dimanche 3 janvier 2010

Contamination

Voici un truc de scénariste : pour intégrer un sentiment dans une histoire, on introduit un personnage qui exprime avec force ce sentiment. Rappelez-vous Alien. L’astronaute craintive jouée par Veronica Cartwright répète durant le film que les membres de l’équipage vont tous mourir, qu’ils sont condamnés, elle gémit, pousse des cris, etc. Son rôle est d’ajouter de la terreur au film. Si les personnages d’Alien étaient optimistes et persuadés de survivre, le public aurait eu beaucoup moins peur en attendant leur destruction. En d’autres termes, la peur qu’exprime le personnage se communique aux spectateurs.

Je pensais à ce procédé, l’autre jour, en lisant ce texte de mon collègue blogueur Bob August qui raconte s’être habillé chaudement et avoir passé un agréable après-midi dehors au lieu de se plaindre du froid comme le font beaucoup d’autres. Si la peur du personnage d’Alien se communique à nous, n’est-ce pas la même chose avec l’insatisfaction que manifestent certaines personnes en se lamentant sans arrêt?

Il y a quelque chose d’absurde d’habiter le Québec et de se plaindre de la température. Oui, il fait froid l’hiver, et l’été a des périodes torrides et d’autres pluvieuses. Ça a toujours été comme ça et, en moins que le réchauffement climatique ne change irrémédiablement la planète, ça sera toujours comme ça. À quoi bon se lamenter? Il paraît que les gens se plaignaient moins de la température dans les années 50. Le confort moderne nous a-t-il gâté et l’hiver est-il plus difficile à supporter quand on vient de passer une semaine dans le sud? En moins que les gens malheureux soient plus nombreux qu’avant, que ces gens expriment leur douleur en se lamentant et qu’ils se plaindraient d’autre chose si ce n’était pas de la température?

Lorsque je lis les commentaires de lecteurs de certains blogues très lus, comme ceux de cyberpresse, je suis souvent frappé par le dégoût et le mépris présents dans certaines réactions. Certaines personnes semblent détester tout ce qui les entoure, et ces personnes insultent facilement ceux qui ne partagent pas leur point de vue. C’est pourquoi j’aime beaucoup les blogues littéraires, par exemples ceux d’Allie et de Grominou, parce que les échanges sont polis et respectueux des autres opinions.

Le Québec est loin d’être parfait, mais comme le disait le héros de Jésus de Montréal, nous aurions pu naître au Burkina Faso. Entendez-vous souvent des gens dire que nous sommes chanceux de ne pas être nés au Burkina Faso? Moi, ce que je lis et ce que j’entends, c’est que le Québec est pas mal minable comparé à New York ou à la Californie. Je lisais l’autre jour cet article du New York Times où on a essayé de mesurer le niveau de bonheur des habitants de chaque état américain. L’état de New York était le dernier, la Californie l’un des derniers. Le premier? La Louisiane, qui est aussi l’un des plus pauvres. Les gens obsédés par l’argent sont pourtant légions, et les lamentations à ce sujet courantes. De toute manière, les Américains ne sont pas un modèle à suivre au niveau du bonheur. Les gens les plus heureux de la planète seraient les Danois, et je vous invite à lire cet article qui tente d’expliquer pourquoi…

On est riche quand on est comblé par ce qu’on possède et qu’on ne changerait pas de vie avec plus d’argent, dit-on. Certaines personnes sont riches avec un petit salaire, tandis que d’autres ne seront jamais riches, même s’ils héritent de millions. J’imagine qu’un des secrets du bonheur est ceci : avoir des attentes raisonnables et savoir profiter du verre à moitié vide, parce qu’il ne sera jamais plein.

Quoi de plus triste qu’un enfant gâté devenu adulte et qui pense que tout lui est dû, que rien ne satisfait jamais parce qu’il en veut toujours plus? J’ai rencontré plusieurs de ces cas pathétiques dans ma vie, et ces gens m’ont empoisonné l’existence en me contaminant par leur insatisfaction, comme le personnage d’Alien m’a contaminé par sa peur ou comme les gens qui vomissent dans les blogues me contaminent par leur négativisme. Est-ce la conséquence du matérialisme et de l’individualisme? Les enfants gâtés devenus adultes me semblent de plus en plus nombreux, et les gens aux attentes impossibles aussi.

