dimanche 5 juillet 2009

Les bibliothèques

Depuis aussi loin que je peux me souvenir, je rêve d’habiter une maison à l’architecture incompréhensible, pleine de couloirs, de recoins et même de passages secrets, dans une contrée brumeuse et accidentée. J’aime les livres et j’aime les bibliothèques. Dans cette maison, la bibliothèque serait l’une des pièces importantes : grande, avec des boiseries sombres, de hautes fenêtres, et des murs couverts de livres du plancher au plafond.

Je crois que ce rêve sort droit des romans anglais que j’ai lus lorsque j’étais très jeune et qui ont imprégné mon esprit. D’autres auteurs le partagent. La maison de Francis, dans « Le maître des illusions » de Donna Tartt, ressemble pas mal à celle dont je rêve, avec sa bibliothèque aux boiseries gothiques, aux rayonnages vitrés, à la cheminée de marbre, au plafond avec fresques et médaillons.

Dans la réalité, je ne me suis jamais approché d’une telle maison, encore moins d’une telle bibliothèque. Le seul endroit qui y ressemble est celle de mon ancienne école primaire, du moins si j’en crois mon souvenir.

Je n’ai jamais remis les pieds dans cette école depuis le jour où j’en suis sorti, encore enfant, même si je suis passé des centaines de fois devant, car elle se trouve à deux blocs de chez mes parents. Il me semble que les couloirs sont immenses, mais je les trouverais peut-être rétrécis si j’y pénétrais car c’est moi qui ai grandi. Mes souvenirs sont flous. D’étranges laboratoires de chimie remplis de matériel démodé, parce que l’école servait autrefois à des étudiants plus âgés. Une classe avec un miroir sans tain qui cache une petite pièce pour observateur discret. Le buste du père Querbes dans l’entrée. La « grande salle » où nous avons assistés aux premiers pas de l’homme sur la lune, en fixant une énorme télé noir et blanc juchée sur une structure métallique à roulettes… Les grenouilles de la façade, peinturlurées par les élèves avec la permission de la direction, sont-elles toujours là? Je ne les regarde même plus quand je passe devant. La bibliothèque est le clou de mon souvenir et j’ai souvent rêvé d’y retourner : immense, à l’échelle des corridors, sombre, remplie de vieux livres me semble-t-il… Un peu sinistre, comme les bonnes bibliothèques le sont parfois, peut-être parce qu’on sent que la plupart des livres ont été écrits par des morts. La bibliothécaire, qui s’appelait Laurette et qui était féroce, contribuait à rendre l’endroit sinistre.

Je regarde une photo de mon amie Valérie, qui date de cette année où les hommes ont marché sur la lune et où nous étions de jeunes enfants dans la « grande salle », assis sur nos chaises de bois, en train de regarder la télévision noir et blanc sans comprendre l’importance de l’événement, et les yeux me piquent. Nous sommes encore là mais nous avons tellement changé que cette époque a disparu. Mes grands-parents sont morts, mes enfants sont nés. Le monde s’est transformé.

Un jour, peut-être, je réussirai à retourner dans cette bibliothèque, ou à en construire une qui lui ressemble. Hélas, je ne pourrai jamais retourner en arrière, ni faire revenir les morts ou rajeunir les vivants. La poussière est redevenue de la poussière, la cendre de la cendre, c’est le cercle de la vie et nul ne peut y échapper.

2 commentaires:

  1. Ahhh... Nous aussi on rève de ça... Une belle grande maison avec des pièces à ne plus savoir à quoi les dédier, mais surtout, une grande bibliothèque... Avec des livres placés tellement haut qu'il faut une échelle à roulette pour y accéder... Menant à une belle terrasse pour lire un roman au soleil en buvant un café. Évidemment, il nous faut aussi des corridors secrets, qui mênent de la bibliothèque à nos appartements...

    Le mieux qu'on a réussi à faire est de se faire construire par un ébéniste des étagères qui s'étendent sur deux murs complets, y installer une petite ambiance médiévale et la remplir de tous ces livres fantastiques où on nous décrit ces chateaux merveilleux...

    Et le corridor pour s'y rendre n'est pas dutout secret... :-D

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  2. C'est drôle, d'après ce que je me souviens de la bibliothèque de l'école, elle était plutôt petite! C'est pourquoi je préférais de loin me rendre à la bibliothèque municipale... C'est amusant comme nos souvenirs peuvent être différents!

    Je me demandais si tu allais parler des grenouilles! Le miroir sans tain! Je l'avais complètement oublié, celui-là!

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