dimanche 11 mars 2012

Mentir et venir de loin

A beau mentir qui vient de loin? C’est plutôt le contraire. Lisez ce qui suit.

J’ai connu Mike à la fin de mes études universitaires. Je m’étais inscrit à un programme d’échanges international et on m’avait expédié à Maribor, Yougoslavie. C’était l’époque du communisme, juste avant l’écroulement du pays et la guerre, et j’ai visité plusieurs endroits détruits par la suite.

C’était juste après Tito, dont le portrait se trouvait partout, et j’ai marché dans l’inévitable musée consacré aux cadeaux reçus du monde entier par le dictateur bien aimé : des salles et des salles remplies d’objets sans importance et surveillées comme un trésor par des soldats en uniforme. Les gens étaient charmants, même si la communication n’était pas facile. Hors de l’université, peu de Yougoslaves parlaient anglais et le français était inconnu. Il fallait se débrouiller par signes. L’état contrôlait tout et les travailleurs n’étaient pas trop motivés. Les magasins ne manquaient de rien mais le choix n’était pas grand. À la fin de l’été, quand je suis retourné à l’ouest, j’ai été ahuri devant les vitrines autrichiennes qui croulaient sous les objets de luxe. Je me sentais comme un homme qui sort d’un jeune et qui mange trop gras et trop sucré. Ça donne mal au ventre quand on en a perdu l’habitude.

En Yougoslavie, certains magasins vendaient des objets importés mais ils étaient interdits aux locaux. Seuls les touristes pouvaient les fréquenter. À certains endroits, deux prix étaient affichés : un prix en anglais et en allemand pour les étrangers et un autre pour les Yougoslaves, indiqué seulement en serbo-croate, dix fois moins cher. L’inflation était épouvantable et le dinar perdait une partie de sa valeur à chaque semaine. La moindre babiole coûtait des milliers de dinars, de plus en plus de milliers à mesure que l’été avançait.

Mais la vie était belle à Maribor, avec le vin à un dollar la bouteille, la résidence universitaire, les étudiants de partout en Europe et même un Argentin qui ne parlait qu’allemand et espagnol. Le travail était facile car il n’y avait rien à faire. Les autorités du pays créaient des stages bidon afin d’augmenter le nombre de places à l’étranger pour leurs propres étudiants.

Il y avait là un compatriote, Mike, qui venait de Windsor (Ontario). Mike m’attendait avec impatience mais on a vite réalisé qu’on n’avait pas grand-chose en commun, excepté notre grand amour du hockey. Il était le seul stagiaire à avoir l’anglais comme langue maternelle et il était aussi le seul que personne ne comprenait. Il parlait vite, prononçait mollement et utilisait un vocabulaire très éloigné des manuels d’anglais. Mike avait deux obsessions : ne pas trop dépenser, car il voyageait avec un budget minuscule, et coucher avec une fille avant la fin de l’été, ce qu’il a réussi à faire à force d’essayer. Une petite Allemande a fini par lui céder, plus par lassitude que pour autre chose. Elle n’en pouvait plus de lui dire non.

Mike décrivait à tout le monde les différences entre le Canada et les États-Unis. Quand les autres m’ont assez connu pour me faire confiance, ils m’ont raconté qu’il les faisait rire tellement il avait l’air américain. « L’an dernier, j’étais dans un autre stage et il y avait une Américaine et une Canadienne, et c’était la Canadienne qui avait l’air la plus américaine » avait ricané un Danois.

J’étais un peu d’accord. Mike ressemblait à une sorte de demi-dieu : 50% de Tom Cruise et 50% de porc. Il avait l’air d’avoir trop mangé de hamburgers, plat qu’il nous a préparé quand il a dû faire un souper canadien. Il a fini par me faire confiance lui aussi et m’a expliqué sa grande frustration. Il racontait trois choses sur Windsor (Ontario), sa ville natale, et personne ne le croyait. Ces trois choses étaient :

1) Windsor est au Canada, proche de Détroit aux États-Unis, mais Windsor est au SUD de Détroit

2) Windsor est au sud d’une grande partie de la Californie

3) [à ma grande honte, je dois confesser avoir oublié la troisième chose sur Windsor que personne ne croyait]

Vous doutez, vous aussi? Consultez une carte!

Plus Mike parlait aux Européens de Windsor (Ontario) et des différences entre le Canada et les États-Unis, moins il les convainquait. Les spectateurs croient à la pièce de théâtre parce qu’ils sont venus pour croire, comme disait Marcel Pagnol. S’ils ne veulent pas voir la pièce, elle leur paraît un texte absurde débité par des idiots. C’était l’effet que Mike produisait.

