-on. Qui aurait cru que Karla Homolka puisse faire ce qu’elle a fait? Qu’une femme puisse être la complice enthousiaste de crimes si typiquement masculins comme ceux qu’elle a commis avec Paul Bernardo? Son comportement était tellement invraisemblable que la belle a pu se négocier une peine de prison au rabais. Si les caméras vidéo n’avaient pas été inventées et si nos tourtereaux n’avaient pas eu la stupidité de filmer leurs viols et de laisser les cassettes dans leur maison, personne n’aurait cru à ce qui s’est passé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il fallait le voir pour le croire, c’est le cas de le dire. Malheureusement, quand on a vu, il était trop tard pour allonger sa peine de prison.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un romancier qui aurait imaginé cette histoire aurait été démoli pour son invraisemblance. Mais maintenant que le procès a eu lieu et que Karla est célèbre, la situation a changé. Maintenant, un romancier pourrait raconter une telle histoire. On y croirait parce qu’on a appris que c’est possible. L’invraisemblable est devenu vraisemblable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout écrivain connaît ce problème : le vrai n’est pas toujours vraisemblable. Lorsqu’il s’inspire de la réalité dans ce qu’elle a de plus étonnant, il risque de paraître irréaliste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans « Sonate en fou mineur », je mets en scène un asile imaginaire dirigé par des incompétents. Le docteur Philipson comprend mal la maladie mentale et n’a que peu d’intérêt pour le bien-être de ses patients, ce qui ne l’empêche pas de se trouver extraordinaire et d’être une puissance dans l’asile. Est-il un personnage vraisemblable? Si j’avais lu mon propre roman à l’adolescence, je l’aurais rejeté en refusant d’y croire. Impossible que des adultes puissent se comporter ainsi, particulièrement des médecins. La vie m’a convaincu du contraire. Tout employé finit par être promu à un poste où il est incompétent, comme dit le principe de Peter. Et beaucoup grimpent dans les hiérarchies parce qu’ils sont bons dans les politicailleries.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Regardez cette photo « typiquement suédoise » prise par Marie-Claude Lortie pour &lt;a href="http://www.cyberpresse.ca/opinions/chroniqueurs/marie-claude-lortie/200906/11/01-874640-la-mauvaise-excuse.php"&gt;un article sur Stockholm&lt;/a&gt;. Vu de nos yeux québécois, elle est totalement vraisemblable, n’est-ce pas? Ces &lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_Ar3GfZ6X8j8/Su14aZT9ruI/AAAAAAAAABk/kT7JqvosCJ8/s1600-h/Photo+Marie-Claude+Lortie+Su%C3%A9doises.jpg"&gt;&lt;img style="MARGIN: 0px 10px 10px 0px; WIDTH: 320px; FLOAT: left; HEIGHT: 213px; CURSOR: hand" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5399103923153645282" border="0" alt="" src="http://2.bp.blogspot.com/_Ar3GfZ6X8j8/Su14aZT9ruI/AAAAAAAAABk/kT7JqvosCJ8/s320/Photo+Marie-Claude+Lortie+Su%C3%A9doises.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;jeunes filles longues et blondes sont l’image exacte de la Suédoise typique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Or, j’étais en Suède cet été, et je l'ai constaté une fois de plus : la couleur de cheveux la plus courante chez les adultes n’est pas le blond, mais le châtain, et de nombreux Suédois ont les cheveux noirs. Beaucoup sont blonds, c’est vrai. Mais une Suédoise m’a déjà demandé : « Est-ce vrai qu’à l’étranger vous vous imaginez qu’il n’y a que des blonds ici? » J’ai répondu oui et elle a éclaté de rire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La Suède a accueilli beaucoup d’immigrants, souvent d’origine arabe, et aussi des Sud-américains, des Noirs, et de rares Asiatiques. On rencontre fréquemment des Suédois qui ressemblent à des Arabes ou à des Sud-américains. D’autres sont noirs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si Marie-Claude Lortie avait photographié des Suédoises à la peau noires ou au physique arabe, beaucoup de lecteurs n’y auraient pas cru ou auraient trouvé la photo bizarre. Si les filles avaient eu les cheveux noirs, si elles avaient été petites ou obèses, ses lecteurs auraient trouvé la photo « moins suédoise ». Parmi toutes les scènes qu’elle aurait pu croquer, elle en a choisi une qui correspond à nos préjugés. Elle utilise la croyance « toutes les suédoises sont blondes, grandes et minces » pour rendre sa photo vraisemblable… et renforce cette croyance chez ceux qui verront la photo.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le vrai n’est pas toujours vraisemblable, même dans les photos de Suédoises…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais que vaut le vraisemblable pour comprendre la réalité? Un monde où les psychiatres sont tous compétents et les Suédoises toutes longues et blondes n’est-il pas une tromperie?&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-8927452801292008313?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/8927452801292008313/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/11/la-vraisemblance.html#comment-form' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/8927452801292008313'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/8927452801292008313'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/11/la-vraisemblance.html' title='La vraisemblance'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_Ar3GfZ6X8j8/Su14aZT9ruI/AAAAAAAAABk/kT7JqvosCJ8/s72-c/Photo+Marie-Claude+Lortie+Su%C3%A9doises.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-5270443685309044960</id><published>2009-10-25T07:45:00.003-04:00</published><updated>2009-10-25T08:00:39.994-04:00</updated><title type='text'>Chansons et personnages</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;J’aime &lt;em&gt;Antonio&lt;/em&gt;, cette chanson du groupe Mes aïeux. J’aime cette manière de prendre une personne réelle et d’en faire un personnage de légende, de créer du merveilleux à partir de la vie quotidienne. Cette chanson me rappelle &lt;em&gt;Le monde est fou&lt;/em&gt; de Beau Dommage, avec le géant Beaupré.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme beaucoup de montréalais, j’ai croisé le grand Antonio. Je l’ai vu dans sa période de déclin, avachi sur un banc de la rue Saint-Hubert, presque un clochard. Je l’ai vu durant sa période flamboyante, lorsque j’étais à l’école secondaire. Un gala de lutte devait avoir lieu dans le gymnase le samedi et quelques annonces avaient été placardées dans l’école. Un jour, alors que les couloirs étaient remplis d’élèves, une excitation s’est répandue parmi nous et j’ai entendu quelques cris. Je me demandais ce qui se passait lorsqu’un énorme bonhomme aux cheveux longs s’est avancé – une espèce de monstre, au visage mécontent, qui a traversé la foule des élèves minuscules jusqu’à une affiche du combat qui le mettait en vedette – pour écrire au stylo bille : « $3.00 ». Ils avaient oublié d’indiquer le prix d’entrée et le grand Antonio venait corriger cette situation, tout en se faisant un peu de publicité. Les personnages de légende aussi doivent payer l’épicerie…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans mon souvenir, plusieurs élèves avaient eu beaucoup de plaisir à hurler, et une des plus jolies filles de l’école avait dit « Il me fait peur! », ce qui m’avait donné une très forte envie de la prendre dans mes bras pour la rassurer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le géant Beaupré est mort bien avant ma naissance, mais je l’ai croisé lui aussi, lorsque j’avais une dizaine d’années. Alain, un ami de l’école, m’avait convaincu d’aller à l’université de Montréal voir quelque chose de très intéressant. Nous y sommes allés en autobus et nous sommes montés par l’immense tapis roulant. Nous étions trois enfants, les couloirs de la faculté de médecine étaient déserts et nous nous sommes pourchassés sans que personne ne se soucie de nous, sauf une étudiante qui nous a regardés avec étonnement. Finalement, Alain nous a menés dans une petite pièce avec une grande vitrine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comment Alain pouvait-il connaître cet endroit? Dans la vitrine se trouvait un homme nu, dressé. Des dizaines d’années plus tard, je revois encore sa figure grimaçante, et Alain aussi (il me l’a écrit récemment, il est maintenant médecin). L’homme dans la vitrine était horrible, jaunâtre et desséché. Il était nu mais, sans doute pour préserver la décence, on l’avait amputé de son équipement sexuel et il ne lui restait que quelques poils.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le géant ne m’a pas paru particulièrement grand, et je me souviens de m’être demandé s’il avait rapetissé à cause du processus de conservation (je viens de lire sur internet qu’il avait effectivement rapetissé d’un pied, mais qu’il mesurait tout de même un peu plus de 7 pieds dans sa vitrine). Des articles de journaux encadrés se trouvaient sur un mur, ainsi que des photos qui le montraient avec d’autres adultes, dans les costumes et avec les chapeaux ronds de l’époque. Il faisait presque le double de leur taille. Sur une photo, il semblait embarrassé d’être aussi phénoménalement grand. Il travaillait comme attraction dans un cirque lorsqu’il est mort, et ses parents étaient trop pauvres pour faire venir son corps. Le cirque a refusé de payer, et quelqu’un a eu l’idée de l’embaumer et de l’exposer pour gagner du fric. C’est comme ça qu’il a abouti à l’université, qui l’a acheté pour 50 dollars.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La chanson de Beau Dommage m’a toujours paru très réaliste. Bien sûr, le mort est ami avec le gardien et ils discutent beaucoup, mais c’est à peine plus incroyable qu’une université qui expose un être humain dans une vitrine, vous ne trouvez pas? (En 1990, l’université a accepté de le décrocher de là, et il a été incinéré et enterré.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Peut-être y a-t-il autour de moi des gens qui feraient d’excellents personnages de légende et que je les découvrirais si seulement j’ouvrais les yeux?&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-5270443685309044960?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/5270443685309044960/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/10/chansons-et-personnages.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/5270443685309044960'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/5270443685309044960'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/10/chansons-et-personnages.html' title='Chansons et personnages'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-4079573058135062520</id><published>2009-10-18T07:37:00.004-04:00</published><updated>2009-10-18T08:04:32.637-04:00</updated><title type='text'>Trois moments de la vie</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Je suis dans une église, au premier rang, avec ma famille. Des funérailles vont avoir lieu et l’église est bondée. Juste avant le début, quelqu’un pousse une femme en chaise roulante près de nous. Cette dame est terriblement âgée. Elle est presque sourde, car je l’entends chuchoter qu’elle a oublié son appareil auditif. Elle chuchote fort et nous l’entendons tous, ce qui me fait sourire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Malgré son âge et malgré la chaise roulante, cette dame semble éveillée et pleine de volonté – elle est massive et regarde tout avec des yeux de bouledogue curieux. Elle est orientée vers nous, car sa chaise a été placée sur un côté de la salle, dossier contre le mur, et nous occupons le banc devant elle. La cérémonie commence. Mon plus jeune fils, qui a trois ans et qui ne comprend pas ce qui arrive, joue en silence avec des objets invisibles. Les funérailles ne l’intéressent pas et il a envie de se promener, nous avons de la misère à le garder près de nous. Il attire l’attention de la dame en chaise roulante, qui sourit. Cette scène me touche : la vieillesse regardant la jeunesse. La fin de la vie et le début.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au milieu de la cérémonie, ma femme se met à pleurer, car la personne qui est morte est ma tante, qui était très proche de nous et qui vient de mourir de cancer, elle qui n’avait pourtant que douze ans de plus que moi. Mon fils regarde sa mère pleurer avec étonnement, en s’étirant pour mieux la voir. Il ne comprend pas ce qu’elle a et il a de la peine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La dame en chaise roulante, elle-même très proche de la mort, regarde aussi pleurer ma femme. Son expression me frappe : elle a le même regard qu'elle a eu avec mon enfant, en plus intense. Le regard qu’on peut avoir devant deux adolescents amoureux qui se chicanent en s’imaginant que c’est la fin de tout. Un regard plein de sympathie, mais aussi un regard amusé. On dirait que la douleur de ma femme la touche, mais qu’en même temps cette réaction lui paraît sans importance. On dirait qu’elle reconnaît celle qu’elle a été et qu’elle n’est plus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ces trois personnes et la scène qu’ils forment me frappent : l’enfant dans son monde imaginaire, la femme qui pleure devant la mort, la vieille dame sereine et détachée. Trois étapes de la vie. Quatre, avec ma tante qui repose dans son cercueil.