Voici donc ce que je nous souhaite pour la prochaine décennie : moins de matérialisme, moins d’individualisme, plus de générosité et des attentes raisonnables. Je rêve? Permettez-moi de me laisser aller au délire en ce début d’année. On se plaint souvent la panse remplie, comme me le disait un ami en regardant des photos de cette demoiselle. Et c’est bien dommage.

4 commentaires:

  1. Merci Éloi pour ton billet!

    Je trouve difficile aujourd'hui de voir que beaucoup de gens sont d'éternels insatisfaits. Et il n'y a rien de pire que des gens qui se plaignent tout le temps de tout et de rien pour saper le moral des autres. Pour ces gens-là, il n'y a jamais rien à leur goût. Peut-être est-ce dû, comme tu le dis, à la vie que l'on mène aujourd'hui? La facilité (des déplacements, de l'approvisionnement, des activités, du confort) rend peut-être les gens trop habitués à être choyés qu'ils en oublient le reste et sont contrariés au moindre petite obstacle qui n'est pas à leur goût?

    La température, surtout hivernale, est le grand sujet de conversation des québécois. On le réalise encore plus quand on travaille dans le public. TOUT le monde se plaint de la neige qui tombe, du froid, du vent, de la pluie, alouette!
    Alors que j'ai toujours pensé que pour aimer l'hiver, il fallait commencer par en profiter: sortir de chez soi, bouger, marcher, faire une activité, jouer dans la neige. Ce n'est pas réservé qu'aux enfants! Le jour où les gens comprendront cela, notre hiver sera moins mal aimé ;)

    Ça peut s'appliquer aussi dans toutes les sphères de la vie: le travail, la famille, la consommation, etc. Prendre le temps de vivre et d'apprécier les petites choses quotidiennes que nous offre la vie, au lieu de toujours s'en plaindre, c'est ce que je souhaite aux gens...

    En attendant, je vais moi-même profiter de toute cette neige et du magnifique paysage qu'elle offre! Une belle journée! ;)

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  2. Merci Allie! Qui sait, peut-être y aura-t-il de plus en plus de gens qui pensent comme toi et moi (à ce sujet du moins!) ;-)

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  3. Hé! En plein temps des fêtes, ce billet m'avait échappé! Excellent comme toujours, et merci pour le petit clin d'oeil! C'est vrai que sur les blogues de lecteurs, le ton est presque exclusivement amical, peut-être parce que ces blogues sont dédiés au partage d'un plaisir, la lecture, plutôt qu'aux états d'âmes (chialage) des blogueurs!

    Comme je le disais chez Bob August, j'ai remarqué que les automobilistes se plaignent plus du froid que ceux qui font la majorité de leurs déplacements en transport en commun ou à pied. Peut-être parce qu'ils n'ont que les mauvais côté de l'hiver sans pouvoir profiter pleinement des bons côtés: la beauté de la neige sur les arbres, un air vivifiant... Peut-être aussi simplement parce qu'ils ne s'habillent pas assez chaudement!

    Je trouve que les médias participent beaucoup à cette contamination, puisque chaque petite tempête devient le sujet principal des bulletins de nouvelles et des unes de journaux!

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  4. Je suis entièrement d'accord au sujet des médias, et pas juste pour la météo. Ils ont besoin de nouvelles et surtout de mauvaises nouvelles, ce qui les pousse à les exagérer lorsque l'actualité est calme. J'ai souvent une impression de découragement en lisant le journal et il faut que je rationalise pour la neutraliser. Le comble est lorsqu'ils annoncent une tempête à l'avance, que les écoles décident de fermer et qu'elle n'a finalement pas lieu, comme c'est arrivé il y a quelques années.

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