À la fin de l’été, j’y ai goûté à mon tour. Mike a dit à mon amie : « Eloi n’est pas un vrai Canadien ». C’était supposé être une critique sévère. Hélas pour lui, ça m’a fait plaisir. J’étais content de ne pas lui ressembler.

dimanche 18 décembre 2011

Le livre objet

C’était un roman policier à la couverture bleutée et je n’en connaissais pas l’auteur. Pourquoi est-ce que je l’ai acheté? À cause de son apparence un peu démodée qui lui donnait du caractère? De la première phrase du roman, imprimée sous le titre? Cette phrase m'avait paru curieuse : Il était une fois un homme habitant près d’un cimetière… J’avais quinze ou seize ans, j’étais chez Papyrus, la librairie qui vendait des livres au rabais en face de chez Leméac, librairie disparue depuis longtemps, comme Leméac, Lettre et son, Hermès, les trois autres librairies de ce bout de la rue Laurier qui entre dans Outremont. Maintenant, il n’y a plus qu’un gros Renaud-Bray, installé dans ce qui était à l’époque un cinéma porno, le pussycat. Vieillir n’est pas comme je l’avais imaginé. Je pensais que c’était seulement une dégradation physique alors que ça commence par la disparition du monde de notre enfance : les lieux, les valeurs, les gens.

J’avais quinze ou seize ans et j’ai acheté ce roman policier. Je l’ai lu quelques jours plus tard, un vendredi où j’avais réussi à convaincre mes parents que j’étais trop malade pour aller à l’école. Je n’ai pas pu arrêter avant de le finir, tard le soir, et plus j’avançais, plus j’étais excité. J’étais tombé sur l’espèce enchantée des romans qui envoûtent et qu’on ne peut plus lâcher, un roman policier inhabituel, avec une forte ambiance et un côté fantastique. Garcia Marquez disait qu’il n’aimait pas les romans policiers car l’auteur tord, puis détord. « Tordre est magnifique, mais détordre est décourageant. » Ce roman restait tordu jusqu’à la fin. Et je me promenais dans la maison de mes parents en robe de chambre, mon livre à la main, avide de continuer ma lecture. Sans le savoir, j’avais acheté un classique de la littérature policière, La chambre ardente de John Dickson Carr, titre que j’ai retrouvé il y a quelques années dans une liste de « 30 chef-d’œuvre du roman policier » publiée dans le cahier du salon du livre de Montréal.

Je le google à l’instant. « La chambre Ardente » Dickson Carr. Résultat : 112 000 références…

J’ai lu d’autres Dickson Carr, sans retrouver le même plaisir. J’ai relu La chambre ardente. Pour moi, ce livre est plus qu’une suite de mots. C’est aussi cet objet à la couverture bleutée qui est devant moi en ce moment, imprimé en 1967 dans « Le livre de poche », avec le chat noir hérissé indiquant un roman policier. Les premiers livre de cette collection ont un air démodé qui ajoute à l’ambiance gothique de l’histoire et me rappelle quand j’étais en robe de chambre et que je le traînais partout dans la maison de mes parents. J’aime que la première phrase soit imprimée sur la couverture. Je trouve ça accrocheur, j’aimerais un jour faire pareil.

J’aime l’objet qu’est un livre. Oui, c’est vrai, une bonne partie de ceux que j’achète ne me plaisent pas vraiment et finissent par m’encombrer. J’aurais préféré les avoir sous forme virtuelle pour les effacer sans laisser de trace. Mais j’aime avoir chez moi les livres qui m’ont marqué, tous ensemble dans ma bibliothèque, les uns contre les autres, dans le désordre. Comme ils sont dans ma tête.

La musique s’est dématérialisée et je n’ai pas envie que le livre fasse pareil. Je ne veux pas qu’un roman ne soit qu’une suite de bits décodable seulement avec un appareil. Mon père, qui est beaucoup plus jeune que moi, me dirait que je suis comme un moine copiste en 1460, qui regarde avec méfiance cette nouvelle invention de Gutenberg qui s’appelle l’imprimerie en répétant qu’elle est nuisible car les gens vont moins utiliser leur mémoire et que l’art d’enluminer les manuscrits va disparaître.

Le livre virtuel a des tas d’avantages. C’est écologique puisqu’on n’a plus à utiliser encre, colle ou papier. On peut le télécharger en un instant. Les livres du domaine public ne coûteront rien et les autres devraient être beaucoup moins chers. Actuellement, le libraire prend 40% du prix de vente, le distributeur 15%, la fabrication coûte 10%. Ces 2/3 du prix ne devraient plus exister dans un monde virtuel. Un livre comme le mien, qui coûte 30$ en librairie, pourrait se vendre pour aussi peu que 10$ sous forme virtuelle avec le même profit pour ceux qui restent.

Mais un objet existe davantage. C’est la différence entre un courriel et une lettre. Même si le texte est le même, la lettre a son papier, sa couleur d’encre, sa calligraphie. L’objet a plus de personnalité, il s’impose par sa présence.

Mon père possède un livre intitulé : Rapport du capitaine Pax sur ce qu’il y a de grand et de redoutable dans l’homme, de Joachim Fernau. Je le google à l’instant. Seulement 948 résultats. Il n’est plus en vente depuis longtemps, la bibliothèque de Montréal ne l’a pas, la bibliothèque nationale non plus. En français, ce livre est presque mort.