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je voudrais être peintre pour peindre cela.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans notre monde aseptisé, tout ce qui concerne la mort est dissimulé, jusqu’aux cadavres qui sont maquillés et embaumés pour ressembler aux vivants. Notre société valorise la jeunesse, le plaisir, l’insouciance, l’énergie. Ça nous pousse à vouloir rester jeune et à tenter d’oublier la mort, qui nous effraie, devant laquelle seule la terreur paraît possible. Je viens de voir ma tante affronter la mort avec courage, je vois une femme qui va bientôt mourir et qui est sereine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après la cérémonie, la dame en chaise roulante tend les bras vers mon fils, mais il est effrayé. Mon père connaît cette dame, il prend mon fils par la main et le lui amène. J’apprends qui elle est et des détails sur la vie qu’elle a menée, une vie pleine et active.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quelques mois plus tard, cette dame meurt à son tour. &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-4079573058135062520?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/4079573058135062520/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/10/trois-moments-de-la-vie.html#comment-form' title='7 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/4079573058135062520'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/4079573058135062520'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/10/trois-moments-de-la-vie.html' title='Trois moments de la vie'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>7</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-1063090369140383312</id><published>2009-10-11T08:12:00.004-04:00</published><updated>2009-10-11T08:23:59.979-04:00</updated><title type='text'>Je cherche, je cherche…</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je cherche une idée de roman.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Sonate en fou mineur » a été publié en février, et j’ai terminé un manuscrit il y a deux semaines. Maintenant, je suis en manque. Il y a un vide en moi qui a besoin d’être comblé : le désir d’écrire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aucun sujet ne m’attire particulièrement, aucun thème ne s’impose. Et je veux du neuf : un sujet nouveau, et non une variante de ceux que j’ai utilisés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Chaque matin, je me lève à cinq heures. Je commence par me rendre, en me cognant dans les murs tellement je suis mal réveillé, jusqu’à la douche, d’où je sors un peu moins endormi et plus propre et mouillé. Je me prépare un café au lait, puis je descends dans mon sous-sol et je m’installe à ma table de travail – table dont la photo orne ce blogue.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je mets de la musique, qui m’aide à me réveiller. J’allume ma lampe de luminothérapie puisqu’on est en octobre. Je prends une feuille blanche, un stylo, et je cherche des idées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je cherche quelque chose qui me fascine, une poussière qui pourra germer et de se transformer en baobab.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une anecdote que j’ai lue, une nouvelle qui m’a frappé. Un thème qui me tracasse et que j’ai envie de développer. Une scène que j’ai vue, un moment vécu et qui m’est resté en tête.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À mon ancien appartement, sur la rue Laurier, j’avais été réveillé une nuit par un bruit effroyable. Trois personnes s’engueulaient dans un logement adjacent et j’entendais tout à travers le mur. Un gars avait perdu la tête et criait des imprécations à sa blonde, qui lui répondait, tandis que le troisième essayait de les calmer. J’avais cogné dans le mur pour les faire taire et le plus énervé avait explosé de rage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le gars était furieux parce qu’une fille l’avait critiqué, dans un bar. Cette fille lui avait dit qu’il traitait mal sa blonde, et il criait qu’elle avait peut-être raison tout en engueulant sa blonde et en menaçant de la battre. Je n’ai rien su de plus. Ils ont fini par se taire et ils ont été expulsés de l’appartement dans les jours suivants. Je ne sais même pas à quoi ils ressemblaient.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette histoire est banale, et pourtant elle m’obsède. Elle me semble contenir quelque chose qui pourrait faire un roman, mais je n’arrive pas à le saisir…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Qui pouvaient être ces personnes? Étaient-elles aussi médiocres que ce que j’ai cru en les entendant? Si elles étaient célèbres? Si c’étaient des criminels, des acteurs, des fils de politiciens? Sur ma feuille blanche, j’écris des idées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si j’avais entendu autre chose à travers le mur? Un secret au sujet de la fille ou du gars qui l’engueulait, un complot? Qu’est-ce que ça pourrait être?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Chaque matin, je cherche, je cherche. J’attends qu’une idée s’impose pour enfin commencer ce que j’ai envie de commencer : écrire un nouveau roman.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-1063090369140383312?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/1063090369140383312/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/10/je-cherche-je-cherche.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/1063090369140383312'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/1063090369140383312'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/10/je-cherche-je-cherche.html' title='Je cherche, je cherche…'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-4021333213950091563</id><published>2009-09-27T08:44:00.000-04:00</published><updated>2009-09-27T09:21:15.699-04:00</updated><title type='text'>La gloire est une drogue dure</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;On se suicide beaucoup chez les artistes et les écrivains.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La fin de Nelly Arcan m’a rappelé ce passage de « Tout le monde vous dira non » dans lequel l’auteur énumère quelques-unes des morts tragiques, suicides, overdoses, parmi les vedettes de la chanson. Après avoir rempli une demi-page de noms (et il aurait pu continuer pendant 150), il en conclut : Les plus grandes stars de notre planète sont plus malheureuses que le chanteur que vous avez vu hier en sortant du métro. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout le monde connaît l’alcoolisme de Faulkner, le suicide d’Aquin, la dépendance au whisky et à l’héroïne de Sagan. Et je pourrais continuer pendant 150 pages moi aussi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bien sûr, l’écriture attire les écorchés de la vie, qui veulent exprimer leur malaise en espérant s’en débarrasser, et qui rêvent à la gloire comme à un onguent qui calmera leurs blessures.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais la gloire est une drogue dure. Il y a les hauts, les éloges, l’adulation, l’attention générale, mais il y a aussi les bas : les critiques assassines, le mépris, les gens qui rejettent un artiste sans le connaître et sans connaître son œuvre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les écrivains et les artistes sont des rejets, et il ne peut en être autrement. C’est dans la nature du métier. Tout artiste vit avec le rejet et l’indifférence, à tous les stades de sa carrière, et chacun trouve ses méthodes pour supporter cela.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si « Tout le monde vous dira non » porte ce titre, c’est parce que l’auteur Hubert Mansion y explique que les artistes qui triomphent sont ceux qui ont été capables de supporter les nombreux refus que tous affrontent avant de percer, qui sont inévitables, et qui se prolongent souvent pendant des années.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Christian Mistral écrivait : « Des lettres de refus, j’en ai accumulé deux grosses enveloppes matelassées bourrées à rompre. Je me promettais d’en tapisser un jour les murs de l’appartement que je me serais payé avec mes droits d’auteur. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Même au sommet, les artistes se font rejeter. Aucun ne fait l’unanimité. Certaines personnes haïssent les Beatles, d’autres haïssent Mozart, ou Tolstoï, Mankell, Michel Tremblay, Harry Potter, et beaucoup ne se gênent pas pour le dire. On s’imagine que ceux qui goûtent à la gloire sont indifférents aux critiques parce qu’ils reçoivent tellement d’éloges. Mais il semble que les claques font mal malgré les caresses qu’on a pu avoir. Je lisais justement au sujet de Nelly Arcan : « Elle n’avait pas de protection par rapport aux critiques. Quand l’une d’entre elles était mauvaise, même si dix autres étaient excellentes, il n’y avait plus que la mauvaise qui existait. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et comment éviter que le succès diminue? Dans le cas de Nelly Arcan, montée trop haut trop vite, son premier roman a été considéré comme fort, et les deux suivants comme faibles, ce qui n’a pas dû être facile à vivre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La célébrité transforme les humains en personnages. Le public s’imagine tout savoir d’une vedette à partir de quelques traits fascinants et ne se gêne pas pour exprimer ses sentiments – positifs ou négatifs, ils sont toujours exagérés. Je le lisais hier sur internet : pas mal de gens du public, après le suicide de Nelly Arcan, la rejetaient encore et disaient que sa mort ne leur faisait rien – comme s’ils la connaissaient. Les gens qui l’avaient réellement connue décrivaient pourtant une autre personne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Parce qu’on s’imagine que les vedettes goûtent au paradis, et peut-être par jalousie, le public se donne le droit de rire d’eux (un peu comme ce qu’on a fait subir aux Lavigueur). Ça donne Perez Hilton, et ça donne aussi « Tout le monde en parle ». Je lisais dans le blogue de Pierre Cayouette &lt;a href="http://www2.lactualite.com/pierre-cayouette/2009-09-25/la-passion-de-nelly-arcan/"&gt;ici&lt;/a&gt; que le dernier passage de Nelly Arcan à cette émission s’était passé de cette manière : « Elle avait été humiliée. L’animateur et le fou du roi avaient décidé qu’ils se payaient sa tête, ce soir-là. Je sais, par des proches, qu’elle en avait été blessée. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nelly Arcan avait manifestement des blessures qui dataient de l’adolescence et un horrible vide au niveau de sa confiance en elle, entre autres problèmes. Certains ont dit que l’écriture avait agi comme thérapie et l’avait aidée à vivre. C’est peut-être vrai, mais elle aurait mieux fait de ne pas publier ses livres. La gloire est une drogue dure et il faut être solide pour la supporter…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Note : &lt;a href="http://michelbrule.com/fr/livre/?michelbrule_livre=435"&gt;« Tout le monde vous dira non »&lt;/a&gt;, qui vient d’être réédité chez Michel Brûlé, est un merveilleux livre qui décrit l’univers du show-business par de nombreuses facettes, ce qui finit par provoquer un éclairage étonnant. &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-4021333213950091563?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/4021333213950091563/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/09/la-gloire-est-une-drogue-dure.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/4021333213950091563'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/4021333213950091563'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/09/la-gloire-est-une-drogue-dure.html' title='La gloire est une drogue dure'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-1896757856839307783</id><published>2009-09-13T11:07:00.004-04:00</published><updated>2009-09-13T11:24:58.655-04:00</updated><title type='text'>Dangers des biographies</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;L’une des belles choses que m’a valu la publication de &lt;a href="http://eloipare.com/sonateenfoumineur/index.html"&gt;Sonate en fou mineur&lt;/a&gt;, c’est de reprendre contact avec plusieurs personnes rencontrées durant ma vie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’une d’elle est le grand amour de mon secondaire, un amour vécu de loin car je n’ai osé lui parler qu’une fois par année en moyenne (comme séducteur, je n’étais pas vraiment redoutable, ce qui est un peu dommage car j’étais attiré par la moitié des filles de l’école). Je me souviens de chaque rencontre : une fois en secondaire 5, dans le cours de mathématique, juste avant « Donald Duck au pays des mathématiques » qu’on voyait parce que l’année se terminait. Elle s’était retrouvée à ma table et on avait discuté. Une fois en secondaire 4, lorsque je lui avais emprunté son exemplaire d’Agaguk en prétendant avoir oublié le mien. Comme je l’aimais éperdument et que j’étais incapable de le lui dire, j’avais dessiné un cœur à la mine dans son livre, avant de le lui remettre et de ne plus jamais en entendre parler. Je le jure solennellement, j’ai vraiment fait ça.