dimanche 11 avril 2010

Labyrinthes

Vous vous souvenez de ce film : une mère et son fils qui courent dans un labyrinthe enneigé, poursuivis par un homme armé d’une hache. The shining. Ou cette bibliothèque labyrinthe dans laquelle errent les moines Guillaume de Baskerville et son disciple Adso dans Le nom de la rose. Il y a quelque chose de fascinant dans cette situation : des humains qui sont prisonniers d’un labyrinthe et qui doivent absolument en trouver la sortie.

J’ai moi aussi été pris dans un labyrinthe dont j’ai eu du mal à sortir. J’avais une dizaine d’années et ma famille séjournait dans une maison des Laurentides, derrière laquelle se trouvaient des champs immenses et une forêt inhabitée. C’était l’hiver et j’étais sorti me promener avec ma tante. Je connaissais l’endroit, mais la neige recouvrait tout et uniformisait le décor. Nous étions allés très loin et j’avais fini par me séparer de ma tante. Je m’étais éloigné d’elle pour vérifier si on pouvait passer d’un champ à un autre en traversant un bout de forêt, et je lui avais crié que je rentrerais seul à la maison. Elle m’avait demandé de revenir mais je n’avais pas obéi parce que j’étais certain de retrouver mon chemin.

Il n’y avait que des arbres et de la neige, aucune maison et aucun être humain. Tout était silencieux. Les champs et la forêt étaient couverts de pistes de motoneige sur lesquelles je marchais, car la neige était durcie et ça m’empêchait de m’enfoncer. Ces pistes se croisaient dans tous les sens, sans logique apparente. Je n’entendais aucun moteur, juste le vent, et je ne voyais que des arbres et de la neige.

À cause de la neige, j’avais perdu mes repères, et je m’étais finalement trouvé désorienté, sans idée de la direction à suivre pour retrouver la maison. J’étais perdu. J’avais crié, mais personne ne m’avait répondu. Ma tante était loin. J’avais attendu, le cœur battant, et puis j’avais recommencé à marcher, suivant les pistes, tournant au hasard, sans deviner où aller, de plus en plus angoissé et sans savoir quoi faire d’autre que marcher. La scène était pareille de tous les côtés. Les sentiers que je suivais tournaient sans cesse et se croisaient. J’étais perdu dans un labyrinthe. C’étaient les pistes qui formaient le labyrinthe, un labyrinthe qui s’étendait sur des kilomètres.

Après beaucoup de temps à marcher au hasard et persuadé que je ne faisais que m’éloigner de la maison, j’avais fini par passer un tournant et me retrouver devant elle. C’était la première que je voyais et ça m’avait pris du temps à comprendre que c’était la bonne, que c’était la maison où je passais les vacances. Je ne la reconnaissais pas tellement j’étais persuadé de m’être perdu. Je me croyais à des kilomètres de distance.

Nous nous retrouvons tous, à certains moments, dans d’autres sortes de labyrinthes. Nous traversons des périodes où nous avons perdu nos repères et où nous ne savons plus de quel bord nous diriger, où nous continuons par habitude à chercher une issue. Écrire un roman est parfois un labyrinthe. On a perdu le fil et on continue à avancer en se demandant si ça vaut la peine et si on va retrouver son élan. Lorsqu’on est dans un labyrinthe, il ne faut surtout pas se décourager, mais continuer à avancer, même lorsque l’espoir disparaît, en se disant qu’à force de continuer, une sortie finira par se présenter.

Jusqu’à maintenant, je l’ai toujours trouvée, même si ça a parfois été long.

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