Et pourtant, il persiste à vivre dans la bibliothèque de mon père. Depuis vingt ans peut-être, il m’intrigue. Chaque fois que je le vois, je me demande de quoi peut traiter une histoire avec un titre pareil. Qu’est-ce qui est grand? Qu’est-ce qui est redoutable? Parfois, je me dis que je devrais écrire ce que je pense qu’il contient avant de le lire, pour voir ce que ça donnerait. C’est ça, l’avantage de l’objet sur le virtuel : sa persistance. Les fichiers s’effacent vite, les formats changent. Les livres de papier vivent plus longtemps et c’est pourquoi ils sont supérieurs.

À la fin des années 50, ma tante avait douze ans et lisait La semaine de Suzette, une revue pour enfants qui publiait un feuilleton : M.P.A. contre cousin Luc. Ma tante aimait trop l’histoire pour attendre les prochains numéros et elle a supplié ma grand-mère de lui acheter le livre. Les années ont passé et elle est devenue biologiste. Lorsque j’ai eu une douzaine d’années, je suis tombé sur ce livre dans la maison de ma grand-mère et j’ai lu cette histoire d’orphelins recueillis par une dame traumatisée par la noyade de son frère et qui habite avec son cousin, que les enfants soupçonnent d’être un criminel.

Aujourd’hui, ma tante est morte, ma grand-mère aussi. M.P.A. contre cousin Luc est dans ma bibliothèque. Je l’ai ramassé à la vente de la maison. Ce livre me rappelle ma grand-mère et ma tante, la maison à Saint-Sauveur et les étés que j’y passais, tous les livres qu’elle contenait, et cette histoire étrange. Il y a trois ans, c’est mon fils qui l’a lu.

Chaque exemplaire d’un livre a une histoire. On ne peut pas en dire autant des fichiers électroniques.

dimanche 30 janvier 2011

Cinq dollars

Lorsque j’étais enfant, j’ai lu un livre dont j’ai malheureusement oublié le titre : l’histoire d’un billet de dix francs (si je me souviens bien) qui se promenait dans un quartier d’une ville de France. Les personnages du livre étaient les gens qui s’échangeaient le billet. Pendant qu’ils le possédaient, le lecteur découvrait qui ils étaient, leurs problèmes et l’importance que cet argent avait peur eux. J’ai retrouvé la même idée dans le film américain 20 bucks, centré sur un billet de vingt dollars. Une scène tirée de cet excellent film (je l’ai vu il y a de nombreuses années alors je ne garantis pas l’exactitude de ce qui suit) : deux adolescents veulent acheter une bouteille d’alcool avec le fameux billet, mais ils n’ont pas l’âge légal. Ils demandent à un inconnu qui va entrer dans le magasin de le faire pour eux. L’homme accepte, prend le billet de vingt dollars, entre dans le magasin, sort une arme, assassine le caissier, vide la caisse, prend une bouteille, ressort, donne la bouteille aux deux jeunes et s’en va. Emportant avec lui le billet de vingt dollars, bien sûr.

J’aime cette idée de billet de banque qui passe d’une main à l’autre, qui est en contact avec beaucoup de gens différents et dont l’importance varie selon la fortune de ceux qui le possèdent.

Je me suis souvenu de ces deux histoires en sortant de chez moi, en novembre dernier, quand j’ai aperçu un billet de cinq dollars sur le sol. Collé au mur de ma maison, petite tache bleue dans le brun des feuilles mortes, il semblait être tombé d’un appartement du haut. Quelqu’un l’avait-il perdu en payant sa pizza? Essayant de deviner comment il avait abouti là, j’ai enjambé la clôture de fer forgé et je l’ai ramassé. Il pleuvait avec force et tout était trempé.

Le billet de cinq dollars qui s’égouttait dans mes doigts, j’ai marché vers le métro en pensant à ce livre de mon enfance et ce film vu il y a des années. Dans quelles mains ce billet était-il passé? À quoi avait-il servi? L’idée romantique de l'utiliser pour un geste spécial m’est venue. Au lieu d’acheter du lait ou du pain, pourquoi ne pas faire quelque chose de mémorable avec ce billet qui, et c’est le cas de le dire, m’était tombé du ciel?

Le problème, bien sûr, c’est que cinq dollars, ce n’est pas grand-chose. Que peut-on faire de spécial avec une aussi petite somme?

En attendant le métro, j’ai essuyé le billet avec un kleenex, je l’ai plié et je l’ai mis dans une poche vide de mon manteau. Durant le trajet, j’ai cherché une idée. La seule qui m’est venue : acheter un livre d’occasion en espérant tomber sur un livre marquant.

Cette idée était plutôt risquée car, pour être franc, je deviens un lecteur difficile. C’est rendu qu’il faut que je lise quinze livres pour en trouver un que j’aime vraiment. Mais que faire de mémorable avec cinq dollars? Je n’ai pensé à rien d’autre. Quelques semaines plus tard, le billet trouvé toujours dans la poche de mon manteau, j’entrais au Colisée du livre, sur Mont-Royal.