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je la rencontre donc il y a quelques semaines. Elle m’avoue qu’elle ne m’aurait pas reconnu, et je ne l’aurais pas reconnue non plus, mais dans mon cas c’est inévitable car je ne suis pas très physionomiste (il m’est arrivé d’apercevoir chez Ikéa une personne qui me disait vaguement quelque chose et c’était ma sœur). Toujours aussi belle et charmante, le grand amour de mon secondaire évoque avec moi cette époque (judicieusement, j’évite de parler du cœur dans son exemplaire d’Agaguk). Bien sûr, ayant été amoureux d’elle toutes ces années, j’ai de nombreux souvenirs la concernant. Par exemple, cette fois où nous devions faire notre arbre généalogique en secondaire 2.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À cause de ce satané devoir, mes parents étaient furieux contre moi. D’autres parents leur avaient parlé du plaisir qu’ils avaient eu à décortiquer leur généalogie en famille et à discuter de leurs aïeux. «&amp;nbsp;Notre fils nous a posé plein de questions » avaient dit ces parents. Les miens n’étaient pas au courant de ce devoir, car leur fils à eux ne leur avait posé aucune question sur l'identité de ses aïeux. J’avais trouvé plus pratique de tout inventer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cet arbre généalogique avait valu un moment pénible à mon grand amour du secondaire : devant toute la classe, le professeur lui avait demandé pourquoi elle n’avait mis qu’une moitié de l’arbre, et elle avait été obligée d’avouer que sa mère lui avait interdit d’y mettre son père et les parents de son père. Ses parents étaient divorcés. J’avais compris que le divorce s’était mal passé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je lui rappelle donc ce souvenir. Elle ne comprend pas de quoi je parle. « Ce n’est pas moi, réplique-t-elle, ça ne peut pas être moi, mes parents ont eu un divorce très harmonieux. Ça doit être une autre personne. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je reste bête. Je me souviens pourtant de la scène : nous étions au cours d’Histoire, dans la classe au bout du deuxième étage, moi au dernier rang, elle près de la porte, juste sous l’interrupteur. Je revois encore son expression embarrassée (mais charmante) lorsqu’elle a dû avouer la vérité au professeur. Est-ce que c’était une autre fille? Mes souvenirs se sont-ils mélangés? Mais qui ça pouvait être?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La discussion sur le passé continue. Toujours aussi belle et charmante, mon grand amour du secondaire me raconte qu’une amie lui a récemment parlé de moi (une de mes plus vieilles amies, la première femme que j’ai embrassée, lorsque nous avions 4 ans, et la dernière pour longtemps). Cette amie lui a récemment raconté que j’ai fumé du pot tout mon secondaire. « Éloi? Il était gelé sans arrêt! » Or, je n’ai pas pris de drogue de ma vie, j’ai toujours été contre. J’avais les cheveux très longs, c’est vrai, mais ça c’était la faute des musiciens rock.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous continuons dans les souvenirs, et c’est le bouquet : le plus grand amour de mon secondaire ne se rappelle plus si j’étais un bon élève ou non! Elle-même était excellente, l’une des meilleures. Comment peut-elle avoir oublié que j’étais moi aussi l’un des meilleurs, que nous étions unis au moins par nos notes? D’accord, d’accord, elle n’avait peut-être pas envie de s’unir avec moi, même mathématiquement, mais je me souviens de toutes les autres bols, moi! À quoi ça m’a servi d’avoir 100% à un bulletin d’Histoire en secondaire 5? Elle n’avait pas été impressionnée? Même pas un peu?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Donc, il y a de la confusion dans notre passé. Qui était ce gars tout le temps gelé? Et cette fille avec l’arbre généalogique à moitié fait? C’était une autre? Est-ce que c’était cette autre, mon grand amour du secondaire? Peut-être que je vais rencontrer une inconnue qui va me demander pourquoi j’ai barbouillé son exemplaire d’Agaguk?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout ça pour dire que je commence à me méfier des biographies. Si nos souvenirs sont confus comme ça à notre âge (et elle ne fumait pas de pot non plus, en moins que je la mélange avec la fille à l’arbre généalogique à moitié fait), qu’est-ce que ça va être quand on aura 70 ans? Elle va raconter que je me shootais à l’héroïne, que j’avais mis Balzac dans mon arbre généalogique parce que je me prenais pour un grand écrivain et que j’avais volé son exemplaire d’Agaguk pour améliorer le style d’Yves Thériault?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Balzac dans mon arbre généalogique! Ah, cet Éloi Paré, quel être prétentieux il était à l’école secondaire, hein?&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-1896757856839307783?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/1896757856839307783/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/09/dangers-des-biographies.html#comment-form' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/1896757856839307783'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/1896757856839307783'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/09/dangers-des-biographies.html' title='Dangers des biographies'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-7806197890375296044</id><published>2009-08-30T08:03:00.002-04:00</published><updated>2009-08-30T08:10:21.035-04:00</updated><title type='text'>Le « it »</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Dans certaines des plus belles pages de « Sur la route », Jack Kerouac parle du « it » : ce moment d’excitation artistique où on entre dans un état second, ce frisson de plaisir qui dure, fragile et pourtant intense. Le « it » est comme un cheval de rodéo qu’on chevauche et qui se démène pour nous faire tomber. Tant qu’on reste en selle, c’est miraculeux, c’est magnifique, et ça arrête brutalement si on est éjecté.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Sur la route » se passe dans les années 40 et c’est en écoutant du jazz que les personnages ressentent le « it ». Mais tout amateur de romans connaît cette excitation. On croit tellement à ce qu’on lit qu’on le vit, on entre dans le roman, on devient un personnage, ses pensées sont les nôtres et ses sentiments nous font vibrer. Le décor du roman se matérialise, on le voit, on le sent, les autres personnages sont autour de nous, tandis que l’excitation de savoir ce qui va arriver nous fait tourner les pages… Cette illusion explique en partie pourquoi un même roman peut susciter des réactions si tranchées : une personne le trouve extraordinaire, alors qu’un autre y voit une longue liste de défauts et juge qu’il ne tient pas debout. Dans l’illusion du « it », les défauts disparaissent. Le lecteur ne les a pas vus, le roman l’a emporté.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Est-ce que c’est parce que je suis devenu écrivain et que je réfléchis trop à ce que je lis? Parce que j’ai lu tellement de livres? Il me semble expérimenter de moins en moins souvent le « it » en lisant… Je dois essayer 20 romans pour en trouver un qui m’emporte. « Le goût s’affine avec l’âge » écrit Gutiérrez. Maintenant, quand un roman me plaît, c’est souvent limité. Je trouve qu’il ressemble à tel ou tel autre livre et que certains éléments auraient pu être écrits autrement. Je ne vis pas l’illusion de perfection qui est tellement agréable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il faut que je lise un chef d’œuvre pour éprouver le « it », alors qu’à l’adolescence, je le ressentais beaucoup plus souvent…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Depuis quelques années, je vis le « it » d’une autre manière, et ça m’a procuré plusieurs des moments les plus heureux de ma vie : en écrivant le premier jet d’un roman. L’écriture est laborieuse au début, je n’y crois pas, et soudain tout tombe en place. L’excitation me saisit et je me mets à taper de plus en plus vite. Les idées me viennent sans efforts, les problèmes se résolvent tout seul, je deviens mon personnage tandis que l’histoire s’accélère, je voudrais taper plus vite mais la vitesse de mes doigts m’en empêche. Lorsque ça arrive, ça dépasse tout. Dans mon sous-sol, seul devant mon ordinateur, je suis emporté par un tourbillon de perfection, et quand je sors plus tard et que je rencontre des gens, ils sont étonnés de me voir aussi heureux et excité. Les explications qui leur viennent sont loin de la réalité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsque j’écris, je ne ressens le « it » que pour le premier jet. Plusieurs semaines plus tard, lorsque je relis mon texte, j’éprouve l’inverse : l’illusion du « it » a disparu et je deviens consterné par ses faiblesses et ses défauts. Il me faut plusieurs pénible révisions et de nombreux mois de travail pour m’approcher très vaguement du texte que j’ai cru produire. L’écriture contient beaucoup de travail acharné. Heureusement, les moments magiques compensent, et lors de la dernière révision, le plaisir du « it » revient un peu, comme l’écho d’un souvenir.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-7806197890375296044?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/7806197890375296044/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/08/le-it.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/7806197890375296044'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/7806197890375296044'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/08/le-it.html' title='Le « it »'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-341726704934978650</id><published>2009-08-16T08:00:00.006-04:00</published><updated>2009-08-16T08:30:02.986-04:00</updated><title type='text'>Et la morale de cette histoire est...</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Je revenais il y a quelques années d’un voyage aux États-Unis avec ma femme et mon fils, le seul que j’avais à l’époque. Quelque part dans le New Hampshire, nous nous sommes arrêtés à une halte routière pour dîner. La halte était au bord d’un lac, et dans le lac il y avait des canards. Ceci a beaucoup excité mon fils, qui avait cinq ans. Il s’est mis à courir dans tous les sens, puis à lancer du pain aux canards. Il lançait un petit morceau, revenait en courant nous raconter que les canards l'avaient mangé, courait lancer un autre morceau, et il était heureux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Arrive un gros 4X4 d’où sort un couple d’américains, avec un bébé dans les bras de la femme et un chien à l’échelle du 4X4. Le mari regarde mon fils de cinq ans en train de jeter du pain aux canards, sourit d’un sourire que je qualifierais de « peu intelligent », et lance son chien à l’attaque. Le chien se précipite à l’eau, et les canards s'affolent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ma femme me regarde, je regarde ma femme. Tous les deux, nous regardons le crétin, pardon, le monsieur qui trouve intéressant de lancer son chien sur des canards qu’un enfant de cinq ans s'amuse à nourrir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Qu’est-ce qu’il fait, le chien? » demande mon fils. Tout en regardant le monsieur avec des yeux glacés, et en réalisant que la plaque du 4X4 est du Texas, j’explique à mon fils que le monsieur espère que son chien va attraper un canard. Je me prépare à censurer la scène avec ma main sur ses yeux, pour masquer les plumes qui vont voler et la fin du canard, mais il devient évident que le chien ne réussira pas. Les canards ont filé au milieu du lac. Dès que le chien s’approche, ils s’envolent et reprennent de la distance. Le chien nage vers eux en aboyant, et les canards le font tourner. On dirait presque qu’ils s’amusent à l’épuiser, qu’ils le laissent approcher juste assez pour lui donner de l’espoir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pendant ce temps, ma femme et moi lançons des regards glacés au gros épais, pardon, au monsieur au sourire peu intelligent. Il sourit toujours, mais d’un sourire de plus en plus forcé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis renversé. « Seul un homme peut être aussi crétin » je pense. D’habitude, je me méfie des stéréotypes sexistes, mais là, c’est trop.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sa femme, qui tient toujours le bébé dans ses bras, est obligée de descendre au bord de l’eau pour rappeler le chien. Il hésite, vient vers elle, retourne vers les canards, elle l’appelle de nouveau, et doit finalement entrer dans l’eau jusqu’aux genoux pour le saisir par le collier. Ils le remettent dans le 4X4 alors qu’il dégouline encore d’eau, ce qui me fait bien plaisir. Puis ils se préparent à partir. « Quel con, ce type » je dis à ma femme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Quel type? »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Ben, le mari? »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Quel mari? »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je regarde le type avec attention et qu’est-ce que je vois : une femme. C’était des lesbiennes!&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-341726704934978650?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/341726704934978650/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/08/et-la-morale-de-cette-histoire-est.