dimanche 30 mai 2010

Critiques dangereuses

J’écrivais ici l’autre jour que les bons livres sortent souvent de nulle part. Il y a quelques semaines, je me suis rendu (sur les conseils de mon amie Grominou) au "solde de livres des amis des bibliothèques", me jurant d’être raisonnable dans mes achats puisque mes rayonnages personnels sont remplis et que je m’approche de l’opération d’élagage dont parlait récemment Bob August.

Je n’ai acheté que six livres, pour un dollar chacun, dont deux qui s’avèrent excellents : La symphonie des spectres, de John Gardner, dont le nom me disait vaguement quelque chose, et Je hais les acteurs, de Ben Hecht, dont le nom ne me disait rien du tout. Ce deuxième livre est un roman satirique et délirant sur le Hollywood des années trente, écrit par un homme qui connaît bien le sujet puisqu’il y a beaucoup travaillé comme scénariste.

Voici ce que j’ai lu au début de Je hais les acteurs :

Il y a une chose qui pend au nez de tout le monde, à Hollywood, c’est d’être, un jour ou l’autre, la proie d’une dépression nerveuse. (…) La vérité est que cette activité qui consiste à faire des films, bien que ne réclamant de l’esprit que peu d’efforts, est, de toutes les entreprises humaines, la plus dangereuse pour le système nerveux. Si l’on mettait cinquante mille personnes à fabriquer jour après jour des bulles de savon – et que le monde entier critiquât sans répit lesdites cinquante milles personnes, parce qu’elles font les bulles trop grosses, ou trop de guingois, ou trop biscornues – on obtiendrait médicalement de semblables résultats.

Voilà dans ce livre complètement fou une réponse à la question que je me pose souvent : pourquoi tant de célébrités parmi les acteurs, musiciens, artistes et écrivains se suicident, meurent d’overdose, ou ont des problèmes sérieux d’alcool et de drogue (sans parler des incursions dans l’église de la scientologie).

Dans la vie de tous les jours, venant de n’importe qui, sur n’importe quel sujet, la moindre critique peut faire mal. Il me semble parfois que toute critique fait un peu mal, même si c’est au sujet du souper qu’on a préparé ou de la dernière coupe de cheveux. J’ai connu des gens qui ont fait un burn out ou qui l’ont frôlé. À chaque fois, en plus du stress et du travail exagéré, ces gens devaient endurer une personne perpétuellement mécontente, qui se plaignait d’eux et leur mettait de la pression (souvent le patron, bien entendu). Je n’ose pas m’imaginer ce que ça doit être comme supplice quand les critiques sont publiques et viennent d’innombrables inconnus.

Et même Shakespeare, les Beatles ou Mozart ont leurs détracteurs. Il y a de quoi se mettre en permanence sur le party, non? Pas pour profiter de son succès, comme on se l’imagine, mais pour essayer de dissoudre la pression… si possible.

2 commentaires:

  1. Seulement 6 livres, tu as été raisonnable! Moi ce qui m'a retenu cette année c'est que je déménage, et des caisses de livres c'est déjà pas ça qui manque ici!!! Aussi qu'il faisait une chaleur étouffante dans l'aréna, donc on est resté moins longtemps que par les années passées.

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  2. Oui, j'ai essayé de me limiter aux livres que j'avais envie de lire sur le champ ou à des raretés. C'était une première expérience et je vais sûrement y retourner l'an prochain. J'espère que ton nouveau logement aura assez d'espace pour tous tes bouquins présents et futurs, Grominou;-)

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