Mon plan était de trouver 5 livres à un dollars, afin d’augmenter mes chances de succès, mais ils n’ont presque plus de romans à ce prix. Après une heure, j’avais trois possibilités : Port-Soudan, d’Olivier Rolin, Vandal Love de D.Y. Béchard, et un livre dont je n’avais pas entendu parler mais que j’avais remarqué à cause de son titre : J’ai tué Freud mais il m’en veut encore, de Francine Allard, écrivaine que je connaissais vaguement de réputation mais dont je n’avais rien lu.

Le livre de D.Y. Béchard et celui de Francine Allard coûtaient $4.99, celui de Rolin $1.99. Vandal Love me paraissait un pari plus sûr car j’avais lu des critiques presque délirantes à son sujet. Mais J’ai tué Freud et il m’en veut encore m’intriguait. Que pouvait-il se passer dans un roman qui portait un titre pareil? La quatrième de couverture m’a appris ceci : un psychiatre raconte ses cas à sa femme, qui les répète aux participantes d’un atelier littéraire en prétendant tout avoir inventé, et l’une d’entre elle en fait un roman, dévoilant sans le savoir les secrets d’une femme célèbre, cliente du psychiatre, qu’elle a pris comme personnage principal. Et ce roman devient un succès.

J’ai choisi Vandal Love en me disant que je cherchais un livre mémorable. Je l’ai replacé et je me suis emparé de J’ai tué Freud et il m’en veut encore car une petite bestiole dans ma tête avait commencé à me tourmenter : ma curiosité. Et je me suis rappelé que, l’été dernier, une personne de mon entourage avait lu un livre de Francine Allard et l’avait vanté.

C’est drôle comme les choix qu’on fait viennent souvent d'une série de petites choses.

Eh bien, figurez-vous que j’ai gagné mon pari. J’ai adoré ma lecture. J’ai lu d’une traite J’ai tué Freud et il m’en veut encore, constamment surpris par la tournure des événements, mais convaincu par l’histoire. L’intérêt du lecteur est sans cesse relancé. Le comportement des personnages a beau être parfois déconcertant, voire erratique, on les comprend. Ils sont humains. J’avais l’impression de lire un livre écrit par une personne qui a beaucoup vécu, beaucoup réfléchi, et qui a une personnalité attachante. J’ai su par la suite qu’elle s’était énormément documenté. Une chose est certaine, Francine Allard maîtrise son métier. L’écriture de ce livre témoigne d’une grande virtuosité, développée à force de travail, j’en suis certain.

C’est drôle comme les livres qui nous plaisent sont souvent des surprises.

Comment est-il possible qu’un aussi bon livre ne soit pas plus connu? J’ai cherché sur Internet et, à part une critique élogieuse mais réservée aux lecteurs dans Le Devoir (un petit extrait est repris sur cette page) et celle-ci (tout aussi élogieuse) dans le blogue de Suzan, je n’ai pas trouvé grand-chose. (J’ai su ensuite que ce livre avait été vanté par Voir.)

Il me reste à faire lire ce roman autour de moi, à le faire dédicacer par son auteur dans un salon du livre, et à le mettre dans ma bibliothèque. Et à lire d’autres romans de Francine Allard. Mon billet de cinq dollars aura eu cet effet.

(Épilogue : j’ai fini par lire Vandal Love. Après trente pages extraordinaires, du Garcia Marquez en Gaspésie, le roman m’a paru sombrer dans l’ennui et j’ai fini par l’abandonner. Oui, je sais, je suis un lecteur difficile…)

dimanche 19 décembre 2010

Petits bonheurs technologiques

On vit à une époque formidable.

Bon, d’accord, on ne vit pas à une époque formidable. Depuis trente ou quarante ans, il me semble qu’on a gagné sur certains point (situation de la femme et des gais, fin de la guerre froide…) mais qu’on a perdu sur d’autres (pollution, individualisme, vies stressées, enfants sur le ritalin…). Et sur certaines chose, comme la corruption en politique ou la situation du français à Montréal, on fait du surplace.

En tout cas, on vit à une époque formidable pour les bidules technologiques. Tellement de nouveautés sortent année après année que chacun peut en trouver qui l’excite. Un réparateur de machines à laver la vaisselle m’expliquait il y a un ou deux ans les charmes de son nouveau GPS. On aurait dit qu’il parlait de la vénus de Milo. Je me fous des GPS, mais je serai impressionné quand ils vont conduire à notre place, ce qui va arriver dans dix ans selon un expert en intelligence artificielle de ma connaissance (si vous riez, cliquez ici ou ici). Je ne parviens pas à m’intéresser à la télé HD, malgré les gens estimables que je connais et qui adorent cette chose (je n’ose pas dire « invention »). En fait, je ne parviens pas à m’exciter sur la télé tout court, que je n’écoute à peu près jamais. Je n’ai pas de téléphone « intelligent » (quelle blague, les machines ne peuvent pas être intelligentes puisqu’elles ne pensent pas, du moins pas encore, et surtout pas les téléphones). Mais je n’en reviens pas encore de trouver la réponse à une question en un clic grâce à Google ou de pouvoir mettre l’écriture de toute une vie dans une clef USB.