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/341726704934978650'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/341726704934978650'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/08/et-la-morale-de-cette-histoire-est.html' title='Et la morale de cette histoire est...'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-7038198799768548826</id><published>2009-07-12T09:30:00.001-04:00</published><updated>2009-07-12T09:40:10.900-04:00</updated><title type='text'>Jogging mental</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Peut-être avez-vous lu ce &lt;a href="http://www.theatlantic.com/doc/200807/google"&gt;très intéressant article&lt;/a&gt; (traduction française &lt;a href="http://www.framablog.org/index.php/post/2008/12/07/est-ce-que-google-nous-rend-idiot"&gt;ici&lt;/a&gt;) selon lequel Internet transforme notre manière de penser… pour le pire. Internet pousse à la dispersion de l’esprit. Presque tous les textes sont courts, et la plupart du temps on n’en lit qu’une partie avant de cliquer sur un des nombreux liens que contient chaque page. On lit pendant un instant, puis on passe à un autre lien, on papillonne d’idée à idée sans les approfondir… Des gens qui ont beaucoup utilisé Internet pendant de nombreuses années racontent avoir perdu leur capacité de se concentrer sur de longs textes, et l’auteur compare la situation de son cerveau à celle de l’ordinateur HAL de « 2001 L’odyssée de l’espace », quand il est inactivé par Bowman, le dernier astronaute vivant, et qu’il sent son esprit s’engourdir et perdre ses capacités.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Maintenant : pourquoi le jogging, qui est apparu en Nouvelle-Zélande au début des années 60, s’est-il répandu dans le monde entier jusqu’à devenir une mode importante dans les années 70, et pourquoi cette mode n’est-elle jamais passée et persiste 40 ans plus tard? Pourquoi le jogging n’est-il par apparu plus tôt, et pourquoi en fait-on encore aujourd’hui?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bien sûr, c’est parce que le monde avait changé, et que le jogging est une réponse à ce changement. Dans les décennies précédentes, les voitures, les machines et le travail cérébral se sont imposés. Il est devenu courant de vivre sans avoir besoin de faire des efforts physiques. Les conséquences désastreuses sur la santé sont apparues peu à peu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au temps de Maria Chapdelaine, il aurait été absurde de faire du jogging. La vie à la ferme à l’époque des chevaux impliquait des efforts physiques constants, alors… L’exercice physique était inévitable. Le monde a changé durant le vingtième siècle, et particulièrement dans les années 50. Ajoutez quelques années, et les maladies cardio-vasculaires ont commencé à faire des ravages. D’où le jogging. Le monde avait changé, donc il a fallu s’adapter en faisant de l’exercice régulièrement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Supposons maintenant que Nicholas Carr, l’auteur de l’article dont je parlais au début, a raison et qu’Internet a sur notre esprit les mêmes conséquences désastreuses que la voiture et le travail cérébral ont eues sur le corps. Des gens qui ont passé beaucoup de temps sur Internet, et qui pouvaient lire un livre pendant des heures, sentent maintenant leur attention disparaître après deux pages. Certains anciens grands lecteurs ne lisent plus de livres car c’est devenu trop pénible. Leur capacité de concentration a fondu à cause des années à naviguer sur Internet. Que va-t-il se passer?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La capacité de concentration prolongée étant une composante importante de l’intelligence, on peut supposer que ces personnes vont être désavantagées par rapport aux gens qui lisent toujours beaucoup de livres… qui font de l’exercice mental, finalement. Et c’est ainsi que les gens qui « s’entraînent » en lisant romans ou essais deviendront favorisés par rapport aux autres, qui seront de plus en plus superficiels et auront de la misère à absorber des problèmes en profondeur et à y réfléchir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On essaie de vous faire croire que lire un roman papier est archaïque? Au contraire, vous êtes en avance : vous faites du jogging mental, une activité qui deviendra à la mode dans une dizaine d’année et qui est destinée à augmenter sa capacité de concentration et à lutter contre les effets néfastes d’Internet sur le cerveau. Vous et moi en faisons déjà, par pur plaisir… Ce qui m’inspire un slogan : Lisez « Sonate en fou mineur », ça protège votre intelligence! &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-7038198799768548826?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/7038198799768548826/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/07/jogging-mental.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/7038198799768548826'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/7038198799768548826'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/07/jogging-mental.html' title='Jogging mental'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-3463331017421662744</id><published>2009-07-05T07:50:00.005-04:00</published><updated>2009-07-05T08:04:56.246-04:00</updated><title type='text'>Les bibliothèques</title><content type='html'>&lt;p align="justify"&gt;Depuis aussi loin que je peux me souvenir, je rêve d’habiter une maison à l’architecture incompréhensible, pleine de couloirs, de recoins et même de passages secrets, dans une contrée brumeuse et accidentée. J’aime les livres et j’aime les bibliothèques. Dans cette maison, la bibliothèque serait l’une des pièces importantes : grande, avec des boiseries sombres, de hautes fenêtres, et des murs couverts de livres du plancher au plafond.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je crois que ce rêve sort droit des romans anglais que j’ai lus lorsque j’étais très jeune et qui ont imprégné mon esprit. D’autres auteurs le partagent. La maison de Francis, dans « Le maître des illusions » de Donna Tartt, ressemble pas mal à celle dont je rêve, avec sa bibliothèque aux boiseries gothiques, aux rayonnages vitrés, à la cheminée de marbre, au plafond avec fresques et médaillons.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans la réalité, je ne me suis jamais approché d’une telle maison, encore moins d’une telle bibliothèque. Le seul endroit qui y ressemble est celle de mon ancienne école primaire, du moins si j’en crois mon souvenir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je n’ai jamais remis les pieds dans cette école depuis le jour où j’en suis sorti, encore enfant, même si je suis passé des centaines de fois devant, car elle se trouve à deux blocs de chez mes parents. Il me semble que les couloirs sont immenses, mais je les trouverais peut-être rétrécis si j’y pénétrais car c’est moi qui ai grandi. Mes souvenirs sont flous. D’étranges laboratoires de chimie remplis de matériel démodé, parce que l’école servait autrefois à des étudiants plus âgés. Une classe avec un miroir sans tain qui cache une petite pièce pour observateur discret. Le buste du père Querbes dans l’entrée. La «&amp;nbsp;grande salle » où nous avons assistés aux premiers pas de l’homme sur la lune, en fixant une énorme télé noir et blanc juchée sur une structure métallique à roulettes… Les grenouilles de la façade, peinturlurées par les élèves avec la permission de la direction, sont-elles toujours là? Je ne les regarde même plus quand je passe devant. La bibliothèque est le clou de mon souvenir et j’ai souvent rêvé d’y retourner : immense, à l’échelle des corridors, sombre, remplie de vieux livres me semble-t-il… Un peu sinistre, comme les bonnes bibliothèques le sont parfois, peut-être parce qu’on sent que la plupart des livres ont été écrits par des morts. La bibliothécaire, qui s’appelait Laurette et qui était féroce, contribuait à rendre l’endroit sinistre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je regarde une photo de mon amie Valérie, qui date de cette année où les hommes ont marché sur la lune et où nous étions de jeunes enfants dans la « grande salle », assis sur nos chaises de bois, en train de regarder la télévision noir et blanc sans comprendre l’importance de l’événement, et les yeux me piquent. Nous sommes encore là mais nous avons tellement changé que cette époque a disparu. Mes grands-parents sont morts, mes enfants sont nés. Le monde s’est transformé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un jour, peut-être, je réussirai à retourner dans cette bibliothèque, ou à en construire une qui lui ressemble. Hélas, je ne pourrai jamais retourner en arrière, ni faire revenir les morts ou rajeunir les vivants. La poussière est redevenue de la poussière, la cendre de la cendre, c’est le cercle de la vie et nul ne peut y échapper.&lt;/p&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-3463331017421662744?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/3463331017421662744/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/07/les-bibliotheques.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/3463331017421662744'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/3463331017421662744'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/07/les-bibliotheques.html' title='Les bibliothèques'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-4064260684902261936</id><published>2009-06-28T08:28:00.008-04:00</published><updated>2009-06-28T09:01:47.251-04:00</updated><title type='text'>Bons et mauvais romans</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;On parle souvent de « bons » et de « mauvais » romans avec le ton qu’on prend en parlant de la couleur d’une auto ou du nombre d’étages d’une maison : comme d’un fait. La réalité n’est pourtant pas si simple…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsque j’avais seize ans et que je lisais tout ce qui me tombait sous la main, j’ai été enragé par un recueil d’histoires de Rudyard Kipling. Je ne l’ai pas seulement trouvé mauvais, j’ai éprouvé de la haine pour ce livre au point d’avoir envie de détruire mon exemplaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’était une série d’histoires mettant en scène des anglais dans l’Inde de la colonisation. Des histoires molles et sans structure, sans surprises, et absurdes au niveau du comportement des personnages. Tout ceci raconté par un auteur qui « dit » à peu près tout et ne «&amp;nbsp;montre » rien, et qui a le regard d’un anglais colonisateur de la fin du dix-neuvième siècle, un regard qui frôle parfois le sexisme et le racisme d’assez près. Je ne voyais aucun intérêt aux histoires, je les trouvais écrites n’importe comment, et leur auteur me paraissait ignoble.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une douzaine d’années plus tard, vivant à Stockholm et ne parlant jamais français, je tombe sur une vente de livres usagés où il s’en trouve un en français : le livre de Kipling que j’ai tellement détesté. Comme il ne coûte que quelques sous, je l’achète quand même, pour le plaisir de lire dans ma langue. Et donc, je le relis.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À ma grande stupeur, je le trouve excellent. La plupart des histoires me touchent et me paraissent maintenant remplies d’une délicieuse profondeur psychologique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’une d’elle parle de deux sœurs en âge de se marier, et d’un homme qui les courtise. Personne ne sait laquelle il préfère, mais tous s’en doutent, puisque l’une des sœurs est adorable et que l’autre ne l’est pas. À seize ans, la suite me paraissait d’une profonde insignifiance. Mais à vingt-huit ans, je comprenais que l’homme puisse hésiter entre les deux sœurs et qu’il puisse choisir la moins agréable, et je comprenais encore mieux qu’il se fiance pendant une tempête de sable (et se trompe de sœur!).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Autre exemple : l’histoire d’une femme mal mariée, qui attend le retour de son ancien fiancé, celui qu’elle aurait dû choisir. Hélas, il est malade et meurt en chemin. Ce n’est qu’un cadavre qui lui arrive. À seize ans, cette histoire m’exaspérait car je la trouvais remplie d’idioties : la femme était idiote de s’être mal mariée, l’autre était idiot de mourir en chemin, et le plus idiot de tous était l’auteur, qui racontait cette histoire dépourvue de sens. À vingt-huit ans, le sens était clair : on ne peut pas toujours faire les bons choix, ni revenir en arrière après d’être trompé, et la vie est parfois bien cruelle. Le conte me touchait en illustrant ceci.