dimanche 27 septembre 2009

La gloire est une drogue dure

On se suicide beaucoup chez les artistes et les écrivains.

La fin de Nelly Arcan m’a rappelé ce passage de « Tout le monde vous dira non » dans lequel l’auteur énumère quelques-unes des morts tragiques, suicides, overdoses, parmi les vedettes de la chanson. Après avoir rempli une demi-page de noms (et il aurait pu continuer pendant 150), il en conclut : Les plus grandes stars de notre planète sont plus malheureuses que le chanteur que vous avez vu hier en sortant du métro. »

Tout le monde connaît l’alcoolisme de Faulkner, le suicide d’Aquin, la dépendance au whisky et à l’héroïne de Sagan. Et je pourrais continuer pendant 150 pages moi aussi.

Bien sûr, l’écriture attire les écorchés de la vie, qui veulent exprimer leur malaise en espérant s’en débarrasser, et qui rêvent à la gloire comme à un onguent qui calmera leurs blessures.

Mais la gloire est une drogue dure. Il y a les hauts, les éloges, l’adulation, l’attention générale, mais il y a aussi les bas : les critiques assassines, le mépris, les gens qui rejettent un artiste sans le connaître et sans connaître son œuvre.

Les écrivains et les artistes sont des rejets, et il ne peut en être autrement. C’est dans la nature du métier. Tout artiste vit avec le rejet et l’indifférence, à tous les stades de sa carrière, et chacun trouve ses méthodes pour supporter cela.

Si « Tout le monde vous dira non » porte ce titre, c’est parce que l’auteur Hubert Mansion y explique que les artistes qui triomphent sont ceux qui ont été capables de supporter les nombreux refus que tous affrontent avant de percer, qui sont inévitables, et qui se prolongent souvent pendant des années.

Christian Mistral écrivait : « Des lettres de refus, j’en ai accumulé deux grosses enveloppes matelassées bourrées à rompre. Je me promettais d’en tapisser un jour les murs de l’appartement que je me serais payé avec mes droits d’auteur. »

Même au sommet, les artistes se font rejeter. Aucun ne fait l’unanimité. Certaines personnes haïssent les Beatles, d’autres haïssent Mozart, ou Tolstoï, Mankell, Michel Tremblay, Harry Potter, et beaucoup ne se gênent pas pour le dire. On s’imagine que ceux qui goûtent à la gloire sont indifférents aux critiques parce qu’ils reçoivent tellement d’éloges. Mais il semble que les claques font mal malgré les caresses qu’on a pu avoir. Je lisais justement au sujet de Nelly Arcan : « Elle n’avait pas de protection par rapport aux critiques. Quand l’une d’entre elles était mauvaise, même si dix autres étaient excellentes, il n’y avait plus que la mauvaise qui existait. »

Et comment éviter que le succès diminue? Dans le cas de Nelly Arcan, montée trop haut trop vite, son premier roman a été considéré comme fort, et les deux suivants comme faibles, ce qui n’a pas dû être facile à vivre.

La célébrité transforme les humains en personnages. Le public s’imagine tout savoir d’une vedette à partir de quelques traits fascinants et ne se gêne pas pour exprimer ses sentiments – positifs ou négatifs, ils sont toujours exagérés. Je le lisais hier sur internet : pas mal de gens du public, après le suicide de Nelly Arcan, la rejetaient encore et disaient que sa mort ne leur faisait rien – comme s’ils la connaissaient. Les gens qui l’avaient réellement connue décrivaient pourtant une autre personne.

Parce qu’on s’imagine que les vedettes goûtent au paradis, et peut-être par jalousie, le public se donne le droit de rire d’eux (un peu comme ce qu’on a fait subir aux Lavigueur). Ça donne Perez Hilton, et ça donne aussi « Tout le monde en parle ». Je lisais dans le blogue de Pierre Cayouette ici que le dernier passage de Nelly Arcan à cette émission s’était passé de cette manière : « Elle avait été humiliée. L’animateur et le fou du roi avaient décidé qu’ils se payaient sa tête, ce soir-là. Je sais, par des proches, qu’elle en avait été blessée. »

Nelly Arcan avait manifestement des blessures qui dataient de l’adolescence et un horrible vide au niveau de sa confiance en elle, entre autres problèmes. Certains ont dit que l’écriture avait agi comme thérapie et l’avait aidée à vivre. C’est peut-être vrai, mais elle aurait mieux fait de ne pas publier ses livres. La gloire est une drogue dure et il faut être solide pour la supporter…



Note : « Tout le monde vous dira non », qui vient d’être réédité chez Michel Brûlé, est un merveilleux livre qui décrit l’univers du show-business par de nombreuses facettes, ce qui finit par provoquer un éclairage étonnant.

1 commentaire:

  1. LECTRICES RECHERCHÉES

    Pour une étude sur les personnages de femmes représentés dans cinq récits d’autofiction :

    Borderline et La Brèche de Marie-Sissi Labrèche
    Putain et Folle de Nelly Arcan
    Le dégoût du bonheur de Mélikah Abdelmoumen

    Bonjour,

    Je suis étudiante à la maîtrise en communication à l’Université de Sherbrooke. Mon mémoire porte sur les personnages de femmes représentés dans cinq récits d’autofiction et sur la perception qu’en ont les lectrices qui font partie de la « génération X ».

    Je suis donc à la recherche de femmes de 29 à 50 ans pour connaître leurs opinions sur les récits en question, soit Borderline et La Brèche de Marie-Sissi Labrèche, Putain et Folle de Nelly Arcan et Le dégoût du bonheur de Mélikah Abdelmoumen. Que pensez-vous des auteures, de leurs oeuvres et des personnages qu’elles mettent en scène? C’est ce que je cherche à connaître dans le cadre de ma maîtrise.

    Je souhaite réaliser des groupes de discussion ou entretiens collectifs. Ce type d’entrevue se veut convivial. Il ne s’agit pas de réfléchir sur la valeur littéraire des récits, mais de discuter des thèmes qui y sont abordés et qui vous ont touchées. Vous aurez ainsi la chance d’échanger sur des sujets qui vous intéressent avec d’autres femmes de votre génération.

    Pour participer, vous devez avoir déjà lu (dans le passé) au moins un des cinq livres à l’étude. Vous aurez quelques semaines pour lire un autre titre de votre choix avant la tenue du groupe de discussion auquel vous serez conviée, lequel se tiendra dans la région de Montréal entre la mi-juin et la fin juin.

    Vous êtes intéressée? Je serais heureuse de vous donner tous les détails et de répondre à vos questions. Vous pouvez communiquer avec moi à l’adresse courriel suivante :

    karine.bellerive@usherbrooke.ca.

    Au plaisir de vous entendre,

    Karine Bellerive

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