La nouveauté technologique dont je rêve, c’est une invention qui enverrait quelques sous à l’auteur d’une chanson à chaque fois qu’elle est téléchargée. Notre époque n’est pas généreuse pour les musiciens, et les écrivains seront bientôt dans cette situation à cause des livres électroniques. Côté littérature, je suis très « papier », un texte de blogue est le maximum que j’aime lire sur un écran. C’est peut-être pourquoi l’une des inventions qui m’a le plus excité dans ma vie est l’imprimante laser. Ah, imprimer un texte avec une qualité parfaite! La seule machine qui m’exciterait davantage serait l’imprimante-relieuse, de laquelle sortirait un livre imprimé et relié, comme un livre de poche. Mais bien sûr, c’est une vision très « papier ».

Quoi de plus banal qu’une imprimante laser monochrome? Et pourtant, ça ne fait qu’une dizaine d’années que ces imprimantes sont abordables. J’ai justement acheté l’un de ces premiers modèles abordables. Je n’en revenais pas au magasin, j’ai presque vécu un coup de foudre en la voyant. Une imprimante laser que je pouvais me payer, avec un tiroir pour le papier, comme au bureau! En revenant à la maison, après l’avoir branchée et essayée, j’ai admiré la qualité d’impression presque parfaite. Et je délirais de joie, tandis que ma blonde me regardait avec perplexité.

Maintenant que j’y pense, sa réaction était pas mal proche de la mienne quand le réparateur de machines à laver la vaisselle s'excitait sur les charmes de son nouveau GPS.

Quelques temps après, le fabricant de mon imprimante a cessé de la vendre. J’ai compris pourquoi quand j’ai imprimé mon premier manuscrit, moment où mon fils a appris quelques uns des pires mots qu’il connaît (il les a ensuite enseigné à son petit frère). Ma belle imprimante ne fonctionnait pas aussi bien que prévu. Premièrement, elle était experte dans l’art du bourrage de papier. Mon fils a toujours aimé me voir ouvrir l’appareil par tous les côtés et essayer de retirer la #$%?&* de feuille qui s’était coincée dans les rouleaux, opération souvent très instructive au niveau des pires mots qu’il connaît. Deuxièmement, elle abandonnait parfois son travail au milieu d’une feuille. Après 120 pages correctement imprimées, une feuille blanche à partir du milieu faisait son apparition. J’étais obligé de les examiner l’une après l’autre. Pour un manuscrit de 250 pages, ce n’est pas agréable.

Oui, je sais, il faut s’attendre à ce genre de problèmes quand on achète quelque chose qui vient de sortir.

Avec le temps et avec les manuscrits, j’ai réalisé que les problèmes apparaissaient toujours après 100 pages. Ma belle amie s’échauffait et perdait alors ses moyens. J’ai appris à la laisser refroidir et mon fils a perdu tout intérêt pour l’impression des manuscrits.

J’utilise encore cette imprimante, même si elle a aujourd’hui l’âge d’un dinosaure informatique. Elle est rendue bicolore : le plastique a jauni, et celui du tiroir à papier plus que le reste. De plus en plus souvent, telle une grand-mère qui renverse son gruau, elle parsème les feuilles de taches grisâtres. Les cartouches de toner sont de plus en plus difficiles à trouver. Ça va me faire quelque chose de m’en débarrasser. À force de piquer des colères contre elle puis de lui pardonner, à force de la voir retranscrire mes entrailles (mes manuscrits) sur papier et de ressentir de la fierté en voyant les si belles feuilles, je me suis attaché à elle.

Est-ce que je devrais l’enterrer dans le jardin, comme les poissons rouges de mon enfance?

Oui, j’ai connu la passion dans ma vie. Mais ma relation la plus tumultueuse est peut-être celle qui m’a uni à mon imprimante laser. La technologie fait-elle le bonheur? J’ai presque vécu des moments de bonheur avec cette machine. Presque. Qu’est-ce que notre relation aurait été si elle avait été capable de parler, ce que les imprimantes feront bien un jour, quand les autos se conduiront toute seules? Je l’imagine me dire que c’est normal que les feuilles se prennent dans ses rouleaux étant donné mon style infect et mes problèmes de ponctuation, avant de répliquer aux vilains mots qui plaisent tant à mon fils des injures d’imprimante : « Analphabète! Papier carbone! Faute d’orthographe! Copiste! »

dimanche 7 novembre 2010

Fiction et réalité

Il y a dans mon entourage une personne (il ne lit pas ce blogue) avec qui j’aurai la conversation suivante :

Lui : « J’ai vu le film sur Facebook! Incroyable! Savais-tu que le fondateur de Facebook a… [ici, insérez votre péripétie favorite du film] »

Moi : « Ce n’est peut-être pas vrai. Le film est fictif à 60%. »

Ayant vécu ce dialogue plusieurs fois avec lui, je sais qu’il va me regarder avec un visage inexpressif, changer de sujet, et que je vais l’entendre plus tard raconter à un autre une « histoire vraie » tirée du film.

