dimanche 24 janvier 2010

Ô temps ! Suspends ton vol !

Certaines personnes sont continuellement en retard, mais ce n’est pas mon cas. Non. Absolument pas. Je ne suis pas continuellement en retard, je suis continuellement, euh, au bord d’être en retard si je ne me dépêche pas… et énervé lorsque je ne dois surtout pas être en retard. Quand ma journée commence par une réunion importante ou si je dois me rendre à un rendez-vous délicat, je calcule la durée du trajet avec précision afin de ne courir aucun risque. Je sépare ce trajet en étape et je mesure le temps de chacune, en bon ingénieur, et j’ajoute dix ou quinze minutes de marge de sécurité. Un ingénieur à son meilleur, donc.

Presque à chaque fois, l’ingénieur à son meilleur se ramasse à stresser par peur d’arriver en retard. En général, ma marge de sécurité m’a rendu comme le lièvre de la fable : j’ai lambiné jusqu’à ne plus avoir de marge de sécurité du tout, par exemple en lisant un bon livre, et alors il m’est arrivé un petit imprévu, genre coup de téléphone de ma mère (que je salue et qui est merveilleuse, surtout quand elle lit ce blogue) ou gants disparus parce que je ne les avais pas rangés à leur place… ou parce qu'ils étaient à leur place mais que je ne m'en doutais pas.

Je passe le trajet plongé dans des calculs complexes pour savoir si je vais arriver à l’heure. Comme je me déplace surtout en métro, les surprises sont rares, sauf quand ce métro qui commence à tomber en ruine a une panne, et alors je compte les secondes en me répétant avec angoisse que je serai bientôt foutu. Il m’arrive de courir de la station au bureau, et j’arrive en sueur à la réunion importante, essayant furtivement de reprendre mon souffle, sans faire de bruit et sans trop ouvrir la bouche. J’ai ma fierté, après tout.

Il paraît que certaines personnes sont continuellement en retard par désir inconscient de rendre leur vie plus excitante. Est-ce mon cas? Mon subconscient trouve-t-il ma vie trop plate? Aurait-il préféré être dans la tête de James Bond et non dans celle d’un écrivain en développement? Je préfère penser que je veux profiter de chaque minute de temps libre et que c'est ce qui me pousse à partir le plus tard possible. Ou alors c’est mon charmant côté artiste qui distortionne joyeusement avec mon non moins charmant côté ingénieur…

Ceci n’est rien comparé au cas d’une personne de mon entourage qui tiendrait à garder l’anonymat si je lui posais la question. Cette personne a une horloge interne de type « alternatif » : lorsqu’elle a l’impression qu’il est quatre heures, il est cinq heures trente, et lorsqu’elle calcule qu’une tâche prendra 20 minutes, c’est qu’elle va en prendre 40. Cette personne n’est bien sûr jamais à l’heure, sauf par erreur. Lorsqu’elle arrive à temps en quelque part, cela cause un étonnement général.

J’ai un jour réalisé que je suis particulièrement en retard à certains rendez-vous : lorsque je vais chez le dentiste. Peut-être que mon subconscient essaie de me distraire de ma peur? Heureusement que je ne suis pas James Bond avec un subconscient pareil, n’est-ce pas? Ça serait beau s'il ne parvenait pas à sauver la planète à cause de ses retards continuels, mais c'est vrai que James Bond n'a peur de rien. Moi, j’ai peur de ma dentiste. Elle me rappelle la sorcière de Hansel et Gretel, mais ce n'est pas sa faute: tous les dentistes me font cet effet. Si mon subconscient essaie de me faire oublier ma peur, ça marche. Je ne fais que penser avec angoisse « Est-ce que je vais arriver à temps? », puis « Ouf, je ne suis arrivé qu’avec quatre minutes de retard, presque personne ne s’en est aperçu » jusqu’au moment où la fraise de la sorcière s’enfonce dans ma dent. C’est pareil pour les entrevues d’embauche. (Message pour mon employeur actuel: non, je ne cherche pas de nouvel emploi, ces entrevues remontent à un certain temps.) Ce qui empire mon cas avec les entrevues, c’est ma difficulté à nouer les cravates. Bien sûr, j’ai un petit papier avec des flèches et des dessins et ça a l’air très facile. Mais quand j’essaie de faire comme sur le papier avec ma cravate, ça se passe mal, après dix essais ratés je m’énerve, tandis que le temps passe et que l’entrevue approche… C’est ce qu’on pourrait appeler le supplice de la cravate.

Rien de mieux que commencer une entrevue en arrivant en retard avec une cravate mal nouée, hein?

Au cégep, j’étais un spécialiste des nuits blanches à faire un travail à toute vitesse en me demandant comment j’avais pu ne pas le commencer plus tôt… Je me souviens de rêver, vers quatre heures du matin, à pouvoir arrêter le temps en pressant le bouton d’une machine diabolique, afin de terminer mon travail pendant que la terre entière se serait immobilisée… Mais est-ce que j’aurais fini le travail? Je serais peut-être allé lire un bon livre.

C’est ça, j’ai trouvé pourquoi je suis si souvent presque en retard, mon honneur est sauf et celui de mon subconscient aussi : c’est parce que j’aime trop la lecture et que je passe trop de temps à lire. Ouf!

4 commentaires:

  1. Et les gens qui arrivent trop en avance? Moi je suis TOUJOURS beaucoup trop en avance, tellement j'ai peur d'être en retard... et finallement c'est moi qui perds mon temps à me tourner les pouces... c'est pas tellement mieux! ;)

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  2. En effet Allie, ça n'a pas l'air beaucoup mieux... Au moins quand je stresse en espérant ne pas être en retard je ne m'ennuie pas;-) Mais je suis sûr que tu es beaucoup plus zen que moi au final.

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  3. Et moi qui pensais être la seule à calculer comment arriver à la possible dernière seconde, après avoir voyagé un métro un livre à la main! Grands sourires à la lecture de ce texte!

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  4. Hi hi merci Lucie! On devrait former un club des gens qui sont comme nous!

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