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À seize ans, tout était blanc ou noir. Les relents de racisme et de sexisme présents dans certaines histoires me prouvaient que Kipling était un salopard. À vingt-huit ans, je l’excusais en raisonnant qu’il était le produit de son époque et de sa culture, et que sa compassion évidente pour les femmes et les « indigènes » de ses histoires le rachetait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Maintenant, la question : « Simples contes des collines », par Rudyard Kipling, est-il un bon ou un mauvais livre? Il serait facile pour moi de vous dire qu’à seize ans je n’étais qu’un jeune sot et que c’est un bon livre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ou je pourrais vous dire qu’à vingt-huit ans, j’avais des attentes tellement basses que ma surprise a faussé mon jugement, et que le plaisir de lire en français a accentué cette erreur. Si vous lisez une belle histoire d’amour, vous l’apprécierez encore plus si vous souffrez du manque d’amour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avais-je raison, à vingt-huit ans, de pardonner à Kipling son sexisme et son racisme? Je ne sais même pas si je serais aussi généreux aujourd’hui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À seize ans, j’avais une opinion bien arrêtée sur la manière d’écrire des nouvelles : l’auteur devait « montrer » et non « dire », le narrateur devait éviter tout bavardage, et l’histoire devait être bien construite et se terminer par une chute inattendue. Kipling faisait l’inverse. À vingt-huit ans, j’étais pas mal plus tolérant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les qualités objectives d’un livre et sa valeur sont bien difficiles à mesurer car nous les voyons à travers notre subjectivité. Un « bon » livre, c’est d’abord une rencontre entre les qualités d’un livre et l’état du lecteur au moment de sa lecture : sa personnalité, ce qui l’intéresse, ses opinions, sa vision de la littérature, son état d’esprit… Je préfère donc penser que j’avais raison à seize ans comme à vingt-huit, et que ce livre est à la fois un bon et un mauvais livre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D’ailleurs, tout le monde a fait l’expérience de recommander un roman qu’on adore à une personne qu’on adore… Le résultat n’est pas toujours celui qu’on prévoit. Est-ce que ça veut forcément dire que quelqu’un se trompe? &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-4064260684902261936?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/4064260684902261936/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/06/bons-et-mauvais-romans.html#comment-form' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/4064260684902261936'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/4064260684902261936'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/06/bons-et-mauvais-romans.html' title='Bons et mauvais romans'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-7289946939933977955</id><published>2009-06-21T10:04:00.005-04:00</published><updated>2009-06-21T15:10:38.819-04:00</updated><title type='text'>Nouveau roman</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Dans ce &lt;a href="http://www.vanityfair.com/politics/features/2009/05/new-york-times200905"&gt;palpitant article&lt;/a&gt; (qui démolit Arthur Sulzberger, le patron du New York Times), l’auteur parle de la manière dont la caméra a transformé le théâtre. En résumé :&lt;br /&gt;1. le théâtre existait&lt;br /&gt;2. la caméra est arrivée&lt;br /&gt;3. on a fait les premiers « films » en filmant mécaniquement des pièces de théâtre&lt;br /&gt;4. on a commencé se servir des possibilités que le nouveau médium apportait (par exemple en variant les plans et en travaillant le montage)&lt;br /&gt;5. une nouvelle forme artistique est née : le cinéma (ce qui n’a pas empêché le théâtre de continuer de son côté).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’auteur fait un parallèle avec les journaux. Ils existaient sous forme imprimée. Internet arrive. On a donc mis les journaux sur internet d’une manière qui ressemble beaucoup à leur forme imprimée. Mais cette forme va évoluer et devenir quelque chose de nouveau, quelque chose que nous n’avons pas encore trouvé. (Ajout personnel : s’ils ne crèvent pas avant.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Autrement dit : le médium influence le contenu, mais cette influence prend du temps à apparaître.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Faisons un parallèle avec le roman : il existe depuis des centaines d’années sous forme « livre imprimé ». Je pense, et j’espère, que cette forme va demeurer, car lire un roman à l’écran me semble beaucoup moins agréable que sur papier. Je suis en train de relire «&amp;nbspLes diaboliques&amp;nbsp», de Jules Barbey d’Aurevilly, dans l’édition des classiques Garnier. J’aime cette édition à la couverture jaune, j’aime ce livre, qui a une cinquantaine d’année. Je n’aurais pas le même plaisir à relire ces nouvelles sur un écran ultra-moderne… surtout que je passe mes journées devant un écran.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, qu’on le veuille ou non, internet et les médias électroniques sont là. Comme le théâtre, comme les journaux, le roman va être touché par ce nouveau médium. Il s’y retrouve déjà. Certains romans sont déjà disponibles sur internet, et ceci ne peut qu’augmenter, même si le roman-papier continue à exister. Que va-t-il se passer? Est-ce que la forme de ces romans à l’écran va évoluer, sous l’effet de nouvelles possibilités offertes par le médium, et qu’un nouveau roman va apparaître? Un véritable « nouveau roman », pas comme les niaiseries cérébrales sorties en France dans les années 60, mais une nouvelle forme de l’écriture romanesque?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si ce parallèle est exact, nous nous trouvons au stade équivalent à celui des pièces de théâtre filmées : il n’y a pas grand chose de nouveau. Certains blogues se retrouvent en librairie sous forme de livre, c’est vrai, sinon il y a le « faux blogue fictif » qui est apparu et qui est presque une nouvelle forme de fiction : un blogue qui raconte une histoire supposée être vraie du style « je suis victime d’inceste », sauf que l’auteur ment. Tout est inventé, même si les lecteurs n’en ont pas été avertis. Le progrès, ici, semble surtout au niveau de l’hypocrisie. Ça marche parce que les gens sont encore un peu naïfs, mais je doute que ça continue longtemps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai l’impression qu’il existe des idées qui ne demandent qu’à apparaître… mais quelles sont-elles? Ce n’est pas en ajoutant des hyperliens dans tous les coins qu’on va faire un roman intéressant, d’accord. Alors, même si le roman-papier demeure très populaire, un « nouveau roman » apparaîtra-t-il? Si oui, comment sera-t-il? La question est ouverte! Suite dans les prochaines années...&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-7289946939933977955?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/7289946939933977955/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/06/nouveau-roman.html#comment-form' title='11 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/7289946939933977955'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/7289946939933977955'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/06/nouveau-roman.html' title='Nouveau roman'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>11</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-1650988153250068206</id><published>2009-06-14T08:50:00.004-04:00</published><updated>2009-06-14T08:59:37.163-04:00</updated><title type='text'>Horaire de travail</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;On me demande souvent ceci : « Comment peut-on écrire un roman en travaillant à temps plein? » Cette question, j’ai mis des années à y répondre. Adolescent, quand je débutais dans l’écriture, j’ai vu à la télévision l’entrevue d’un auteur qui écrivait à l’aube. Chaque jour, très tôt le matin, avant d’aller travailler, il se levait pour écrire. J’ai toujours détesté me lever tôt et, en entendant cette confession, j’ai ressenti une énorme pitié pour ce pauvre homme. Se lever le matin pour écrire avant d’aller travailler, à moitié endormi encore alors qu’on aurait préféré dormir plus longtemps comme les autres! Il fallait être fou! Sa vie m’a paru la plus triste et la plus pathétique du monde. Jamais je ne ferais ça, j’ai pensé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Qui était-il? Je me souviens qu’il était Noir, et qu’il avait écrit un recueil de nouvelles. Est-ce que ça pouvait être Émile Olivier, qui a justement publié un recueil de nouvelles à cette époque? L’intervieweur était Réal Giguère, et je me rappelle de son rire étrange, qui résonnait dans son menton gras, lorsqu’il a demandé à son invité si l’inspiration venait le rejoindre à cette heure.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette question m’a beaucoup intéressé. À cette époque où j’étais très jeune, je voyais l’écriture un peu comme la pêche : l’auteur attendait non pas que le poisson morde, mais que l’inspiration survienne, et quand elle arrivait il devait se dépêcher de transcrire ses phrases sur du papier. Le problème, c’est que l’inspiration était bien capricieuse dans mon cas. Je ne savais jamais quand elle allait venir, ni combien de temps elle allait rester. Au gré de ses visites, j’écrivais de petits bouts de textes qui auraient été bien difficiles à transformer en roman. Même mes nouvelles étaient longues à terminer à cause des caprices de cette maudite inspiration.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avec les années qui ont passé, j’ai fini par apprendre comment la dompter. Il faut adopter une routine : se mettre au travail toujours à la même heure, dans les mêmes conditions, et se forcer à écrire. Comme disait Marcel Aymé : « Elle finit toujours par venir ». Comme je travaillais à temps plein, j’ai essayé d’écrire la fin de semaine. Mais après cinq jours au bureau, ça me prenait tout le samedi pour me remettre dans le bon état d’esprit, et ce n’était que le dimanche que je redevenais productif. Dans mon cas du moins, écrire est comme le vélo : il ne faut pas arrêter de pédaler trop longtemps, sinon je tombe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai essayé d’écrire le soir. Mais après ma journée de travail, j’étais crevé, et quand j’ai eu mon premier enfant, c’est devenu absurde. Il ne restait qu’une possibilité…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et c’est ainsi que, moi qui ai toujours détesté me lever tôt, j’ai commencé à le faire avant tout le monde : à cinq heures du matin. Après une douche et un café, je mets de la musique et m’installe à mon clavier, pour deux heures d’écriture avant de commencer la journée… exactement comme l’écrivain Noir dont je trouvais la vie si pathétique. Et ça marche. C’est comme ça que j’ai écrit « Sonate en fou mineur ». Je ne sais pas pour les autres, mais pour moi c’est la seule manière d’écrire.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-1650988153250068206?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/1650988153250068206/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/06/horaire-de-travail.html#comment-form' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/1650988153250068206'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/1650988153250068206'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/06/horaire-de-travail.html' title='Horaire de travail'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-4643511054933490221</id><published>2009-06-07T07:45:00.004-04:00</published><updated>2009-06-07T08:00:04.078-04:00</updated><title type='text'>Je frôle le burn out</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Vous l’avez peut-être remarqué : la cadence des textes sur ce blogue a diminué depuis un mois. Pourquoi? Tout simplement parce que je suis passé par une période de fatigue extrême. En écrivant &lt;a href="http://eloipare.blogspot.com/2009/03/vie-de-fou-et-roman.html"&gt;ici&lt;/a&gt; que le burn out était devenu courant, je ne croyais pas si bien dire. Ces dernières semaines, j’ai failli en faire un, et je crois l’avoir évité de justesse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comment est-ce que je me sentais? Toujours fatigué, mais quand je me couchais je n’arrivais pas à dormir, tandis que le matin je n’arrivais pas à me réveiller. Je n’avais jamais envie de me lever. Mon énergie avait disparu, et quand je marchais, il me semblait parfois avoir de la misère à avancer, comme si quelqu’un me retenait. Je voyais tout en noir, au point de ne plus lire le journal parce que les nouvelles me décourageaient trop.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Même mes activités favorites ne me procuraient plus de plaisir. Tout était vide de sens, tout était laid, comme si les égouts avaient débordé et que ce qui m’entourait était recouvert de boue. Jour après jour, cet état d’esprit ne me quittait pas, et j’ai commencé à me sentir mal d’avoir mis deux enfants dans ce monde. J’avais de la peine pour eux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je l’avais un peu cherché. Mon travail est stressant et épuisant, et avec « Sonate en fou mineur » qui est sorti en février, j’ai consacré la totalité de mes temps libres à me faire connaître en oubliant de m’amuser. Au début, j’étais nourri par les réactions positives de mes lecteurs, mais à force de se répéter ces réactions ont perdu leur effet. Au lieu d’être galvanisé quand un lecteur était enthousiaste, j’étais déçu quand il ne l’était pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai vu des gens faire un burn out et je sais que c’est sérieux. J’ai ajusté ma vie, en commençant par des heures de sommeil régulières, et surtout, en m’accordant beaucoup de temps pour me reposer et pour des loisirs. J’ai écouté la très bonne série brésilienne « City of men » qu’un collègue des plus sympathiques m’a prêté il y a quelques temps. Je n’avais pas pris le temps de le faire à cause de mon roman.