samedi 8 mai 2010

La moins mauvaise méthode

Les livres qui me plaisent le plus sont souvent des surprises. Le succès d’une œuvre, les critiques que j’en lis, la quatrième de couverture ou le jugement de mes amis ne m’aident pas tellement à deviner ce que je vais en penser. Presque toujours, je dois l’essayer pour le savoir.

Et combien de fois ai-je mis un livre dans le bac à recyclage en me demandant comment les critiques pouvaient être si positives? Dans les milliers de livres que contient une librairie, il devait y avoir des dizaines que j’adorerais et que j’aurais dû acheter à la place. Mais comment les trouver? La démocratie est le pire des systèmes, à l’exclusion de toute les autres. De même, je crois avoir trouvé le pire des systèmes pour dénicher de bons livres, à l’exclusion des autres. Il s’agit simplement de me rendre dans une bibliothèque bien garnie, de choisir un rayon au hasard dans la section « roman » et d’en prendre quatre au hasard. Ensuite, je me force à en lire 50 pages. Et je ne continue que si j’en ai envie.

Bref, je commence beaucoup et j’abandonne très vite. J’avoue que, jusqu’à maintenant, je triche et je ne choisis pas tout à fait les livres au hasard. J’en regarde une trentaine, et je choisis les quatre qui m’attirent le plus. Mais bon, c’est quand même pas mal au hasard. Et ça donne des résultats : je découvre des auteurs que j’aime et dont je n’avais jamais entendu parler.

J’ai ainsi découvert un auteur dont je n’hésite pas à dire qu’il est un très grand écrivain. Il s’agit d’un romancier albanais. Comment est-ce que j’aurais pu lire un auteur albanais sans cette méthode? Ma connaissance de ce pays se limite à des clichés qui en donnent une image d’arriérés. Pourtant cet auteur me paraît tout à fait moderne par son approche et son écriture. Des ses premières phrases, j’ai été accroché sans comprendre pourquoi.

Cet auteur s’appelle Fatos Kongoli et ses romans sont à la fois littéraires et réalistes, et écrits avec beaucoup de maîtrise technique.

J’ai ensuite réalisé que certaines choses me rapprochent de Kongoli. Comme moi, il a une formation scientifique (il est mathématicien). Son approche est rigoureuse et c’est ce que j’essaie de faire de mon côté. Sa manière d’être réaliste dans l’accumulation des détails et de pencher en même temps vers l’irrationnel et le fantastique m’a toujours attirée, ainsi que l’importance qu’il accorde au rêve. L’intrigue d’un de ses romans, Le dragon d’ivoire, est basé sur un séjour qu’il a fait dans un pays étranger lorsqu’il était étudiant. J’ai vécu une expérience similaire, ce qui me rend plus sensible que d’autres à cette histoire.

Devriez-vous lire Fatos Kongoli? Je vous le conseille, en moins que vous soyez allergiques aux livres littéraires. Mais je vous conseille surtout de vous rendre à la bibliothèque, choisir un rayon, y prendre quatre livres dans la trentaine qui s’y trouvent et en lire 50 pages. À force de répéter cet exercice, vous découvrirez des livres avec qui vous et vous seul avez des atomes crochus. Et ça, c’est un grand bonheur.

11 commentaires:

  1. Tu dis, vous et vous seul avec des atomes crochus, mais à en parler ici, tu devras partager ton amours ;-)

    Euh ... j'ai une petite question. Pourquoi préfères-tu placer les livres que tu n'aimes pas dans le bac au lieu d'aller les porter dans une bouquinerie ?

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  2. Il faudra que je tente l'expérience! Mais je ne crois pas en faire un système comme toi, car j'ai déjà une LAL (liste "à lire") bien étoffée (plusieurs pages) à force de faire le tour des blogues de lecture, et j'aimerais bien la terminer avant de mourir (exploit impossible car elle s'allonge sans cesse...)!

    Mais tu les prends vraiment au hasard ou tu lis les 4e de couverture? Parce que moi je déteste lire les 4e alors ça ne fonctionnerait pas.

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  3. J'aime bien ton idée de piocher des livres au hasard. Je devrais tenter l'expérience! Je dois dire que je « planifie » pas mal mes lectures... je sais d'avance ce que je vais lire. J'ai, comme Grominou, une liste à lire impressionnante qui ne semble pas avoir de fin. D'un autre côté, c'est drôle, mais mes lectures sont souvent motivées par les événements extérieurs: un documentaire ou un film visionné, les saisons, si je suis en vacances ou pas, etc...
    Je suis par contre totalement horrifiée de savoir que tu jettes tes livres au recyclage! Bon, c'est mieux que la poubelle, mais quand même...

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  4. >Les livres qui me plaisent le
    >plus sont souvent des surprises.
    C'est la sagesse qui parle ici. Il faut cesser de s'en remettre qu'aux critiques ; ayons un peu plus confiance en nous bordel !