Eh oui, on en parlait l’autre jour sur l’excellent blogue de Jozef Siroka. Le film The social Network, sur Facebook et son fondateur milliardaire Mark Zuckerberg, ne contiendrait que 40% de vérité. « Je ne veux pas être fidèle à la vérité; je veux l’être à la mise en récit » a affirmé le scénariste. Siroka défend les auteurs en disant que les artistes ne sont pas tenus de respecter la réalité mais de faire le meilleur art possible et que le public est bien naïf s’il va voir un film et s’imagine être informé.

La réalité et l’art ne vont pas bien ensemble. Dans la vie, le détective peut très bien mourir d’une crise cardiaque durant son enquête ou ne jamais trouver le coupable, mais si la même chose arrivait dans le roman policier, l’auteur serait en danger d’accompagner son détective au cimetière suite à la réaction des lecteurs. La fiction contient un certain nombre de lois que l’auteur doit respecter, l’une d’elle étant que le coupable doit toujours être découvert à la fin du roman policier. C’est loin d’être le cas dans la vie.

Une histoire doit avoir un début, une fin et des péripéties, et c’est parce que cette structure est absente que le récit de sa visite chez le médecin que raconte votre grand-maman est si ennuyant… ainsi que les rêves de votre grande sœur. « La vie est une fable racontée par un idiot, pleine de bruits et de fureur, et qui ne signifie rien. » La vie n’a aucun sens, les histoires doivent en avoir un.

Un écrivain qui s’inspire de la réalité doit donner un sens à ce qu’il raconte. Prenons le cas d’un premier ministre du Québec dont le gouvernement battrait des records d’impopularité. Imaginons une histoire sur Jean Charest. On pourrait raconter le drame d’un homme qui n’a pas le talent nécessaire pour occuper son poste. Le décrire comme une personne injustement traitée par les médias et victime d’attentes irréalistes. Un politicien corrompu et détruit par la pourriture qu’il a créée autour de lui. Un naïf, malmené par son équipe. Un obsessif dont le besoin de tout contrôler lui fait commettre énormément d’erreurs.

Toutes ces visions pourraient faire un excellent récit. Mais elles ne sont pas nécessairement vraies. C’est là, je pense, que se séparent la fiction de la biographie. Un auteur qui met en scène Jean Charest a la responsabilité morale de présenter l’image la plus vraie possible. Il doit enquêter sur Jean Charest et montrer fidèlement la réalité qu’il découvrira. S’il s’inspire de lui mais en change plus de la moitié pour faire une meilleure histoire, il n’écrit plus sur Jean Charest. Ça devient malhonnête de présenter ça comme « le film sur Jean Charest ».

C’est là que je décroche de ce qu’on fait les auteurs du film sur Facebook. Oui, ils avaient raison au point de vue artistique d’en changer 60% pour faire un meilleur film, mais ils auraient dû aller au bout de cette logique et changer les noms. Ceci aurait signalé à tous que le film était en très grande partie de la fiction.

Qu’est-ce qui empêchait les auteurs du film d’appeler le personnage principal Joe Watson au lieu de Mark Zuckerberg et le réseau social VirtualFriendship? Réponse : le grand amour d’une partie du public pour les « biopics ». Il y a 500 millions de gens sur Facebook. Un film sur ce réseau est beaucoup plus attirant qu’une fiction et ce film va rapporter davantage.

Hollywood joue sur les deux tableaux. La réalité est changée à 60% pour faire une meilleure histoire, mais on prétend toujours plus ou moins clairement avoir fait une « biopic ». Tellement de gens adorent les histoires vraies, surtout quand elles sont bien juteuses…

C’est le problème que j’ai avec les films « basés sur une histoire vraie » que produit Hollywood à la chaîne. Ils sont hypocrites. Ce sont des fictions qui ne s’assument pas, des films imaginaires déguisés en biographies pour la plus grande gloire, non pas de l’art, mais des revenus qu’ils vont rapporter.

dimanche 3 octobre 2010

Les billets perdus

Je me trouve dans un wagon du métro, samedi vers 18h00, après avoir fait ma marche de 12 kilomètres qui me sauve à chaque semaine de la maladie mentale (j’ai un travail stressant et j’écris des romans) et que je recommande à tous. Je suis sur la ligne bleue, en route vers mon cher Villeray, quartier qui devient de plus en plus intéressant. Le wagon est assez plein. La plupart des sièges sont occupés mais personne n’est debout.

Une fille entre et se met à crier : « Excusez-moi, j’ai besoin d’aide. Je dois partir de Montréal. J’ai perdu mon billet d’autobus et il faut que je parte dans une heure, est-ce que je peux faire appel à vous pour avoir un peu d’argent? Il me manque 21 dollars! » Je la regarde. Est-ce que c’est une junky en mal d’héroïne? Elle est jeune, assez bien habillée, ses cheveux sont propres, elle semble polie et bien élevée. Son visage ne montre aucun signe d’abus.