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Rien ne s’est passé pendant quelques jours, puis, un dimanche, durant une promenade, j’ai réalisé que la lumière était belle et que la vue des arbres me faisait du bien. C’est le premier signe que j’ai eu que j’avais évité le pire. J’ai commencé à mieux dormir, mon énergie est revenue et mon optimisme aussi. Ouf! Je crois avoir frôlé un précipice dans lequel j’aurais pu tomber. Si j’étais allé un peu plus loin, j’aurais pu en avoir pour des mois ou des années à m’en remettre.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-4643511054933490221?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/4643511054933490221/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/06/je-frole-le-burn-out.html#comment-form' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/4643511054933490221'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/4643511054933490221'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/06/je-frole-le-burn-out.html' title='Je frôle le burn out'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-4500849095423294479</id><published>2009-05-10T09:02:00.002-04:00</published><updated>2009-05-10T09:10:13.831-04:00</updated><title type='text'>La petite fille</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Il y a des années, j’habitais Stockholm. J’étais installé en banlieue, dans une espèce d’équivalent à Blainville appelé « Vallentuna », et je travaillais en ville. Chaque jour je prenais le train, un vieux train plein de charme qui mettait 50 minutes pour atteindre le centre-ville, et j’en avais encore 25 pour me rendre au travail en métro.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les trains suédois sont silencieux, les passagers discrets. Comme des millions de banlieusards sur la planète, je lisais, je rêvais, ou j’observais gens autour de moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les sièges de ces vieux wagons étaient des banquettes opposées deux à deux. Un soir d’hiver (à Stockholm, le soir commence très tôt en hiver), une mère et sa fille se sont assises sur la banquette devant moi. Leur comportement était étrange et je me suis mis à les observer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La petite fille avait une dizaine d’années, et par tout son être elle dégageait un sentiment : le désespoir. Sa mère était assise à ses côtés, et elle aussi montrait un sentiment : l’indifférence. Elle ne s’occupait pas de sa fille. Au lieu de la rassurer, elle la regardait le moins possible, et avait l’air de s’ennuyer. Lorsqu’elle lui parlait, elle ne semblait pas penser ce qu’elle disait. Sa voix était dédaigneuse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La petite avait des taches de rousseur et de belles dents blanches. Elle avait peur, très peur. Qu’est-ce qui pouvait l’effrayer ainsi? Sa mère paraissait s’endormir. Elle avait une trentaine d’années et était habillée dans un style artiste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle était assise de manière à se détourner de sa fille, alors que sa fille était tournée vers elle, et ça crevait le cœur de voir cette manière de se tenir et d’entendre la mère signifier à sa fille, par sa voix indifférente et ses phrases molles : laisse-moi tranquille.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Par les questions de la fille et les réponses évasives de sa mère, j’ai fini par comprendre qu’elles se rendaient chez des gens, peut-être les grands-parents, où la fillette allait habiter un certain temps. C’était ça qui l’effrayait : elle sentait que sa mère l’abandonnait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette mère faisait-elle une dépression? Était-elle narcissique, égocentrique? Sortait-elle d’un divorce qui l’avait fait rejeter sa fille? Était-elle devenue incapable de s’en occuper?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À un arrêt, la mère s’est levée, elle a dit quelques mots à sa fille, et elle s’est éloignée vers la sortie. C’était leur destination. La petite fille ne s’était pas préparée à descendre. Elle s’est dépêchée à ramasser ses affaires, puis elle a couru vers la sortie. Mais le train repartait. On a entendu un hurlement : la fillette criait. Elle était encore dans le train qui l’emportait, elle n’avait pas eu le temps de descendre. Sa mère était sur le quai. Tout de suite, un homme a crié, le train s’est arrêté en catastrophe, et la petite fille a pu le quitter.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce qui est terrible avec la souffrance des enfants, c’est qu’elle est tellement... totale. Se faire abandonner par sa mère dans ce train, c’était comme la mort. Ce cri de la fillette, c’était le cri d’une personne qui allait tout perdre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Des mois plus tard, j’ai revu la petite fille dans ce train. J’ai eu de la misère à la reconnaître. Elle dégageait maintenant un autre sentiment : le bonheur. Elle était avec une classe qui faisait une sortie, tenait une pomme dans laquelle elle a croqué, et regardait ses amis avec un sourire à vous faire fondre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’imagine qu’elle avait fini par trouver ce dont elle avait besoin.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-4500849095423294479?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/4500849095423294479/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/05/la-petite-fille.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/4500849095423294479'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/4500849095423294479'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/05/la-petite-fille.html' title='La petite fille'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-4800438336136867981</id><published>2009-05-03T08:43:00.002-04:00</published><updated>2009-05-03T08:52:38.949-04:00</updated><title type='text'>Triomphe de l'idéalisme</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Pour le meilleur et pour le pire (et, demandez à mes proches, c’est souvent pour le pire), je suis un idéaliste. Je voudrais que tout soit parfait : tout le monde devrait être heureux, gentil, poli, personne ne devrait souffrir, la beauté devrait nous entourer, les méchants être châtiés, etc. Au fond de moi se trouve un être bon et naïf qui ressemble à Tintin, et ce petit Tintin est constamment déçu par la réalité : rien n’est parfait en ce monde, bien sûr, je l’ai appris petit à petit. Lorsque j’étais enfant, je l’ignorais. À 10 ou 11 ans, je pensais que tout devait être parfait, et je pensais aussi que les gens pourraient facilement l’être si seulement ils se forçaient un peu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aujourd’hui, je suis un idéaliste-réaliste : j’aimerais que tout soit parfait, mais je sais que c’est impossible (sauf dans l’art). Cet idéaliste-réaliste est loin de l’idéaliste que j’étais à 11 ans. Comparé à celui que j’étais, je suis maintenant une épave de l’idéalisme. À 11 ans, j’étais un vrai, un dur, un pur idéaliste. À 11 ans, j’étais un homme au niveau idéalisme, alors que je ne suis qu’un enfant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À 11 ans, je voyais tout en noir et blanc. Pas de couleurs, pas de gris, pas de nuances, juste des blocs de noir et des blocs de blanc. Seule une façon de se comporter était acceptable, et je ne comprenais pas que tant de gens agissent autrement. Comment pouvait-on faire la guerre ou ne pas aimer Harmonium? Voter pour un parti politique autre que celui de mes parents? Divorcer, faire souffrir des animaux, jeter des papiers par terre devant chez nous, aimer les armes ou kidnapper des gens? Comment pouvait-on fumer?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oui, je le savais à 11 ans, la cigarette n’aurait pas dû exister, et c’était de la faute de tous ces gens qui fumaient sans réfléchir. Pourquoi fumer? Ça sentait mauvais, ça ne donnait rien sauf le cancer du poumon, et ça coûtait des sous qui auraient pu mieux servir, par exemple en achetant des cadeaux aux enfants pauvres. Si j’avais pu être le dictateur du Québec, personne n’aurait eu le droit de fumer. Hélas, je n’étais pas le dictateur du Québec, et les fumeurs se trouvaient partout. Il y en avait même un dans ma famille : mon père.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Eh oui, mon père fumait. Plus incompréhensible encore, il ne fumait pas la cigarette. Son cas était horrible : il fumait d’atroces petits cigares qui sentaient vraiment très mauvais. C’était avec ces choses malodorantes qu’il s’infligeait le cancer du poumon.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À cet âge, je découvrais la vie, et j’en étais rendu à un chapitre très intéressant : les farces et attrapes. Un ami avait trouvé un magasin sur Saint-Hubert où on vendait tous les classiques : bombes puantes, poil à gratter, poudre à éternuer, et pétards à cigarette. Ces pétards étaient des bâtonnets blanchâtres longs de 5 ou 6 millimètres, vendus dans une minuscule boîte de carton qui imitait un paquet de cigarettes. Je le sais, car j’en ai acheté. Et, une nuit, tel un jeune robin des bois, motivé seulement par la quête du bien et par son triomphe, je me suis glissé hors de ma chambre jusqu’au veston de mon père. Dans le noir et le silence, tandis que toute la famille dormait, j’ai sorti de la poche intérieure sa boîte de cigares, une boîte de métal rouge et dorée, et j’ai placé un pétard dans un des cigares.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Seul le bien de mon père me motivait. Cette opération ne visait qu’à le convaincre d’arrêter de fumer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À l’époque, on pouvait fumer partout. Mon père travaillait dans une tour du centre-ville, dans une salle immense, avec des dizaines et des dizaines de personnes, chacune dans un bureau à cloison. Le lendemain, une explosion a retenti à cet étage. Les employés se sont précipités vers le bureau de mon père. Assis à sa place, il tenait le moignon de son cigare : quelques centimètres. Le reste avait explosé. Je crois me rappeler que sa figure était noircie par la suie (maintenant que j’y pense, ces pétards n’étaient peut-être pas très sécuritaires), et je suis certain qu’il semblait assez ahuri.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’étage entier riait, sauf une personne : un collègue de mon père. Cet homme était triste en pensant à l’effroyable punition que j’allais avoir, car lui-même avait eu un père très sévère. Je tiens aujourd’hui à le rassurer : le bien triomphe parfois. Je n’ai même pas été puni, et mon père a cessé de fumer. Bon, ça lui a pris quelques années, mais il a fini par arrêter, et je suis certain que mon pétard a joué un rôle pour le convaincre de ceci : fumer peut être dangereux. Aujourd’hui, toujours pas de cancer du poumon! Pour une fois, l’idéalisme a triomphé.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-4800438336136867981?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/4800438336136867981/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/05/triomphe-de-lidealisme.html#comment-form' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/4800438336136867981'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/4800438336136867981'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/05/triomphe-de-lidealisme.html' title='Triomphe de l&apos;idéalisme'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-1770521202910203983</id><published>2009-04-26T07:49:00.008-04:00</published><updated>2009-04-26T08:14:14.878-04:00</updated><title type='text'>Un taxi la nuit</title><content type='html'>&lt;div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il y a quelque chose de spécial avec Montréal.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je sais bien que la ville n’est pas la plus belle, qu’à l’échelle mondiale elle n’est pas spécialement importante, et que si certains de ses habitants écrivaient son guide touristique, aucun étranger ne voudraient la visiter, sauf peut-être pour en admirer les nids-de-poule. Beaucoup de montréalais ne voient rien de valable autour d’eux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Montréal a pourtant quelque chose de spécial. Ce quelque chose, je l’ai perçu durant mes cinq ans en Europe. J’habitais Stockholm, une des plus belles villes au monde, disent les Suédois avec fierté. Les Suédois s’installent souvent à l’étranger pour travailler quelques années, et c’est eux qui m’ont appris ce fait étonnant : quand on vit à l’étranger (pas quand on voyage, mais quand on s’installe pour vivre comme les locaux), le gros choc culturel ne se passe pas au départ. C’est au retour, en revenant chez soi, qu’on l’a. Parce qu’on voit « son » pays et « sa » ville avec des yeux différents.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour les Suédois, ce retour en Suède n’est pas toujours l’expérience la plus agréable…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En revenant au Québec, j’ai été frappé par la laideur de Montréal. L’espèce de chaos que j’ai vu dans une autre ville réputée pour sa laideur : Bruxelles. Ce sont des villes où tout le monde a pu construire n’importe quoi à n’importe quel endroit, alors la plus belle des rues peut être défigurée parce qu’un quelconque crétin a construit au milieu une maison en blocs de ciment peints en orange (ça coûtait moins cher et ça lui plaisait).