dimanche 22 novembre 2009

Problèmes de matériel

Je suis un peu fou, c’est vrai. Il faut être un peu fou pour écrire des romans alors que les libraires ne savent plus où les mettre, à s’astreindre à ciseler chaque phrase ou tout recommencer parce qu’on a eu une meilleure idée. Je suis donc un peu fou, la question est réglée.

Un aspect de cette folie concerne le matériel d’écriture. On peut écrire un roman avec quelques dollars de matériel. Stephen King disait que le coût total du matériel pour écrire « The shining » avait été de 4 dollars et cinquante. (Coût du film : $18 000 000.00)

Dans mon cas, lorsque je commence un roman, il me faut le « bon » matériel. Ne me demandez pas pourquoi. La raison est enfouie dans mon inconscient, à côté de mon complexe d’Œdipe et de mes désirs refoulés. (J’imagine mon inconscient non pas comme un dépotoir, mais comme un terrain de jeu, avec mon complexe d’Œdipe en train de sauter à la corde ou de jouer à la marelle avec mes désirs refoulés.)

Lorsque j’ai commencé « Sonate en fou mineur », j’avais besoin d’un cahier pour noter mes idées et je me suis retrouvé chez Renaud-Bray. Je voulais un cahier « Pierre Belvédaire », d’excellents cahiers de 320 pages faits en Italie, à la couverture rigide, aux feuilles épaisses, et qui ressemblent à des livres. Mais lequel choisir? Seules les couvertures unies étaient disponibles à cette époque et il y avait 7 ou 8 couleurs. L’analyse de cette situation a été longue. Quelle couleur convenait au roman? Rouge clair? Noir? Mauve? Après moult réflexions et des regards furtifs derrière moi, pour m’assurer que personne n’avait remarqué ce client bizarre qui comparait des cahiers depuis vingt minutes, j’ai opté pour le brun rougeâtre. Rendu chez moi, l’angoisse me prend. Non, je me suis trompé, cette couleur ne vaut rien pour le roman. Qu’est-ce qui m’a pris de me décider si vite? Quel crétin je suis! Ce qu’il fallait, c’était la couverture vert olive, et il me semble soudain que le roman va être raté si j’utilise autre chose. Je retourne chez Renaud-Bray… et réalise que le seul cahier vert olive qui reste est abîmé. Que pensez-vous que j’ai fait? Eh oui, j’ai fait le tour des succursales, pour finir par trouver mon cahier sur Sainte-Catherine.

Le plus drôle est que je n’aime pas le vert olive, je trouve cette couleur laide et plutôt sinistre. Mais peut-être qu’elle évoque l’ambiance que je voulais mettre dans le roman? À ce moment pourtant, « Sonate en fou mineur » n’était qu’une vague idée, il n’y avait même pas d’asile dans l’histoire, ni de Tristan.

J’utilise beaucoup les produits Clairefontaine. J’achète des cahiers à la reliure en spirale que je défais avec des pinces, j’imprime mes textes sur ces feuilles et je replace la reliure. À une certaine époque, mon fils adorait me voir imprimer des manuscrits. Mon imprimante laser, avec qui j’ai une relation d’amour-haine, fonctionne très bien en petites quantités, mais quand j’imprime des centaines de pages, elle chauffe et les problèmes surviennent : le papier se coince ou arrive en paquet, les feuilles sont mal imprimées… Invariablement, je rage contre l’imprimante, même si je me suis retenu jusqu’à maintenant de l’engueuler personnellement. Beaucoup des pires gros mots que mon fils connaît ont été appris lorsque j’imprimais un manuscrit.

Ou j’achète du papier blanc non relié et je le boudine ensuite. Mais pas n’importe quel papier, bien sûr. Je cherche la « bonne » qualité. La première fois que j’ai vu du papier 32 livres (60% plus épais que le papier normal), je suis rentré à la maison en délirant de joie. Ma blonde a dû subir un long monologue sur les bienfaits du papier 32 livres pour écrire un roman. Dans ces cas-là, elle m’écoute en souriant légèrement et en faisant « Hmmm Hmmmm. » Selon elle, si le papier est plat, c’est suffisant. Depuis, j’ai décidé que l’épaisseur idéale n’est pas le 32 livres, mais le 28 livres, qui n’est que 40% plus épais.

Mais peut-être ne suis-je pas si fou? Peut-être que j’essaie de me mettre dans un certain état d’esprit en choisissant soigneusement le matériel que je vais utiliser, afin de me convaincre que je vais écrire le meilleur roman possible?

J’adore les plumes fontaines, j’en ai plusieurs avec de nombreuses bouteilles d’encre. Et ma table de travail est encombrée par les crayons à mine, stylos à billes, feutres, stylos « gel »… Je voulais récemment des stylos à bille de 7 couleurs différentes, mais pas des couleurs ordinaires. J’ai fini par en acheter une vingtaine à différents endroits avant de garder les 7 meilleurs et de déposer furtivement les autres dans le tiroir de la cuisine. Petit à petit, l’appartement est envahi par les stylos et les crayons.

Et je ne parle pas des post-it. Je suis un junky des post-it, mais pour une raison inconnue de moi-même, j’utilise à peu près uniquement les plus petits. C’est rendu que je ne peux pas travailler sans post-it. Mais pas de vulgaires jaunes, même si je parviens à m’en contenter au travail. Non, il me faut les « bon » post-it. Si quelqu’un sait où trouver des mini post-it marbrés, faites-moi signe.

Tout ça pour finir par taper mon texte à l’ordinateur… toujours le même. Une antique picouille déconnectée d’Internet et qui refuse de comprendre ma clef USB, mais exige des disquettes. Le clavier disjoncte parfois et je dois le secouer pour l’arranger. Pourquoi n’ai-je pas remplacé cette chose par un portable moderne que je pourrais amener partout, ce qui serait bien pratique? La raison est sans doute en train de jouer à la marelle avec mon complexe d’Œdipe quelque part dans mon cerveau…

7 commentaires:

  1. Ah, je ne suis pas si mal...J'ai seulement besoin d'un Moleskine noir, Microsoft Office et d'un crayon feutre... Je dois avoir règlé mon Oedipe...remarque je n'ai toujours pas terminé le premier...:P (30 pages, 30 pages)...

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  2. Raph, tu es un ascète de l'écriture;-) Je m'incline devant ta frugalité (et je note au passage que tu as lâché open office...)

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  3. Ils sont fous ces écrivains...

    Ton histoire de cahier me fait penser au roman de Paul Auster, Oracle Night; l'as-tu lu?

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  4. Je n'ai essayé qu'un seul livre de Paul Auster, Grominou, et ça n'a pas été un succès. Je l'ai détesté. Je ne me souviens même plus du titre, en tout cas ce n'était pas Oracle night. C'est bon??? Je devrais peut-être tenter ma chance de nouveau avec cet auteur...

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  5. J'ai eu un peu de difficulté à accrocher au début, mais après, oui, j'ai beaucoup aimé! Je crois que ça pourrait te plaire...

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  6. J'ai cherché la définition de disquette dans le dictionnaire mais j'ai rien trouvé..... ;-)

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  7. @Bob: Il s'agit d'un objet plat de forme carrée qui était utilisé à l'époque antique de la micro-informatique, avant l'invention des appareils photo numériques et des fichiers MP3, pour conserver les fichiers de données incroyablement petits de cette époque...

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