Plusieurs personnes fouillent dans leur poche. Je ne bouge pas. La fille fait le tour, ramasse les sous, remercie chaleureusement tout le monde. « Merci pour votre générosité. Merci beaucoup. C’est très gentil. » Sur le siège devant moi, une vieille dame est émue. Elle a les cheveux teints en noir et des lunettes, des vêtements démodés. Elle essaie fébrilement de sortir son porte-monnaie de son sac, en tire des pièces de monnaie qu’elle donne à la fille, et lui dit quelque chose qui semble important mais que je n’entends pas. Ça doit être un conseil car la fille répond : « Merci, c’est une bonne idée, je vais faire ça. » Peut-être un moyen de récupérer le billet d’autobus?

La seule chose qui cloche dans le numéro de la fille, c’est qu’elle est trop calme. Si j’avais perdu mon billet et que j’étais obligé de mendier pour m’en payer un autre, je serais rempli d’émotions : honte envers moi-même, gêne de m’adresser à des inconnus et d’avouer ma gaffe, peur de rater mon autobus. Mais elle est peut-être calme de nature? Ce n’est peut-être pas un numéro? Peut-être que c’est vraiment une jeune fille mal prise et que je suis une crapule de ne pas l’aider?

J’ai de l’argent dans ma poche et je pourrais lui donner son vingt dollars. Si son histoire était vraie, si elle avait vraiment perdu son billet, je le ferais avec plaisir. Sauf que je suis à peu près certain que c’est un mensonge, que cette fille nous manipule, qu’elle a inventé cette belle histoire pour nous tromper et ramasser des sous. J’ai envie de lui dire : « Je t’aiderais si je te croyais. Mais je ne te crois pas. » Me cracherait-elle au visage?

Elle s’assoit sur un siège près de moi et compte les sous ramassés. Il me semble finalement qu’elle est un peu cernée, mais est-ce que ça en fait une junky? Et si je me trompais? Si ce n’était qu’une brave fille mal prise?

J’ai de la peine pour la vieille dame devant moi. On voit qu’elle se soucie de la fille, qu’elle compatit, qu’elle éprouve de la solidarité pour les autres. Tout en la trouvant bien naïve, j’espère un peu qu’elle ne réalisera jamais qu’elle s’est fait avoir et qu’elle conservera cette belle attitude. C’est beau, la générosité.

Il y a quelques années, un gars m’a abordé dans un parc du centre-ville, un type costaud. « N’ayez pas peur, il m’a dit. Je suis un prisonnier en libération conditionnelle, je dois retourner à la prison d’ici deux heures sinon je serai en bris de condition, mais j’ai perdu mon billet et il me manque seulement 10 dollars pour en… Tabarnak! » Il s’était mis à sacrer parce que je m’éloignais sans même l’écouter. Pourquoi? Parce que deux ou trois mois plus tôt le même gars m’avait abordé à peu près au même endroit pour me raconter la même histoire, la libération conditionnelle, le billet perdu, le dix dollars qui lui manquait, et je l’avais cru. Je lui avais donné son dix dollars et j’étais content de lui rendre un si bon service. Il m’avait oublié, sans doute parce qu’il avait abordé et trompé des tas d’autres personnes depuis, mais je me souvenais de lui.

Je venais de réaliser que je m’étais fait avoir.

Il y a deux ou trois ans, un vélo a fait son apparition dans notre sous-sol. « C’est un homme qui me l’a laissé, m’a dit ma blonde. Un gars qui a eu une malchance incroyable! Il a besoin d’argent pour acheter des médicaments pour son fils, je lui ai prêté vingt dollars, il va avoir l’argent mardi et il va venir me rembourser. Il m’a laissé son vélo en garantie. »

« Tu ne reverras jamais ton vingt dollars » j’ai dit. Quel cynisme, hein? J’aurais aimé me tromper. Mais le vélo est toujours dans notre sous-sol car le gars n’est jamais revenu. Le pire : j’ai réalisé que je connais sa fille, qui est encore une enfant. Elle est d’une beauté rare et excellente à l’école. Mais, même avant l’histoire du vélo, j’avais senti une douleur en elle.

Ça doit bien arriver qu’on tombe sur des personnes sincères et qu’on leur refuse notre aide. Avec tous les menteurs qu’il y a, les probabilités de vérité sont minces. Alors on dit non. C’est ça qui est plate avec ces gens qui nous mentent pour avoir de l’argent : ils nous rendent méfiants. La générosité, c’est beau, et eux ils gâchent ça. En se servant de nos meilleurs sentiments pour nous tromper, ils finissent par nous faire agir comme si tous ceux qui demandent de l’aide sont des crapules.

samedi 4 septembre 2010

Bob n’aurait pas été fier de moi

À tout moment, contre lui, dans son dos, sur ses épaules, il sentait un corps lourd s’abattre. Il tournoyait alors sur lui-même, fauchant l’air de sa carabine vide dont il se servait à nouveau comme d’une massue. Pas à pas, il reculait sous les assauts de ces créatures issues de ce qu’il pensait encore être un cauchemar. À chaque seconde, il avait l’impression qu’il allait être submergé.
- Bob Morane, Commando épouvante.