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai été frappé par notre côté « relax ». Dans le métro, lorsque j’étais de retour et que je voyais tout avec des yeux nouveaux, j’avais été effaré devant un bonhomme recouvert d’un survêtement adidas rouge. Je ne me souviens plus de ce qui était si étrange dans son survêtement, seulement de mon ahurissement, et de la pensée qui m’était venue : « Jamais je ne verrais ça à Strockholm ». J’ai été frappé par nos autocritiques effroyables : ces gens qui, comme des complexes d’infériorité vivants, répètent que nous seuls sommes assez stupides pour avoir certains problèmes alors que j’ai vu les mêmes problèmes en Suède. Mais surtout, j’ai été frappé par quelque chose d’indéfinissable que je ne ressentais pas à Stockholm : une espèce de « faim » culturelle, une espèce d’urgence de vivre, de folie… Montréal n’est peut-être pas la plus belle, mais c’est une ville qui a une âme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un livre décrit bien cette âme : « Un taxi la nuit », par Pierre-Léon Lalonde.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pierre-Léon Lalonde est un chauffeur de taxi qui raconte des anecdotes collectées durant ses nuits de travail : la gothique suicidaire ridiculisée par ses amis, la vieille hippie qui perd son CD dans le lecteur détraqué du taxi, le client menaçant qui se calme après que Lalonde lui parle de Hell’s Angels et qui oublie un couteau en partant, la vieille dame qui se croit généreuse en donnant un pourboire de 25 sous, le réfugié rwandais complètement perdu expédié de Toronto… La jeune cliente qui pleure un chagrin d’amour… La pute usée, qui a vécu une vie horrible et qui est pourtant sereine… Le remorqueur rapace, qui sort le taxi d’un banc de neige pour mieux le laisser dans un autre, puis qui demande en riant à être payé de nouveau… Le client atteint de paralysie cérébrale, presque impossible à comprendre, et qui s’avère un homme sensible et intelligent, venu de Trois-Rivières pour un spectacle de Georges Moustaki… L’écrivaine réputée… La toxicomane détruite, ex d’un célèbre criminel, qui sort de l’hôpital après avoir raté son suicide et qui doit montrer sa liasses de 20 dollars pour se faire embarquer… La jeune étudiante pleine de rêves qui arrive de Vancouver…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme une mosaïque, ces histoires simples et courtes produisent effet complexe lorsqu’elles sont mises ensemble.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vous demanderiez à cent conducteurs de taxi de tenir un blogue et vous auriez cent blogues sans intérêt. Si cet homme-là réussit à être prenant, c’est peut-être à cause de ses qualités : tolérance, créativité, intérêt pour les marginaux, attirance pour la culture, la grande comme la plus authentique, faite de graffitis et de fleurs qui poussent dans le béton. Il voit des choses que les gens ordinaires ne voient plus. Et il est doué avec les mots.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_Ar3GfZ6X8j8/SfRMxtP8CTI/AAAAAAAAABM/rPO5ltgCO9s/s1600-h/livre-un-taxi-la-nuit.gif"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5328968675929884978" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; WIDTH: 142px; CURSOR: hand; HEIGHT: 177px" alt="" src="http://1.bp.blogspot.com/_Ar3GfZ6X8j8/SfRMxtP8CTI/AAAAAAAAABM/rPO5ltgCO9s/s320/livre-un-taxi-la-nuit.gif" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_Ar3GfZ6X8j8/SfRNdLAHvJI/AAAAAAAAABU/V91cNR6KCFE/s1600-h/couv-taxi_T-II_150px.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5328969422650981522" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; WIDTH: 137px; CURSOR: hand; HEIGHT: 179px" alt="" src="http://2.bp.blogspot.com/_Ar3GfZ6X8j8/SfRNdLAHvJI/AAAAAAAAABU/V91cNR6KCFE/s320/couv-taxi_T-II_150px.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Il adore son métier. Lorsqu’il reprend du service après une pause pour s’occuper de sa mère, il jubile.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vivre dans une ville, c’est accumuler de petites expériences, et « Un taxi la nuit » est exactement cela. Le portrait de Montréal qui en ressort donne une image très juste de cette « âme » qui me manquait tant quand j’étais à Stockholm…&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-1770521202910203983?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/1770521202910203983/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/04/un-taxi-la-nuit.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/1770521202910203983'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/1770521202910203983'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/04/un-taxi-la-nuit.html' title='Un taxi la nuit'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_Ar3GfZ6X8j8/SfRMxtP8CTI/AAAAAAAAABM/rPO5ltgCO9s/s72-c/livre-un-taxi-la-nuit.gif' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-3705738854085108647</id><published>2009-04-19T08:50:00.006-04:00</published><updated>2009-04-19T09:09:32.103-04:00</updated><title type='text'>Blues littéraire et rock littéraire</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Tout le monde sait que la musique rock descend en droite ligne du blues. Les Rolling Stones ont pris leur nom d’une chanson de Muddy Waters, de très nombreux classiques rock étaient des classiques de blues, comme &lt;em&gt;Back Door Man&lt;/em&gt;, composé par Willie Dixon pour Howlin’ Wolf (qui a d’ailleurs enregistré un excellent disque avec les musiciens des Rolling Stones), et Led Zeppelin a été influencé par Robert Johnson de toutes les manières possibles, pressant ce citron jusqu’à reprendre la trouvaille du jus qui coule le long des jambes… Je pourrais aligner les exemples à l’infini.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Si le rock ressemble énormément au blues au point de vue formel, le résultat donne un effet très différent. Pourquoi? Le blues est de la musique dépouillée, simple, hypnotique on pourrait dire, alors que le rock privilégie autre chose : l’excitation. Dit autrement : le rock est d’abord et avant tout une musique excitante, alors que le blues n’est pas plus excitant que le jazz ou la musique classique. Dans ces formes musicales, l’excitation vient du plaisir qu’on éprouve. Le rock est excitant par lui-même, par les choix artistiques qui le définissent et qui le distinguent du blues.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Écoutez &lt;em&gt;Travelling Riverside Blues&lt;/em&gt; : l’original de Robert Johnson, puis la version de Led Zeppelin. C’est la même chose et pourtant ce n’est pas du tout la même chose. La voix claire de Robert Plant a une touche qui hérisse, comme un écho du bruit d’ongles qui crissent sur un tableau noir, les riffs de Jimmy Page sont rapides et joyeux, « la bête » (Bonham) ne pourrait pas cogner plus fort sur sa batterie ni être plus agressif… Et c’est ainsi que le rock a toujours flirté avec la violence, et que pour un chanteur rock, fausser très légèrement peut devenir une qualité.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Appliquons ce parallèle à la littérature. Dans ce qu’il a peut-être fait de mieux (une vingtaine de nouvelle et A M&lt;em&gt;ovable Feast - Paris est une fête&lt;/em&gt;), Hemingway a fait quelque chose qu’on pourrait qualifier de blues littéraire : simplicité formelle, répétition de mots simples, phrases courtes produisant finalement une espèce d’effet hypnotique… Même sa manière de s’inspirer du quotidien pour ses histoires rappelle le blues.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Si Hemingway a fait du blues littéraire, qui donc a fait du rock littéraire? De la littérature rendue excitante par sa forme, par le traitement de l’auteur, par ses choix artistiques? Jack Kerouac et les très belles pages sur le « it » dans &lt;em&gt;Sur la route&lt;/em&gt;? Ou, mieux encore, le début des &lt;em&gt;Anges vagabonds&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Desolation Angels&lt;/em&gt;, repris par Bad Company comme titre d’un album raté)? Charles Bukowski dans &lt;em&gt;Women&lt;/em&gt;?&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;Les particules élémentaires&lt;/em&gt; est peut-être un roman extraordinaire (et extraordinairement déprimant), un des meilleurs que j’ai lu sur notre époque, on ne peut pas dire que la technique utilisée produit un effet d’excitation (ce qui n’a pas empêché Houellebecq de jouer au chanteur rock). Il donne plutôt envie de se suicider, ou, dans mon cas, de devenir moine.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;Le tambour&lt;/em&gt;? Philippe Djian, période &lt;em&gt;Bleu comme l’enfer&lt;/em&gt;? Dos Passos? Le roman policier noir américain, peut-être? Dashiell Hammett, Raymond Chandler? Tous les imitateurs plus ou moins décadents qui en ont découlé?&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Nous baignons dans le rock depuis tellement longtemps que cette forme musicale est proche du cliché. Elle ne pouvait qu’influencer une armée d’écrivains. Mais il me semble que personne n’a vraiment réussi à faire l’équivalent. Pas encore. Ou un auteur dont j’ignore l’existence y serait-il parvenu?&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-3705738854085108647?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/3705738854085108647/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/04/blues-litteraire-et-rock-litteraire.html#comment-form' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/3705738854085108647'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/3705738854085108647'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/04/blues-litteraire-et-rock-litteraire.html' title='Blues littéraire et rock littéraire'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-5180369341514812294</id><published>2009-04-12T13:42:00.006-04:00</published><updated>2009-04-12T14:06:30.218-04:00</updated><title type='text'>Ma grand-mère</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;J’ai parfois l’impression d’être un alpiniste sur le flanc d’une montagne, perdu dans le brouillard, qui essaie de monter sans trop savoir où aller. Il n’y a pas si longtemps, j’étais l’équivalent littéraire d’un mendiant : un écrivain sans éditeur. Aujourd’hui, j’ai avancé d’une centaine de mètres : je suis nouvellement publié, l’auteur inconnu d’un roman inconnu : « Sonate en fou mineur ». Si j’ai choisi ce chemin et si je me retrouve ici, ce n’est pas uniquement à cause de mes efforts. De nombreuses personnes m’ont aidé au cours de ma vie, m’ont influencé, m’ont guidé. Ces personnes m’ont « fait », comme chacun de nous est façonné par tellement de gens rencontrés et d’expériences vécues.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Françoise, ma grand-mère maternelle, a joué un rôle important dans ce que je suis. Elle adorait lire. Non seulement j’étais l’aîné de ses petits-enfants, mais j’étais un enfant qui adorait lire. Elle me donnait souvent des cadeaux : des livres comme « L’île au trésor » ou « Les contes de Grimm », qu’elle aimait m’acheter et dont je me délectais.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Ma grand-mère était une conteuse, et j’ai des tas de souvenirs incroyables des histoires incroyables qu’elle nous racontait. Quand j’étais enfant, elle était encore très active. Je me souviens d’être avec ma petite sœur et elle dans sa voiture décapotable, les cheveux au vent, alors qu’elle fonçait vers sa maison des Laurentides, une maison remplie de livres, et qu’elle nous gavait de pastilles contre le mal de gorge parce que nous les aimions comme des bonbons. Le lien spécial, qui unit souvent un enfant et un grand-parent, nous unissait. J’ai ce souvenir étrange : entrer avec elle dans une usine et nous rendre devant une immense porte, d’où sort un souffle de froid et un homme habillé d’un scaphandre, comme dans « Le trésor de Rackham le Rouge », et repartir avec des boîtes de crème glacée. Un membre de sa famille avait possédé une laiterie, et je suppose qu’elle y avait encore ses entrées. Elle avait été courtisée par un poète avant de se marier, un « cavalier » comme elle disait. Le poète était devenu connu, et on trouve des lettres à ma grand-mère dans ses œuvres complètes. Née à la mauvaise époque, elle avait été limitée par son statut de femme, mais elle ne parlait jamais de cela.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Certaines de ses histoires étaient moins crédibles que d’autres, par exemple celle de la librairie où tout avait été vendu pour presque rien. « Les enfants poussaient des cris de joie, soupirait-elle. Ah, si tu avais été avec moi! » À cause de ce rabais gigantesque, elle aurait pu m’acheter ce que j’aurais voulu. Cette histoire-là, je n’y croyais pas vraiment. Une librairie qui vendait ses livres pour une fraction de leur valeur? Ça devait être de vieux livres, je me disais, ils ne m’auraient pas intéressé, et puis c’était impossible.