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  5. @Venise et Allie: j'ai l'impression de me faire tirer mes (belles) oreilles virtuelles par vos doigts virtuels. Je garde la plupart des livres que j'achète ou je les donne, très rarement je les vends. La seule exception sont les livres auxquels je ne trouve aucune qualité et ceux-là je les recycle. Je n'ai jamais réfléchi à mes motivations profondes, je crois que je veux tout simplement sortir ces livres de mon existence le plus vite possible... ou alors je ne veux tout simplement pas contribuer à ce qu'un autre ne vive la même mésaventure que moi.

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  6. @Grominou: non, je ne les prends pas vraiment au hasard, je les les quatrièmes de couverture. C'est vrai que ça gâche parfois un peu une lecture, mais dans ce cas ce n'est pas grave car je ne lirais pas ces livres autrement.

    Tu peux toujours adapter cette méthode à l'anéantissement de ta LAL et ne donner qu'une change de 50 pages aux livres. Je sais que c'est cruel car certains livres deviennent excellents après un début laborieux, par contre ça te permet de lire plus de choses, et peut-être même des livres dont tu n'as jamais entendu parler.

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  7. @Bob: c'est bien vrai! J'approuve! Dans mon cas, je me fie de moins en moins aux critiques des grands médias, par contre je me fie beaucoup à certains blogueurs (dont plusieurs qui risquent de lire ces lignes).

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  8. Pour les critiques, je dois dire que je ne me suis jamais fiée à ceux qui en écrivent dans les journaux. Ils parlent de toute façon toujours des mêmes livres, d'une publication à l'autre. Je préfère les blogues, certains libraires (comme ceux de Monet ou de Pantoute) qui ont des blogues, journaux ou autres. On sent qu'ils vont chercher plus loin que le dernier best seller à la mode.
    Je vois, Éloi, que tu abandonnes facilement un roman. Je dois avouer que je fais pareil. Avant, j'avais des scrupules à laisser un livre... mais quand je regarde les milliers d'autres qui me tentent / m'attendent / que je n'aurai jamais le temps de lire, je me dis qu'il vaut mieux occulter ceux qui ne nous plaisent pas!

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  9. @Allie: j'ai suivi le même chemin que toi. Avant, lorsque je commençais un livre, je me sentais obligé de le terminer par égard pour l'auteur. Puis j'ai réalisé que ça m'empêchait de lire des tas d'autres livres que j'aimerais peut-être plus et que c'était dommage pour ces auteurs-là (et pour moi aussi, bien sûr)... Je rêve d'un magicien qui me ferait une PAL contenant seulement les livres qui me toucheraient le plus;-)

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  10. Salut Éloi,

    de mon côté, ma relation avec les livres en est une d'humeur, de goût, de désir. Comme j'aime lire autant les romans que les essais scientifiques, livres d'histoires, je choisis toujours mes livres selon l'"impulsion" du moment en me promenant a fil des différentes sections des librairies (Chapter et Indigo à Montréal; Renaud Bray, Librairie Pantoute et Archambault à Québec). Mais attention! La motivation de l'acte d'achat est différente de celle que je vais avoir pour choisir quel livre je vais lire aujourd'hui.

    Lorsque j'achète je me dis "ça semble intéressant, passionnant" ou "j'aimerais bien découvrir cet auteur ou ce nouveau sujet". Une fois acheté, le livre se retrouve avec tous ceux que j'ai acheté au cours des derniers mois (j'en ai plus d'une vingtaine qui m'attendent!)

    Lorsque que je choisis ma nouvelle lecture, je passe tranquillement mes livres en attentes et là, je me laisse séduire par le livre "qui veut se faire lire aujourd'hui?" Dans quel "mood" je suis?" Et hop, j'opte pour celui qui me sied le mieux à ce moment précis.

    Alors je suis comme "Grominou" et "Allie", mais ils sont physiquement dans ma bibliothèque, couchés, attendant mon bon désir ou mon élan amoureux (sic) pour ce faire découvrir.

    Dites-moi docteur Éloi, suis-je normal?

    Y-a-t-il un psychiatre dans la salle? :-)

    Très bon billet mon cher

    Benoît

    p.s. je suis comme "Bob August", moi les critiques, je ne les vois jamais (ou très rarement)

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  11. Mon cher Benoît, laisse-moi te rassurer. Je ne peux me prononcer au sujet de ta normalité en tant qu'être humain, car j'ignore ce qu'est un être humain normal, mais en tant que lecteur, tu es parfaitement normal, je te l'assure. D'ailleurs... L'appétit n'est-il pas un ingrédient essentiel aux meilleurs repas? Le désir n'est-il pas une des plus belles parties de l'amour?

    Au sujet des critiques : une écrivaine américaine (Rita Mae Brown) a écrit que ce qui fait vendre les livres, c'est le bouche à oreille, et que la fonction des critiques n'est que de remplir de l'espace dans le journal. Je me demande de plus en plus si elle n'a pas raison...

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