J’ai beaucoup fréquenté Bob à une autre époque de ma vie, celle de mes onze ans : Bob Morane, héros sans peur et sans reproches, un être parfait à mes yeux d’enfant. « Le commandant », comme disait son fidèle compagnon Bill Ballantine, le géant écossais amateur de whisky. Bob lui répondait toujours de ne pas l’appeler commandant, ce à quoi Bill répliquait : « Entendu, commandant! », gag répété dans de nombreux livres et qui me paraissait très comique.

J’étais en sixième année et mes amis et moi étions fous de Bob Morane. C’était à celui qui posséderait le plus de ses romans, compétition facilement gagnée par Fabrice, l’enfant riche de ma classe, dont la pile de ses Pocket Marabout était aussi vertigineuse que la taille de sa maison. Relire aujourd’hui un de ces livres est une curieuse expérience. Seul dans un bureau, désarmé, Bob est menacé par les dacoïts, secte de tueurs fanatiques à la solde de son ennemi l’Ombre jaune, et l’écho d’une terreur délicieuse me revient. Mais je ne ressens plus cette terreur, je ne fais que m’en souvenir, comme lorsque Bob triomphe je me souviens de mon soulagement d’enfant. L’adulte que je suis se demande : J’aimais ces livres, vraiment? L’abîme avec celui que j’ai été me paraît gigantesque.

Les problèmes qu’un écrivain doit affronter sont toujours les mêmes. Décrire la beauté, la douleur, faire passer des émotions avec des mots, c’est difficile, et les livres de Bob Morane me paraissent bien maladroits. Voici comment Bob vit la mort de son ami Bill (ne vous inquiétez pas, il n’est pas vraiment mort) : « Le chagrin, l’incompréhension devant l’irréparable pesaient comme une chape de plomb sur la nuque de Morane, le forçant à ployer les épaules, à baisser la tête, tout en murmurant inlassablement : Ce n’est pas possible… » Une chape de plomb qui pèse sur la nuque. Hum.

Les femmes amoureuses de Bob Morane abondent dans ses aventures. Miss Ylang-Ylang, Tania, elles sont toujours magnifiques, leur amour est toujours discret, et il ne se passe jamais rien car Bob n’est que vaguement flatté. Un adulte trouve ce comportement des plus étranges, mais pas un garçon prépubère. À onze ans, j’aimais bien les filles, mais je préférais les poissons d'aquarium, et ce que je désirais vraiment, c’était devenir le prochain Guy Lafleur. Ou sauver l’humanité, comme Bob.

Mon collègue blogueur Bob August le faisait remarquer : les livres de Bob suivent une recette dans laquelle Bob finit toujours par triompher. Bien sûr, nous avons tous appris que la vie n’est pas si belle. Mais si Bob avait connu la défaite, l’enfant que j’étais aurait été traumatisé. Je n’étais pas encore prêt à affronter cette pénible vérité : les méchants l’emportent parfois.

Il reste l’imagination de l’auteur, Henri Vernes. Vampires géants, OVNI communiquant avec une autre dimension et qui s’avèrent issus d'une expérience de l’armée américaine ayant mal tourné, génie du mal ayant réussi à se rendre immortel, dont le système se détraque et qui se retrouve devant un double fou, voyages sur tous les coins de la planète, incluant le Québec… Vernes se documentait soigneusement. Lorsque Bob assiste à un match du hockey au Forum (dans Terreur à la Manicouagan), il observe des spectateurs lancer sur la glace des pièces de monnaie réchauffées dans leurs mains afin d’aider leur équipe. Je croyais tout savoir sur le hockey, sport que je pratiquais avec fort peu de succès (fiche à vie : 0 but, deux passes, dont l’une était une erreur du marqueur) mais j’ignorais ce procédé.

Le samedi suivant, je me retrouve comme d’habitude à l’arena et je raconte cette histoire à mes amis. Personne n’a entendu parler du stratagème et nous décidons d’essayer. Chacun sort quelques sous que nous chauffons dans nos doigts et nous réussissons à les lancer sur la glace, à peu près au même endroit, sans nous faire repérer. Nous observons la suite avec intérêt. Allons-nous voir ce qui se passe dans le livre?

Un entraînement commence et les joueurs se font dire de patiner en rond. Un joueur arrive à l’endroit piégé et… crac, il tombe! Un deuxième tombe aussi, un troisième, les premiers se relèvent mais il en tombe d’autres, car nous n’avons pas économisé sur les pièces, et nous rions et rions… La chaleur des pièces a fait fondre la glace, qui a gelé de nouveau et elles s’y sont incrustées. Hélas, un joueur à l’esprit scientifique observe l’endroit où il est tombé. Il creuse dans la glace avec son patin, ramasse quelque chose et patine vers son entraîneur comme un chien qui ramène un bâton… Mes amis et moi déguerpissons. Je réalise aujourd’hui que ce moment est celui de ma vie où l’influence des aventures de Bob a été la plus forte, et mon héros n’aurait pas été fier de moi. J’ai lu des milliers de pages où le bien lutte contre le mal et en triomphe, et j’en ai retenu la manière de perturber une pratique de hockey. Comment me défendre? Puis-je plaider l’influence maléfique de l’Ombre jaune?