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Je suis devenu adolescent et, un jour, en sortant de l’école, j’ai été entraîné par un ami dans une librairie sur Van Horne : « Lidec ». Je me suis retrouvé dans un entrepôt rempli de livres, et j’ai réalisé avec stupeur que tout était en solde à 60% de rabais, tous ces livres neufs. Les gens se bousculaient. Des chariots se trouvaient dans les allées et ils croulaient sous les livres. J’en ai pris un qui m’intéressait, et une femme hystérique m’est tombée dessus et me l’a enlevé des mains. Ces chariots ne contenaient pas de livres à placer sur les rayons, mais servaient aux clients à ramasser ceux qu’ils allaient acheter.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Je n’étais qu’un jeune adolescent. Un rabais de 60% était miraculeux, mais j’avais très peu d’argent. Je me suis promené entre les rangées, et qui est-ce que je rencontre? Ma grand-mère Françoise! Le conte improbable s’était réalisé de nouveau, elle m’a donné des sous, et je suis rentré chez moi avec un sac bien rempli.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Ma grand-mère est morte depuis des années, après être devenue sourde, elle qui adorait la musique. Moi, je suis au milieu de ma vie et je viens de publier mon premier roman. Si je suis ici, c’est beaucoup grâce à elle. D’une certaine manière, par ce que je fais, je continue son existence et perpétue ce qu’elle m’a enseigné. Et je me dis que peut-être elle n’a pas disparu, mais elle se trouve en quelque part, sous une forme quelconque, et est consciente de ce que je fais… Après tout, cette possibilité n’est pas plus improbable que l’histoire de la librairie où les enfants poussaient des cris de joie parce que tout était vendu pour presque rien…&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-5180369341514812294?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/5180369341514812294/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/04/ma-grand-mere.html#comment-form' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/5180369341514812294'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/5180369341514812294'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/04/ma-grand-mere.html' title='Ma grand-mère'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-2487893065981505792</id><published>2009-03-30T09:58:00.002-04:00</published><updated>2009-03-30T10:00:50.470-04:00</updated><title type='text'>Vie de fou et roman</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Ma vie est une vie de fou, et je suis entouré par des gens qui vivent une vie de fou. Notre monde est devenu un monde de fou, et sans doute que vous, cher lecteur qui lisez ces lignes, en vivez une aussi.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Le monde du travail est devenu épuisant. Corrompus par la course au profit à tout prix, certains employeurs choisissent de surmener leurs employés de manière, raisonnent-ils, à maximiser leur investissement. Un employé qui a trop à faire ne perd jamais son temps, n’est-ce-pas? Sa productivité n’est-elle pas au maximum? Ce raisonnement provient de gens qui passent leur temps à discuter de cette question fondamentale : comment faire monter les profits des prochains mois. Pour eux, l’avenir se termine à la fin de l’année financière. C’est ainsi que le burnout devient courant, les congédiements incompréhensibles aussi (un salaire de moins = plus de profit). Certains employés finissent par avoir tellement de choses à faire qu’ils ne savent plus par où commencer. Épuisés à l’avance, ils se disent : à quoi bon me défoncer? Le tas d’urgence ne diminuera pas de manière perceptible… Eux-mêmes ne verront pas de différence.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Il m’arrive de penser au monde des années 50, si bien décrit par Michel Tremblay dans « Les chroniques du Plateau Mont-Royal ». Ça pourrait aussi bien être l’Afrique. Comme cette existence devait être reposante, je me dis… Ce monde a disparu. La seule façon que j’ai de le retrouver, à part par la lecture, c’est de pénétrer dans une église.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Ma vie au bureau est un bombardement : dès que j’arrive, on me tire dessus, à coup de courriels, d’appels téléphoniques (la moitié vont sur la boîte vocale, sur laquelle je n’ai pas mis mon message personnalisé parce que je n’ai pas eu le temps de lire le document de trois pages), de questions de mes collègues, et de réunions. Ajoutez à ce mélange les urgences et les escalades des clients, et vous avez de quoi virer fou.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Je me plonge dans un problème, le téléphone sonne, je me retrouve plongé dans un deuxième en essayant de me souvenir du premier, un courriel arrive et je tombe dans un troisième, un collègue vient me voir et j’en récolte un quatrième… À cinq, ma tête n’arrive plus à suivre. Le citron est pressé et n’a plus de jus, tandis que j’essaie de me redonner de l’énergie en buvant un café (mauvaise idée), en mangeant du chocolat (autre mauvaise idée) ou en allant marcher dehors (enfin une bonne idée). Je n’écoute pas de musique au bureau, mais beaucoup de mes collègues le font, peut-être parce que nous sommes parqués dans des bureaux à cloisons et que le bruit nous dérange.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Mais ça, c’est ma deuxième vie de fou : ma vie professionnelle. Ma première vie de fou commence au réveil des enfants. Le plus jeune ne veut pas aller à la garderie, et il faut lui courir après dans toute la maison pour l’habiller de force. Bien sûr il n’aime pas ses vêtements et il se déshabille dès qu’on a le dos tourné ou alors il se flanque sa tartine de confiture en plein sur le chandail. Le plus grand a besoin d’aide pour ses devoirs qu’il avait oublié de finir la veille, ou il faut signer la feuille pour la sortie qu’il avait oubliée de nous donner et qu’il ne retrouve plus, tout en cherchant le livre d’anglais qu’il ne retrouve pas non plus (la feuille était dedans), ce qui le fait paniquer… Quand je l’accompagnais à l’école, c’était tellement comique : un matin sur deux, on arrivait en courant, moi qui galopais avec la poussette, mon autre fils à mes côtés, juste avant que la porte se referme… entourés par de nombreux parents et enfants dans la même situation.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Comment apprendre à un enfant à se concentrer sur ses devoirs quand la personne qui lui conseille ceci l’aide en préparant le souper, en s’occupant du petit frère, en notant les choses à faire sans faute dont elle se souvient subitement et en répondant à la porte et au téléphone?&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Je suis écrivain « dans mes temps libres », ce qui fait que je n’ai plus de temps libres. Le seul moment que j’ai trouvé pour écrire, moi qui déteste me lever tôt, c’est à l’aube : avant ma vie de fou. Le soir, en revenant du bureau, je me couche en même temps que mes enfants. Fini, les loisirs, sauf la musique que j’écoute en écrivant.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Quand on se dépêche, on oublie de penser à long terme. Les compagnies sont obsédées par le profit des prochains mois et elles s’achètent les unes les autres. Les coupures d’emploi, « rationalisations » et autres réorganisations sont courantes, tandis que la technologie transforme nos vies. Internet a tout changé, et pourtant c’est quelque chose de récent. Et c’est ainsi que ma mère n’a pas encore appris à écrire un courriel, et j’essaie de lui expliquer que je fais connaître mon roman avec Facebook…&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Fatalement, lorsque j’écris le matin, à l’aube, après une douche pour essayer de me réveiller, en buvant le premier café de la journée et en écoutant du rock, je suis influencé par cette vie. Tout cela a un impact dans ma manière d’écrire et dans ma façon de concevoir le roman. La vision de Balzac, tellement logique, analytique, qui peut ressembler à la décortication d’une société, me paraît venir d’un autre monde. Un monde plus proche des années 50 que des années 2XXX, même si les années 50 sont beaucoup plus proches de nous à l’échelle du temps.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Pour un créateur, ce changement dans notre façon de vivre est une chance : ça rend l’écriture pertinente, même si tout a déjà été dit. Oui, tout a été dit, mais le monde a tellement changé qu’il faut le dire d’une nouvelle façon.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Quel serait l’intérêt d’écrire comme Flaubert ou Chateaubriant? À quoi bon lire une copie du passé écrite en 2XXX? Mais comme le monde a changé, le roman doit changer aussi.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Écrire comme Balzac en 2XXX serait tout aussi étrange que de composer de la poésie en alexandrins. Au mieux, ce serait une approche excentrique très différente de celle de Balzac. La pire attitude possible était la mienne quand j’ai commencé à écrire : penser que Balzac a fait le roman ultime, que tout n’est que dégénérescence depuis, et de l’imiter en croyant accéder au roman supérieur… Même chose avec Proust, Joyce, ou tout autre géant du passé.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Après tout, bien écrire est souvent un acte révolutionnaire…&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-2487893065981505792?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/2487893065981505792/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/03/vie-de-fou-et-roman.html#comment-form' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/2487893065981505792'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/2487893065981505792'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/03/vie-de-fou-et-roman.html' title='Vie de fou et roman'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8821057325080248901.post-4003365984998122995</id><published>2009-03-29T13:22:00.000-04:00</published><updated>2009-03-29T13:23:50.545-04:00</updated><title type='text'>Ce qui me tracasse</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;J’aime lire, j’adore lire. Ceci m’a poussé à ouvrir un nombre incroyable de livres et m’absorber dans l’univers de l’auteur. J’aime les bibliothèques, les librairies, j’aime discuter de littérature, j’aime même regarder les gens qui lisent dans le métro. Cette passion pour la lecture m’a poussé vers une deuxième passion : écrire des romans.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je me demande souvent ce qui arrivera à cette passion dans une dizaine d’années. Autour de moi, l’offre de « divertissement » ne fait qu’augmenter, et nous sommes bombardés par des promesses de plaisirs de plus en plus technologiques, de plus en plus faciles et excitants. Les gens que je connais lisent moins. À l’ère des ipods et des MP3, l’objet « livre papier » semble déjà être d’un autre âge, et le papier imprimé comme moyen de communication paraît destiné à suivre le chemin du disque en vinyle. Qu’arrivera-t-il au contenu si l’objet disparaît?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Paradoxalement, nous écrivons de plus en plus. Chaque jour, la plupart d’entre nous s’échangent des dizaines de courriels. Il existe des millions de blogues et ce nombre augmente sans cesse. Internet est basé sur l’écrit et tout doit aller vite. Faire des fautes ou manquer de vocabulaire devient un handicap lourd, et les gens qui maîtrisent mal l’écrit sont pénalisés. C’est ainsi que l’écriture est une activité plus pertinente et plus nécessaire que jamais.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais est-ce la même écriture qu’à l’époque de « Maria Chapdelaine »? Le sens de l’écriture, la manière d’écrire va-t-elle changer? Quelle est la place du roman là-dedans? L’objet physique, le roman imprimé, va-t-il disparaître comme vont bientôt disparaître les journaux imprimés et les CD? Les librairies sont-elles condamnées à fermer? Que deviendront les éditeurs?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lire un roman est une expérience « lente ». Cette forme d’expérience demeurera-t-elle attirante malgré cette lenteur et l’effort qu’on doit y consacrer?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un roman est différent d’un film ou d’un jeu vidéo parce qu’on entre dans la tête de quelqu’un : on a accès à ses pensées, on voit le monde de son point de vue, alors qu’une image cinématographique est toujours extérieure. Cette approche artistique qu’apporte le livre pourra-t-elle être remplacée par autre chose?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Telles sont quelques unes des questions qui me tracassent.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8821057325080248901-4003365984998122995?l=eloipare.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://eloipare.blogspot.com/feeds/4003365984998122995/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/03/ce-qui-me-tracasse_2186.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/4003365984998122995'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8821057325080248901/posts/default/4003365984998122995'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://eloipare.blogspot.com/2009/03/ce-qui-me-tracasse_2186.html' title='Ce qui me tracasse'/><author><name>Éloi</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17243933832847637651</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>2</thr:total></entry></feed>
